Ce dimanche, Jésus se présente à nous avec une image qui ne nous est pas familière: "Je suis la porte". Cela peut nous sembler étrange. Nous connaissons mieux l’image du bon berger. Ici, il nous dit qu’il est la porte des brebis: c’est par lui qu’on passe pour entrer dans la bergerie et pour en sortir. L’idée d’entrer dans la bergerie qu’est l’Eglise nous est familière. Ce qui est plus original est l’invitation à ne pas considérer l’Eglise comme un enclos fermé où l’on pourrait, bien au chaud et à l’abri, mener une existence bucolique. Au contraire, il faut en sortir.
Rappelons-nous un épisode qui peut nous éclairer: le soir de la Résurrection, les apôtres sont enfermés au cénacle par crainte des Juifs. Toutes les portes sont fermées. Et voilà, tout à coup, Jésus au milieu d’eux. Il leur dit: "Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie". Ils sont littéralement propulsés dans le monde, chassés du cénacle.
On dit qu’une porte doit être ouverte ou fermée. La porte qu’est Jésus-Christ est une porte grande ouverte. Jésus n’est pas la porte qui interdit de sortir, il est la porte par laquelle on sort de sa solitude, des soucis qui oppriment, des peurs qui empêchent de vivre; il est la porte par laquelle on accède à la vraie liberté.
La liberté est un mot piégé, et chacun la définit à sa guise quand il ne la nie pas. Si j’avais à tenter une définition de la liberté selon l’Evangile, à la lumière de l’image de la porte, je dirais que la liberté que Jésus nous apporte consiste à vaincre ses peurs. Si Jésus nous sauve, s’il nous libère, c’est parce qu’il nous donne cette merveilleuse liberté qui consiste à oser s’avancer confiants, joyeux, mains ouvertes, au-devant de la vie et des autres. En commençant soi-même par avoir le courage, calme et tranquille, d’être ce que nous sommes. Car c’est la peur qui aliène et paralyse, c’est elle qui rend durs et mauvais. Mais l’amour ne connaît pas la crainte.
Le Christ est la porte, mais il n’enferme pas. Il ne retient pas prisonnier. Sa bergerie n’est pas un ghetto ni un club privé. Elle n’est pas non plus simple abri protecteur, ni sécurité rassurante. La porte reste ouverte aux étrangers, aux réfugiés, aux inconnus, aux brebis perdues. Elle ne sépare pas des réalités du monde, mais permet de les voir, de les observer, de s’y engager, car on entre aussi pour être envoyés par le Christ et avec le Christ qui va et vient.
Ainsi, le pape François présente souvent Jésus comme le seul vrai berger, et "la porte" de la bergerie, offrant la vie en abondance. Il exhorte à une Eglise "en sortie", non fermée, où le Christ conduit le troupeau vers de nouveaux pâturages. Il met en garde contre les "voleurs", ceux qui tentent d’entrer par "la fenêtre" ou par d’autres voies, celles du pouvoir, de l’argent ou de l’orgueil. Ceux-là mêmes qui ne recherchent que leur propre intérêt. Une Eglise "portes ouvertes", respectueuse de chacun, à l’image de Celui qui est la porte…
