JD Vance, Pedro Sánchez, Commission européenne : l’encyclique du Pape fait réagir les dirigeants du monde entier


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JD Vance, Pedro Sánchez, Commission européenne : l’encyclique du Pape fait réagir les dirigeants du monde entier
De Washington à Madrid, en passant par le siège européen à Bruxelles, plusieurs responsables politiques ont salué la première encyclique de Léon XIV sur la protection de la personne humaine à l'ère de l'intelligence artificielle. © CathoBel (Vatican Media + X)
Par Clément Laloyaux
Journaliste de CathoBel
Publié le
7 min

La première encyclique de Léon XIV, Magnifica humanitas, ne sera pas restée lettre morte. Dans la foulée de sa publication, nombre de chefs d'état et ministres étrangers ont salué un texte "profond", "espéré", "une troisième voie entre le rejet et l'usage sans limite de l'intelligence artificielle".

Après avoir compilé les réactions belges, notamment d'un évêque, d'un politicien et de professeurs universitaires, petit tour d'horizon aujourd'hui des réactions à l'international. En commençant par celui qui, il y a un mois à peine, s'en prenait frontalement au Pape, lui reprochant d’ignorer la notion catholique de "guerre juste".

JD Vance : "Voilà le genre de texte qu'on attend d'un chef de l'Eglise"

Lors d'une interview télévisée, ce mardi 26 mai, le vice-président des Etats-Unis a qualifié l'encyclique de "très profonde". Confessant qu'il n'avait pas encore eu le temps de lire le document dans son entièreté, JD Vance a néanmoins affirmé que, sur base de ce qu'il a pu parcourir, c'est "le genre de texte qu'on est en droit d'attendre et d'espérer d'un chef de l'Église". Devant une société qui progresse de façon fulgurante, il lui semble crucial que le Pape intervienne : "Ce qu’il faut comprendre avec la morale, c’est que les principes ne changent jamais, mais que la manière de les appliquer change, parce que le monde change."

Dans son encyclique, Léon XIV revient entre autres sur la doctrine de la guerre juste, formulée par saint Augustin et saint Thomas d’Aquin. Il estime aujourd'hui que "cette théorie est trop souvent invoquée pour justifier n’importe quelle guerre, sous réserve du droit à la légitime défense dans son sens le plus strict" (MH 192). Pour le Pape, "la magnifique humanité dispose d’outils bien plus efficaces et capables de promouvoir la vie humaine pour faire face aux conflits, tels que le dialogue, la diplomatie, le pardon".

Ce débat autour de la guerre juste avait été au coeur des vives crispations entre les deux hommes en avril dernier, sur fond d'intervention américaine en Iran. Désormais, JD Vance semble concéder et reconnaître une nécessaire mise à jour de la théorie de la guerre juste : "Avec les nouvelles technologies et les nouvelles formes de guerre, il faut actualiser la doctrine de la guerre juste, a-t-il confié lors de cette même interview TV. Les modes d’interaction entre les êtres humains ont évolué, il faut donc en quelque sorte repenser l’ensemble de l’enseignement social catholique à la lumière du nouveau monde dans lequel nous vivons. Et je pense que c’est exactement ce que le pape tente de faire. Je suis donc heureux qu’il l’ait fait."

Pedro Sánchez : "Le pouvoir numérique peut nous conduire à de nouvelles atrocités"

Ce mercredi matin, à dix jours de son voyage apostolique en Espagne, le pape Léon XIV a reçu le Premier ministre Pedro Sánchez au Vatican. À l’issue de l’audience, le chef de l'exécutif espagnol s’est réjoui de partager avec le pontife une même priorité : "placer les droits des personnes au centre face aux mutations technologiques et à l’arrivée de l’intelligence artificielle".

La veille, sur ses réseaux, le Premier ministre avait salué la portée de Magnifica humanitas : "L’encyclique de Léon XIV nous interpelle tous. L’IA n’est pas neutre, et le pouvoir numérique peut nous conduire à de nouvelles atrocités s’il n’est pas orienté vers le bien commun." Pedro Sánchez rejoint ainsi le pape sur une conviction forte : "Soit nous mettons le progrès au service des personnes, soit le futur verra la condamnation de générations entières."

