Delphine Remy raconte l’après-cancer: « Les défis sont horribles, mais on se relève »


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Delphine Remy raconte l’après-cancer: « Les défis sont horribles, mais on se relève »
Par Manu Van Lier
Journaliste de CathoBel
Publié le
5 min

À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le cancer, découvrez le témoignage de Delphine Remy. L’auteure de Cancer ? Je gère ! et fondatrice du podcast Naître princesse, devenir guerrière raconte l’épreuve, la reconstruction et l’élan de transmission qui en est né. Un récit porté par un message d’espoir adressé à celles et ceux qui traversent aujourd’hui la maladie.

Le diagnostic, Delphine Remy s’en souvient avec une précision intacte. "J’ai été diagnostiquée en juin 2019. Je ne suis pas toujours très bonne pour les dates, mais celle-là, je crois que je ne l’oublierai jamais." Très vite, la maladie bouleverse tous les repères. "Un cancer, c’est une histoire humaine, ce sont des émotions chamboulées, c’est la vie qui bascule en un quart de seconde."

Face au choc, elle commence à écrire. D’abord pour elle, dans un journal intime. Puis pour les autres, via un blog. "C’était plus facile quand la famille demandait des nouvelles. J’envoyais un lien vers le blog, parce que répondre dix fois la même chose, c’est lourd aussi." Ce récit, pensé comme un journal de bord, dépasse rapidement le cadre strict du cancer. "C’était la voix de la petite Delphine qui se pose des questions sur la vie, le sens, les priorités. Ça aurait pu être un autre événement : un burn-out, un deuil, un accident." Ce cheminement personnel devient un livre, Cancer ? Je gère ! (éditions Mardaga), dont les bénéfices sont intégralement reversés à la recherche contre le cancer du sein. "Quand on est confronté un jour au cancer, on réalise à quel point la recherche est capitale. Sans elle, on serait toujours à des taux de mortalité énormes."

Chimios, écriture et reconstruction intérieure

Les traitements sont éprouvants, mais aussi marqués par des moments de lucidité intense. "Pendant les grosses chimios, on est très malade la première semaine, puis beaucoup mieux la deuxième. Et je trouvais que toutes les joies étaient vraiment décuplées." Une expérience paradoxale, où la souffrance ouvre un espace intérieur. "On a les yeux très tournés vers l’intérieur. L’écriture était extrêmement thérapeutique."

Delphine Remy refuse pourtant toute lecture culpabilisante de la maladie. "Chercher une raison au cancer, ça m’énerve un peu. Il n’y a pas de raison d’avoir un cancer." Mais elle reconnaît que l’épreuve peut devenir un point de bascule. "Si le cancer peut être une opportunité de remettre des priorités, de prendre soin de ce corps qu’on est, alors oui. Beaucoup de gens changent de métier, cherchent plus de sens. Moi, je n’aurais pas pu retourner à ce que je faisais avant."

De cette reconstruction naît aussi un podcast. Naître princesse, devenir guerrière donne la parole à des patients, des soignants, des auteurs. "Ce sont des moments très forts, souvent avec des larmes. Des personnes extrêmement engagées, dans une générosité de partage cœur à cœur." Un engagement qui oblige aussi à poser des limites. "À un moment, il faut se protéger pour pouvoir continuer à vivre. Le cancer ne peut pas être partout, tout le temps."

« Vous allez découvrir des ressources extraordinaires »

Aujourd'hui, Delphine mesure le chemin parcouru. "La vie reprend son cours. On est plus conscient de sa fragilité, de sa valeur. Il y a une urgence de vivre, mais on est aussi très vite rattrapé par le quotidien." La gratitude, la méditation, l’attention aux petites choses font désormais partie de son équilibre.

Elle adresse un message à celles et ceux qui affrontent aujourd’hui la maladie. "Quand j’étais en traitement, écouter des témoignages de personnes qui s’en étaient sorties m’a donné énormément d’espoir." Elle poursuit: "Même si vous n’y croyez pas, vous allez découvrir très vite que vous avez des ressources extraordinaires, insoupçonnables." Toutefois, elle ne minimise rien. "L’annonce est horrible. La perte d’un sein, la chimio, la perte des cheveux, les nausées interminables, tout ça est horrible. Il faut le dire." Mais elle conclut avec une certitude forgée par l’expérience: "Les défis sont chaque fois très difficiles, mais finalement, on se relève quand même."

Manu VAN LIER

Prévenir pour réduire l’impact mondial

Chaque année, près de 19 millions de nouveaux cancers sont diagnostiqués dans le monde. Selon l’Agence internationale de recherche sur le cancer et l’Organisation mondiale de la santé, plus d’un tiers de ces cas pourraient être évités. Alcool, tabac, infections ou encore pollution figurent parmi les principaux facteurs de risque identifiés. Les disparités restent importantes : près de 45 % des cancers chez les hommes seraient évitables, contre 30 % chez les femmes. Pour les experts, la prévention nécessite une action coordonnée dépassant le seul champ médical, impliquant l’éducation, les transports, l’énergie ou encore le monde du travail.

Thérapies ciblées : vers des traitements sur mesure

En Belgique, près de 80 000 nouveaux cas de cancer ont été diagnostiqués en 2025. Si ce chiffre progresse légèrement, la proportion de patients guéris augmente elle aussi. Un progrès largement attribué aux thérapies ciblées et à l’immunothérapie, comme le décrit la RTBF, dans son sujet du 4 février.

Ces traitements personnalisés ne concernent toutefois encore que 30 à 40 % des patients. À l’UCLouvain, des travaux visent par exemple à mieux traiter les cancers du sein dits triple négatif, parmi les plus agressifs. L’enjeu est clair : identifier dès le départ les patientes qui répondront le mieux à une thérapie donnée, afin d’éviter des traitements inutiles et leurs effets secondaires. À plus long terme, l’intelligence artificielle pourrait accélérer la découverte de nouvelles thérapies ciblées. Les résultats sont déjà visibles : en Belgique, la survie à cinq ans atteint 93 % pour le cancer du sein et 99% pour le cancer de la prostate, confirmant l’impact direct des avancées thérapeutiques.

Catégorie : Société

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