Antoine, un funambule heureux pour l’Église hennuyère
À 29 ans, Antoine Poivre a été ordonné prêtre du diocèse de Tournai par Mgr Rossignol ce dimanche 21 juin 2026 à Mons. Dans une collégiale Sainte-Waudru toute éclaboussée de soleil, ils étaient près d’un millier –prêtres, diacres, acolytes, famille, amis et fidèles du diocèse– à l’accompagner pour ce grand moment.
21 juin, jour du solstice d’été. Comme toute la Belgique et une bonne partie de l’Europe, la capitale du Hainaut était écrasée par la chaleur. Pas grand monde dans les rues. Et pourtant dès 14h, on pouvait voir des personnes en habits de fête converger par petits groupes vers la collégiale Sainte-Waudru, pour s’y engouffrer avec bonheur. Bonheur d’enfin trouver un peu de répit et de fraîcheur. Mais bonheur surtout de se rassembler pour vivre un moment d’Église comme il n’en arrive pas très souvent. Actuellement dernier séminariste du diocèse de Tournai, Antoine, originaire de Ghlin, s’apprête à dire «oui» à l’engagement d’une vie.
Dans l’édifice, une centaine de chaises ont été ajoutées aux 800 places habituellement disponibles. Mais cela ne suffira pas à accueillir toutes celles et tous ceux qui ont tenu à être auprès d’Antoine pour son ordination presbytérale. Qu’à cela ne tienne, tout le monde s’installe comme il peut, et on sent l’atmosphère profondément joyeuse d’un bout à l’autre de la collégiale.
Alors que l’assemblée entonne le chant d’entrée, acolytes, diacres et prêtres longent toute la nef latérale avant de se diriger vers le chœur. L’évêque en titre et l’évêque émérite du diocèse terminent le long cortège.
«Me voici»
«Quelle joie de voir cette collégiale bien remplie pour entourer Antoine», lance Mgr Frédéric Rossignol. «Quelle joie de pouvoir célébrer la fidélité du Seigneur envers lui et envers notre Église. Si nous sommes capables de nous engager dans l’Église, c’est avant tout parce que nous sentons la présence de Dieu dans nos vies.» L’évêque insiste: nous sommes tous appelés à répondre avec générosité et liberté à cette fidélité de Dieu, chacun selon notre vocation.
À l’appel de son nom, Antoine s’est avancé. Un peu nerveux sans doute, mais souriant et déterminé. «Me voici.» C’est l’abbé Daniel Procureur qui va présenter l’ordinand à l’évêque et à l’assemblée. «Mgr, avant de vous présenter Antoine, je voudrais vous dire que je suis à la fois heureux, parce qu’Antoine est un cadeau pour notre Église diocésaine, et puis aussi ému, parce que c’est la dernière fois que je présente à l’évêque quelqu’un qui va être ordonné prêtre. C’est aussi dans cette collégiale que le 26 juin 1988 j’ai été ordonné prêtre par Mgr Huard.»
Une question d’équilibre
Après avoir écouté avec attention la présentation détaillée du parcours d’Antoine, qui a reçu l’avis favorable du Conseil des formateurs du Grand séminaire de Namur pour devenir prêtre, Mgr Rossignol accueille Antoine: «Avec l’aide du Seigneur Jésus-Christ, notre Dieu et notre Sauveur, nous le choisissons pour l’ordre des prêtres.» Un accueil qui déclenche les applaudissements nourris dans la collégiale…
Dans son style à la fois pédagogue et humoristique, pour cette célébration exceptionnelle, Mgr Rossignol va se permettre une petite exception et ainsi troquer l’habituelle homélie (le discours du prêtre à partir des lectures du jour) contre un «sermon» (que l’on perçoit, de manière pas tout à fait exacte, comme un discours sur un sujet à connotation morale) autour de la vocation de prêtre, cet engagement radical qui force l’admiration.
Comme le funambule, perché entre ciel et terre, qui essaie de ne pas tomber malgré une corde qui tangue, le prêtre doit trouver un difficile équilibre entre toutes les qualités qu’on attend de lui. Qu’il soit un homme spirituel, qu’il ait un esprit de service, qu’il soit authentique, qu’il aime autant la solitude que le contact humain, qu’il soit un vrai ami de Dieu, des hommes et de lui-même. Des exigences qui pourraient faire fuir, mais au-delà des difficultés, des faux pas, des questionnements, Mgr Rossignol le répète, la vie sacerdotale est une voie de bonheur.
Signes forts et émotions intenses
La liturgie de l’ordination est composée de multiples signes plus forts les uns que les autres : l’engagement de l’ordinand, la supplication litanique pendant laquelle il s’allonge face contre terre en signe d’abandon confiant à l’appel de Dieu, le geste de l’imposition des mains hérité des apôtres et la prière d’ordination, la vêture avec l’étole presbytérale et la chasuble, l’onction des mains avec le saint Chrême, la remise du pain et du vin.
Et puis il y a tous ces moments sans doute très personnels et emplis d’émotion. Un chant magnifique entonné par les sœurs d’Antoine entre les lectures, le signe de paix échangé avec sa famille et ses amis, la première eucharistie donnée à ses parents. L'annonce de sa désignation à mi-temps au sein de la pastorale des Jeunes, et à mi-temps au sein de l'unité pastorale de Péruwelz. Des remerciements à toutes celles et tous ceux qui l’ont accompagné sur ce long chemin de discernement, de formation et d’engagement.
Et une demande pleine d’humilité qui en dit long sur la personnalité et les qualités de ce nouveau prêtre de l’Église en Hainaut: «Aidez-moi à être prêtre, à vivre mon ministère avec simplicité, dans la joie, la foi, la persévérance et la disponibilité de cœur et d’agenda. Aujourd’hui commence pour moi une vie peu raisonnable. Je n’en serai peut-être pas toujours capable, mais le Dieu qui se révèle en Jésus-Christ et auquel je crois peut me donner, peut nous donner, la force d’accomplir ce qu’Il attend de nous si nous acceptons humblement de lui faire confiance.»
Agnès MICHEL
- Message de Mgr Rossignol
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