Jean-Noël Barrot : "Une troisième voie entre le rejet et l'usage sans limite de l'intelligence artificielle"

Au nom du gouvernement français, Jean-Noël Barrot, Ministre des Affaires étrangères, a lui aussi salué l'encyclique du pape Léon, y voyant une invitation à la réflexion autant qu’à l’action. "Magnifica Humanitas dessine une troisième voie entre le rejet et la peur de l'intelligence artificielle, et son usage sans limite et sans règle. Celle qui consiste à mettre la technologie au service de l'Homme et pas l'inverse, à reconnaître le rôle irremplaçable de la personne, et à mettre toujours l'humain au centre."

Commission européenne : "Nous partageons pleinement la vision de sa Sainteté le pape Léon XIV"

Par la voix de son porte-parole Thomas Regnier, la Commission Européenne déclare "partager pleinement la vision de sa Sainteté le pape Léon XIV, ainsi que la nécessité de disposer d'un cadre juridique efficace et solide en matière d'intelligence artificielle". Sur ce point, l'exécutif européen rappelle qu'au sein de l'Union, "ce n'est pas juste une vision, c'est déjà une réalité".

Thomas Regnier, porte-parole de la Commission européenne, lors d'une conférence de presse. © audiovisual.europa.eu

L’Europe s’est en effet dotée d’un cadre juridique clair, notamment avec le règlement sur l’intelligence artificielle (AI Act), destiné entre autres à "protéger les mineurs, comme le pape y fait référence dans l’encyclique". La Commission souligne également sa volonté de lutter contre les modèles d’IA susceptibles de "dénuder des femmes en ligne ou générer des contenus à caractère pédopornographique". "Ces contenus-là n’ont pas leur place en Europe", insiste-t-elle.

Thierry Breton : "Tous les géants de la tech devraient lire Magnifica humanitas"

"Les USA inventent, la Chine copie, l'Europe régule". Le cliché a la vie dure. Il semble même trouver une nouvelle actualité avec l’intelligence artificielle. Alors que l'Amérique a lancé sur le marché des IA les chatbots les plus populaires (chatGPT, Grok, Gemini...), les géants chinois se voient affublés d'accusations de plagiat à grande échelle. L'Europe, de son côté, a mis en place dès août 2024 un cadre réglementaire et juridique au sein de l'Union européenne (le fameux AI act dont on parle ci-dessous). Oui, le cliché a la vie dure.

L’un des artisans de cette régulation européenne n’est autre que Thierry Breton. Même si vous n’êtes pas un habitué des institutions bruxelloises, son nom vous dit peut-être quelque chose. Ancien commissaire européen au marché intérieur, chargé notamment du numérique, Thierry Breton s’est imposé ces dernières années comme l’un des plus ardents défenseurs d’une régulation des grandes plateformes. En 2025, il s’était notamment illustré dans de vives passes d’armes avec Elon Musk, jusqu’à se voir interdire l’entrée aux États-Unis.

Il publie dans La Croix une tribune au titre éloquent : Tous les géants de la tech devraient lire Magnifica humanitas. Pour Thierry Breton, ce texte s’inscrit "dans la grande lignée des encycliques qui ont obligé le christianisme à se mesurer à la modernité : Rerum novarum face au capitalisme industriel, Pacem in terris en pleine guerre froide, Populorum progressio et Centesimus annus sur le développement et les systèmes économiques, Laudato si’ et Fratelli tutti sur l’écologie intégrale et la fraternité. À chaque fois, l’Église a pris le risque de dire au monde : la technique, la finance, les armes ne sont pas neutres. Aujourd’hui, Léon XIV ajoute l’IA à cette liste des puissances qui peuvent sauver ou défigurer l’homme."

D’où son appel direct aux patrons de la tech. "Tous les géants de la tech devraient lire Magnifica humanitas", insiste Thierry Breton. "Non parce que Rome leur tomberait dessus du haut de sa chaire, mais parce qu’un pape leur rappelle quelque chose qu’aucun business plan ne peut contenir : l’Homme ne se laisse pas réduire à ce qu’une machine sait calculer de lui. Et c’est pour la même raison que la Silicon Valley trumpisée, Donald Trump lui-même, J. D. Vance, Peter Thiel et consorts devraient la lire avec attention. Leur rêve d’un monde post-politique, réglé par quelques infrastructures privées, sans médiation démocratique réelle, est exactement ce contre quoi l’encyclique met en garde : une Babel qui finit toujours en confusion des langues et en violence." Une tribune à retrouver dans son intégralité sur le site de La Croix.

C.L. avec cath.ch


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