Alain Gerlache : « De Wever plait aux conservateurs francophones, mais il ne s’adresse à eux que quand il a un bouquin à leur vendre »


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Alain Gerlache : « De Wever plait aux conservateurs francophones, mais il ne s’adresse à eux que quand il a un bouquin à leur vendre »
le journaliste-chroniqueur Alain Gerlache (RTBF, De Morgen) et Christophe Renders (chargé d’animation au centre Avec)
Par Julien Paul
Journaliste
Publié le
4 min

Cette semaine dans l’émission Décryptages, les débatteurs conviés étaient le journaliste-chroniqueur Alain Gerlache (RTBF, De Morgen) et Christophe Renders (chargé d’animation au centre Avec). Il a d'abord été question du premier ministre belge Bart De Wever, de sa politique étrangère et de sa politique intérieure. 

Une communication brouillonne ou opportuniste?

Sur le plan international, le premier ministre belge a récemment tenu des propos qui ont fait frémir plusieurs gouvernements européens. Dans la presse belge francophone, il a évoqué le week-end dernier la perspective souhaitable d’une normalisation des relation avec la Russie pour que le prix de l’énergie revienne à la normale. Bart De Wever a dit depuis qu’il regrettait de s’être ainsi laissé aller à des considérations sur l’issue de la guerre qu’il qualifie désormais de "philosophiques". 

Pour Alain Gerlache, ce qui surprend surtout, c’est qu’il ne s’exprime dans les médias francophones, sur des sujets importants comme la guerre en Ukraine, que lorsqu’il a quelque chose à vendre aux francophones: "Il communique extrêmement peu et, tout à coup, il intervient largement dans la presse francophone au moment où paraît la version française de son livre sur la prospérité. Et la presse francophone rentre dans son jeu. Il nous avait déjà fait le coup avec son livre précédent sur le wokisme, alors qu'il avait refusé toutes les demandes d’interview de la presse francophone avant cela. D'ailleurs, il ne s'en était pas caché: il le faisait à la demande de son éditeur. Mais à cette époque-là, il n’était encore qu’un simple président de parti. Aujourd’hui, il est premier ministre. Quand on est premier ministre, la fonction prime sur tout le reste. On ne peut pas donner une interview sur l'actualité uniquement à cause d'un bouquin qu’on vient de publier".

Migration: une posture conservatrice assumée

C’est dans ce contexte que dans un entretien accordé à La Libre, le premier ministre a dénoncé une hypocrisie généralisée au sujet de la migration. Un sujet sensible que la gauche ne traiterait pas avec franchise selon lui: droit-de-l’hommiste dans le discours, mais sur le terrain, à l’échelle communale notamment, elle serait favorable à une politique migratoire ferme, sans oser le dire. De Wever fustige tout autant un libéralisme no border de droite qui verrait le monde comme un terrain de jeu économique; une droite matérialiste, favorable à la dérégulation migratoire pour pratiquer le dumping social (la concurrence salariale, en tirant les salaires vers le bas).

Pour Christophe Renders, il s’agit surtout d’une stratégie électoraliste: "J'entends bien que son discours sur la migration répond à des attentes que les sondages d'opinion peuvent confirmer. Simplement, je pense qu'on a créé un épouvantail et que les politiques ont une part de responsabilité dans la création de cet épouvantail, à la fois en courant derrière l'extrême droite et en développant des politiques de plus en plus répressives qui créent un imaginaire d'envahissement migratoire. Quand vous mettez des gens en centres fermés, l'enfermement, la privation de liberté, c’est associé à la dangerosité".

De Wever superstar des conservateurs francophones?

Bart de Wever a acquis soudainement une stature d’homme d’État lorsqu’il a tenu tête à la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen lors de la saga, fin 2025, des avoirs russes. Il a alors donné le sentiment de préserver les intérêts du pays dans son ensemble, refusant que cet argent conservé en Belgique ne soit versé au pot commun d’un prêt d’aide à l’Ukraine. Ce faisant, il a connu un regain de popularité massif en Belgique, notamment auprès des francophones. 

Pour Alain Gerlache, c’est un contexte plus général qui a préparé cette popularité soudaine: "Il s'exprime impeccablement en français, alors que d'autres qui se prétendent pour l'union de la patrie ne parlent pas néerlandais. Et puis, on s'attendait à voir un séparatiste d’extrême droite débarquer au 16, rue de la Loi. Or, si la politique belge a effectivement viré à droite, on ne peut pas dire non plus qu'un régime fasciste et séparatiste y a été instauré. De plus, il est en phase par rapport à une évolution de l'opinion sur certaines thématiques: les questions de migration, d’austérité budgétaire, la limitation des allocations de chômage dans le temps… Oui, il y a sans doute une certaine droite conservatrice à qui il plaît, y compris du côté francophone. Celle qui l'a applaudi à tout rompre en décembre dernier lors des Grandes Conférences Catholiques. Une droite francophone qui, en effet, est satisfaite de voir qu’il est parvenu à tirer un certain nombre de thématiques de l’omerta politique dont elles faisaient l’objet de ce côté-ci de la frontière linguistique".

Julien PAUL


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