Fête de l’Ascension : Jésus est-il vraiment monté au Ciel ?


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Fête de l’Ascension : Jésus est-il vraiment monté au Ciel ?
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Par Christophe Herinckx
Journaliste de CathoBel
Publié le
6 min

Ce jeudi 14 mai, les chrétiens célébreront la solennité de l’Ascension. Comment comprendre la montée du Christ au Ciel ? Pour approcher le sens de ce mystère, il faut le mettre en relation avec la résurrection de Jésus, quarante jours plus tôt, et la Pentecôte, dix jours plus tard.

Avant le dimanche de Pentecôte qui le clôture, la fête de l’Ascension marque un moment important du Temps pascal: l’élévation du Ressuscité dans la gloire du Père. L’enchaînement des trois solennités – dimanche de Pâques, Ascension, Pentecôte – implique une symbolique biblique des nombres très significative. Jésus est ressuscité le premier jour de la semaine, le dimanche qui suit immédiatement la Pâque juive. La résurrection est donc une nouvelle création divine.

La fête de Pâques se prolonge 50 jours durant, à la suite de la célébration juive de Chavouot. Celle-ci est fêtée sept semaines entières, soit sept fois sept jours, le nombre sept étant celui de l’achèvement dans la Bible. Le 50e jour célèbre le don de la Torah à Moïse, au Mont Sinaï. Ce 50e jour, "pentecôte" en grec, est à l’origine de celui où l’on présente les prémices de la moisson à Dieu. Pour les chrétiens, il correspond au don de l’Esprit Saint, fruit de la résurrection, et principe de la nouvelle loi de Dieu, celle qui est inscrite en nos cœurs.Mais pour que l’Esprit Saint vienne, il faut d’abord que Jésus retourne vers son Père, qu’il entre dans sa gloire. "C’est votre avantage que je m‘en aille", dit Jésus aux apôtres avant sa passion. "En effet, si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas à vous; si, au contraire, je pars, je vous l’enverrai" (Jn 16,7).

Les deux sources bibliques de l’Ascension

Comment comprendre cet événement pour le moins mystérieux: Jésus est élevé au Ciel ? Pour entrer dans le sens de ce mystère, il existe deux sources, différentes, contenues toutes deux dans le Nouveau Testament. La première source, ce sont les évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc), qui ne parlent pas "directement" de l’Ascension ni de la Pentecôte, et le livre des Actes de Apôtres qui, écrit par Luc et prolongeant l’évangile de celui-ci, comprend le récit de l’Ascension et de la Pentecôte. La deuxième source est l’évangile de Jean.

La première source insiste sur la distinction entre les trois réalités – résurrection, Ascension et Pentecôte – et leur signification respective pour la foi chrétienne. Cette séquence successive des trois mystères se reflète dans les trois fêtes liturgiques, telles qu’elles se sont développées aux premiers siècles de l’Eglise. Quelle est la place de l’Ascension au cœur de ce triptyque?

La résurrection, c’est la Pâque, littéralement le passage du Christ de la mort sur la croix à la Vie de Dieu – vie qu’il "retrouve" en tant que Verbe éternel de Dieu. Et en tant qu’humain, Jésus est le premier à entrer pleinement dans cette Vie de communion avec Dieu, ce que traduit l’hymne repris par saint Paul, lorsqu’il dit que le Christ est le "premier-né d’entre les morts" (Col 1,18). Quant à l’Ascension, elle est l’aboutissement de ce passage du Christ dans la Vie divine, son entrée dans la plénitude de la gloire de Dieu – c’est-à-dire de l’être même de Dieu qui est Communion d’amour.

L’élévation au Ciel

Cette "entrée dans la gloire" (cf. Lc 24,26), est exprimée dans les Actes des apôtres par une élévation de Jésus vers le Ciel – montée que signifie le mot "ascension" –, une nuée le soustrayant aux regards des apôtres (cf. Ac 1,9-11). On peut bien sûr s’interroger sur la manière dont cette élévation s’est produite concrètement, mais les termes utilisés en indiquent clairement le sens: Jésus, dans son humanité "intégrale", est assumé dans la sphère, la dimension propre de Dieu, qui excède les limites de l’espace et du temps. Cette dimension divine est exprimée par la nuée et le Ciel, celui-ci, compris dans ce sens, n’étant pas un lieu "physique". C’est en ce sens que les chrétiens croient que Jésus est monté au Ciel.

Quant à la Pentecôte, elle suit la résurrection et l’Ascension comme leur achèvement: en recevant l’Esprit Saint, Marie et les apôtres, puis toutes celles et ceux qui adhérent au Christ par la foi et le baptême, recueillent les fruits du Mystère pascal: ils participent désormais à la mort et à la résurrection du Christ, deviennent enfants du Père par lui et en Lui, et sont envoyés proclamer l’Evangile à sa suite.

Le retour de Jésus au Père

La deuxième source biblique qui nous permet d’entrer dans le mystère de l’Ascension est l’évangile de Jean. Celui-ci ne raconte pas l’Ascension en tant que telle, mais Jésus ressuscité y fait allusion lorsque, le matin de Pâques, il dit à Marie de Magdala: "Ne me retiens pas! car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Pour toi, va trouver mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père qui est votre Père, vers mon Dieu qui est votre Dieu" (Jn 20,17). Par contre, Jean relate la Pentecôte, qu’il situe le soir même de la résurrection: "Ayant ainsi parlé, il (Jésus) souffla sur eux et leur dit: ‘Recevez l’Esprit saint'" (Jean 20, 22). Dans le quatrième évangile, tout semble donc se dérouler le jour de la résurrection.

Pourquoi cette différence de traitement, entre les synoptiques et les Actes des Apôtres d’une part, et le quatrième évangile, d’autre part? Dans l’évangile de Jean, l’auteur insiste sur le lien intime qui existe entre passion, résurrection, et don de l’Esprit saint. Quant à l’Ascension, elle est déjà "contenue", pour ainsi dire, dans la résurrection, mais également, déjà, dans la passion de Jésus. Car au fond, il s’agit d’un seul processus, d’un seul mouvement, d’un seul mystère. Ce que Jean résume par ces termes, à plusieurs reprises et sous différentes formes: Jésus doit être élevé, ou: il doit être glorifié. Ou encore: Jésus va vers son Père, il retourne à Lui.

Le Ciel en nous

Si Jésus retourne vers son Père, c’est parce qu’il est "sorti de Dieu". Mais il n’y retourne pas de la même manière qu’il est "descendu du Ciel". En venant dans la chair du monde, le Verbe éternel de Dieu assume pleinement notre humanité. Et lorsque, ressuscité, il retourne vers le Père, il emmène avec lui, pour ainsi dire, tout ce qui fait son humanité. Il ouvre ainsi une voie nouvelle, sur laquelle chacun et chacune peut le suivre, pour entrer dans le Temple du Ciel à la suite de l’unique Grand Prêtre.

En attendant cet accomplissement qui doit venir, Dieu nous a donné l’Esprit donné à la Pentecôte fait de nous des ressuscités, avec Jésus, et nous fait pour ainsi dire vivre déjà au Ciel, c’est-à-dire en Dieu. Mais pour cela, point n’est besoin de nous échapper de notre vie terrestre. Car dans l’Esprit, le Ciel est désormais au milieu de nous, en nous, et nous pouvons "adorer Dieu en esprit et en vérité" dans la chair de nos existences. Nous vivons déjà en Dieu, et la vie éternelle est déjà commencée.

Christophe HERINCKX

Catégorie : Sens et foi

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