La synodalité était l’un des credos du pape François. Mais qu’en est-il aujourd’hui? Pour Ikenna Paschal Okpaleke, professeur d’ecclésiologie à l’UCLouvain, l’appel à une Eglise synodale est une invitation à être une meilleure version de ce que l’Eglise a toujours été.
Nous sommes aujourd’hui invités à passer de la théorie à la pratique, à ne plus nous contenter de dire que "nous voulons être" une Église synodale, mais à "vivre véritablement" comme une Eglise synodale.
Une partie de la difficulté à y parvenir réside dans le volume considérable de textes sur le thème de la synodalité, qui laisse beaucoup de gens confus et sans idée claire de ce qu’il faut faire exactement. L’objectif de cette réflexion est donc de proposer une première étape pour clarifier les objectifs essentiels de la synodalité qui nous aideraient dans le processus de mise en œuvre à partir de cette nouvelle année 2026. Les quatre objectifs que je présente ci-dessous aideraient également à évaluer les actions et les activités qui visent à devenir une Eglise synodale.
1. Approfondir les relations fraternelles dans l’Eglise
Au-delà de la dimension verticale (Dieu-humains), la synodalité nous offre la possibilité de vivre la relationnalité de tous les baptisés. Il ne suffit pas de reconnaître la présence de chaque personne, ou de prétendre que nous sommes une Eglise "inclusive"; il faut encore mettre en place les interrelations nécessaires qui font de l’Eglise une communauté. La pratique de l’individualisme spirituel du "Dieu et moi", ou la relation linéaire entre l’évêque-prêtre et les laïcs, qui ne fait que promouvoir un paradigme de donner/recevoir, ne produira jamais une Eglise synodale. Nous devons "être davantage" avec Dieu et les uns avec les autres. Par conséquent, l’objectif d’approfondir les relations fraternelles dans l’Eglise est de développer des attitudes, de créer des espaces et de repenser nos structures afin de favoriser la pleine participation de chacun à la vie de l’Eglise, selon ses propres rôles.
2. Activer tous les charismes dans la mission de l’Eglise
Notre relation à Dieu nous pousse à proclamer l’Evangile et à témoigner du salut de Dieu par l’exemple de notre vie. Avec la synodalité, l’objectif est de permettre à chaque personne baptisée d’apporter sa contribution. Plus les baptisés sont impliqués dans la mission de l’Eglise, plus notre culture synodale se développe. Cela signifie que nous ne pouvons plus laisser la mission d’évangélisation aux ministres ordonnés et aux religieux. La mission est pour tous, puisque nous avons tous reçu du Saint-Esprit des dons par le baptême. Être une Eglise synodale implique donc de reconnaître et d’utiliser pleinement les différents talents et dons présents dans l’Eglise pour cette mission d’évangélisation. Il est temps de prendre au sérieux les ministères non ordonnés comme une partie importante du ministère unique de l’Eglise et du Christ lui-même.
3. Promouvoir le discernement spirituel et pastoral partagé
Le discernement aide l’Eglise à prendre des décisions éclairées, conformes à sa mission. Ce processus n’est pas nouveau dans l’Eglise. Cependant, la synodalité nous invite à un processus de discernement plus inclusif dans les questions relatives à la mission interne et externe de l’Eglise. Il y a principalement deux raisons à cela. La première est la reconnaissance que le discernement est avant tout un acte spirituel et doit donc laisser place au Saint-Esprit. Les décisions au sein de l’Eglise ne doivent pas être réduites à des réunions de direction. Deuxièmement, tous les membres du peuple de Dieu peuvent contribuer aux décisions importantes. Le principe quod omnes tangit ("ce qui concerne tout le monde doit être discuté et approuvé par tout le monde") devrait s’appliquer autant que possible dans ce processus.
4. Devenir une Eglise plus responsable
L’une des raisons pour lesquelles l’appel à la synodalité est devenu opportun dans l’Eglise aujourd’hui est l’érosion de la crédibilité de l’Eglise due au scandale/à la crise des abus sexuels. C’est un défi que nous ne devons pas éviter, car il affecte à la fois l’image et la mission de l’Eglise. Nous devons y faire face avec contrition, humilité et la détermination de faire mieux à l’avenir. En tant qu’Eglise, nous sommes appelés à atteindre des standards plus élevés, à mener une vie de sainteté. La synodalité doit donc contribuer à restaurer cette confiance et à favoriser la guérison. C’est aussi un moyen de restaurer l’intégrité ecclésiale et de devenir une Eglise plus responsable. Une Eglise responsable se caractérise par la transparence à trois niveaux: devant Dieu, parmi les baptisés et devant le monde. L’autre aspect de ce critère est l’ouverture à l’évaluation interne et externe, le secret étant limité uniquement à ce qui est justifié par le droit ecclésial et public.
En fin de compte, la synodalité n’est pas seulement un joli slogan sur le peuple de Dieu en marche. Il s’agit de construire une Eglise vivante, fidèle et saine, guidée par le Saint-Esprit: une véritable communion des saints qui vit pour et avec tous, une famille de Dieu qui témoigne joyeusement de l’Evangile dans le monde par ses paroles et ses actes.
Ikenna Paschal OKPALEKE
