« Nous restons dans un système patriarcal qui parfois me laisse sur ma faim: portrait de deux femmes qui transforment l’Eglise de l’intérieur


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« Nous restons dans un système patriarcal qui parfois me laisse sur ma faim: portrait de deux femmes qui transforment l’Eglise de l’intérieur
Nathalie Beurrier et Sœur Anne Peyremorte © CathoBel
Par Manu Van Lier
Journaliste de CathoBel
Publié le
3 min

Deux parcours illustrent comment les femmes prennent une place croissante dans l'Eglise, par leur compétence, leur charisme et leur force de transformation.

Elles sont nombreuses, souvent en première ligne mais encore trop peu visibles. A Bruxelles, Nathalie Beurrier et Sœur Anne Peyremorte incarnent une Eglise qui s’ouvre à une présence féminine plus affirmée par la synodalité, la gouvernance et l'accompagnement pastoral.

Elles viennent toutes deux de France, ont étudié la théologie et se sont engagées dans la mission ecclésiale en Belgique. Nathalie Beurrier et Sœur Anne Peyremorte partagent un parcours marqué par un appel commun: servir l’Eglise à travers l’accompagnement des Unités Pastorales de Bruxelles. Nathalie Beurrier s'est d'abord investie dans le pôle solidarité de l’UP Sources Vives, puis dans la préparation du Synode sur la synodalité. Anne Peyremorte, religieuse de Saint-André, s'est formée pendant plusieurs années à l’accompagnement spirituel au sein de la communauté de Taizé. Elle a été, pendant dix ans, responsable de l’UP du Kerkebeek (nord-est de Bruxelles). Leur chemin témoigne d’un engagement résolument tourné vers les autres.

"Une place existe pour les femmes"

A l'occasion de la journée internationale des Droits des femmes, elles ont accepté de partager leur regard sur la place des femmes dans l’Eglise. Nathalie Beurrier, qui a accompagné la démarche synodale du pape François, l’exprime avec simplicité : "J’ai été très touchée par une Eglise qui essaye de se transformer de l’intérieur, qui passe d’une Eglise qui savait peut‑être trop, à une Eglise qui s’interroge, qui se met en mode conversation." Pour elle, l’essentiel réside dans la mise en place de processus qui favorisent l’écoute et le discernement: "La petite pierre que je peux apporter, c’est peut‑être d’aider à mettre en place des processus qui favorisent l’écoute… pour discerner ce à quoi l’Esprit nous appelle aujourd’hui."

Sœur Anne, qui a dirigé une Unité Pastorale pendant dix ans, évoque une expérience fondatrice: "J’aimerais qu’on prenne Saint Paul au sérieux quand il dit : il n’y a plus ni homme ni femme, car vous êtes tous un en Jésus Christ. J’aimerais que cela puisse se mettre vraiment en œuvre." Elle souligne le contraste entre les avancées réelles et les résistances persistantes: "Il y a du déjà et du pas encore. Oui, une place existe pour les femmes, mais nous restons dans un système patriarcal qui parfois me laisse sur ma faim."

Toutes deux insistent sur la complémentarité entre hommes et femmes. Nathalie Beurrier observe que la présence féminine transforme les relations: "Je me rends compte combien la présence d’une femme peut changer, apaiser, amener de la douceur ou une force différente. On se révèle les uns les autres par notre complémentarité." Anne Peyremorte, elle, va plus loin et plaide pour une évolution structurelle: "Je plaide pour que soit dissocié le fait d’être ordonné du fait de gouverner. Un laïc peut avoir, par l’Esprit Saint, le charisme de gouvernance."

La synodalité apparaît comme leur horizon commun, leur chemin d’espérance. La sœur en est convaincue: "Par la conversation dans l’Esprit, l’Eglise va se transformer. Quand nous prions et partageons, nous sommes tous à égalité par la grâce de notre baptême." Quant à Nathalie Beurrier, elle voit dans cette démarche un profond changement de culture: "La synodalité est une conversion, personnelle et communautaire. Cela prend du temps, mais cela s’installe."

A travers leurs voix se dessine une Eglise portée par des femmes dont le leadership est désormais incontournable, parfois plus visible, parfois plus discret, mais toujours fécond. Une Eglise où l’écoute et le discernement deviennent les moteurs d’une communauté vivante.

Manu VAN LIER

Retrouvez les témoignages de Nathalie Beurrier et Sr Anne Peyremorte dans Il était une foi, ce dimanche 8 mars 2026 à 22h, dans Il était une foi, sur La Première (RTBF) et, dès lundi, en podcast sur cathobel.be, Ausha, Deezer, Apple Podcast et Spotify.


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