Déontologix : C’est quoi un journaliste ? Que peut-il faire et ne pas faire ?


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Déontologix : C’est quoi un journaliste ? Que peut-il faire et ne pas faire ?
CCO Pixabay Neva79
Par Armelle Delmelle
Publié le - Modifié le
7 min

Informer, c'est un métier et tout métier nécessite des règles. Avec ce 4e épisode de Déontologix, c’est une question importante qui est posée : qu’est-ce qu’un journaliste ? Romain, le narrateur de ce podcast, passe en revue les droits et devoirs d'un journaliste.

"Déontologix" a été réalisé par Pamela Flores et Anna Vidal pour le Conseil de déontologie journalistique (CDJ), avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Ecouter les épisodes précédents.

Si informer est effectivement un métier, il n’est pas obligatoire d’avoir un diplôme en journalisme pour être journaliste. Contrairement à d’autres professions, la fonction de journaliste n’est pas protégée par un ordre.

Comme nous le rappelle Romain, le Conseil de Déontologie Journalistique (CDJ) n’est pas comparable à un ordre comme il en existe pour les médecins ou les avocats, par exemple. Il s’agit « uniquement » d’un organe d’autorégulation qui rend des sanctions morales et non d’un ordre disciplinaire.

Le néo-journalisme

Le néo-journalisme, ou journalisme citoyen, fait encore l’objet de nombreuses recherches académiques. Grâce aux réseaux sociaux et à l’accessibilité du matériel nécessaire pour capturer le réel, tout citoyen peut se retrouver dans une démarche journalistique.
« Il y a 40 ans, les journalistes étaient très faciles à déterminer, ce sont ceux qui travaillaient dans un grand média », explique Alain Vaessen, vice-président du CDJ. « Aujourd’hui, tout le monde est journaliste dès le moment où, via un média, au sens très large, il s’adresse à un public. »

Est journaliste au sens du code de déontologie « toute personne qui contribue directement à la collecte, au traitement éditorial, à la production et/ou à la diffusion d’informations par l’intermédiaire d’un média à destination d’un public et dans l’intérêt de celui-ci ». C’est une définition fonctionnelle et non professionnelle du journalisme. En Belgique, après deux ans d’activité principale, on peut demander à être reconnu journaliste professionnel.

Un titre protégé

Si le métier de journaliste n’est pas protégé, le titre de journaliste, lui, est protégé par la loi. Pour l’obtenir, il est nécessaire de remplir une série de critères. Ceux-ci sont détaillés sur le site de l’Association des journalistes professionnels (AJP), qui délivre les cartes de presse. Ce document permet d’accéder à des lieux sécurisés et facilite les contacts avec les autorités officielles et les entreprises privées.

Le point de vue du CDJ

Le CDJ, quant à lui, suit une définition fonctionnelle et ne regardera donc pas la carte de presse, l’adhésion à une association professionnelle ou encore le diplôme pour déterminer si la personne visée par une plainte peut bel et bien être considérée comme journaliste. Le CDJ ne se basera pas non plus sur le statut du journaliste, qui peut sensiblement varier entre salarié, indépendant, pigiste, stagiaire ou encore étudiant. Concrètement, le Conseil peut accepter d’ouvrir un dossier de plainte contre toute personne qui revendique la casquette de journaliste.

Il en va de même en ce qui concerne le support : le CDJ sera compétent, peu importe le support utilisé. En 2024, la grande majorité des plaintes reçues par le CDJ concernaient tout de même les médias dits « historiques ». Par ailleurs, en cas de doute face à une plainte visant un média inconnu ou émergent, le Conseil se posera notamment la question suivante : « si cette information avait été publiée dans un journal papier, radio ou télévisé, est-ce qu’on pourrait la considérer comme du journalisme ? »

Ce qui peut être jugé par le CDJ

Le Conseil est strictement compétent pour l’information. Le CDJ est également compétent pour la confusion possible avec d’autres registres comme le divertissement, la communication, la publicité ou la propagande : comme on en reparlera un peu plus tard dans cet épisode, ce n’est pas du journalisme.

En ce qui concerne la question de la compétence territoriale, le CDJ n’acceptera pas une plainte si elle vise un média ou un journaliste qui n’est pas établi ou actif en Belgique francophone ou germanophone. Le secrétariat général du CDJ redirige donc de temps en temps des plaignants vers son homologue français ou flamand.

Journaliste 24/7

Selon Caroline Carpentier, avocate et membre du CDJ dans la catégorie société civile, le journaliste doit pouvoir, en dehors de son travail, avoir une vie privée et la possibilité d’exprimer ses opinions. Cependant, « avec les réseaux sociaux, le journaliste reste pour le public une source d’information spéciale et spécialement digne de confiance, même quand il s’exprime à titre personnel sur les réseaux sociaux ».

En 2010, quelques mois à peine après sa création, le CDJ a donc publié un avis dans lequel il dit explicitement que lorsque les journalistes diffusent sur les réseaux sociaux des messages d’information, il faut considérer qu’ils y exercent toujours une activité de type journalistique. Cela ne concerne évidemment pas les photos de vacances ou autres partages privés.

Qu’est-ce qu’un média ?

Selon la définition reprise dans le code de déontologie du CDJ, un média « est une personne physique ou morale dont l’activité est la production et/ou la diffusion de l’information journalistique, quel que soit le support utilisé ». Au XXIᵉ siècle, au-delà des journaux et des chaînes radio ou télé, l’expression journalistique se fait également sur les plateformes numériques, telles que les blogs ou les réseaux sociaux.

Si le CDJ n’est pas compétent pour tenir ces plateformes responsables d’une éventuelle faute déontologique, à l’instar des médias d’information, le journaliste ou le média qui se sera exprimé par ce biais n’en sera pas dédouané pour autant.

Ce qu’un journaliste n’est pas…

Le Code de déontologie journalistique résume en une phrase les activités qu’un journaliste ne peut pratiquer : « Les journalistes ne prêtent pas leur concours à des activités de publicité ou de communication non journalistique. »

De plus, les médias doivent s’assurer que les messages publicitaires présentés dans leurs pages, entre leurs programmes ou sur leur site web ne soient pas confondus avec l’information journalistique.

Le CDJ a consacré une directive à la confusion entre publicité et information. Celle-ci est formulée autour de trois axes : garantir au public une information vraie, distinguer visuellement publicité et journalisme, refuser la confusion des rôles.

Journaliste = influenceur ?

Le rôle du journaliste est, a priori, clair : il n’est ni un communicateur, ni un publicitaire, ni un influenceur. Cependant, les temps changent et certains journalistes peuvent être considérés comme des influenceurs. Mais que met-on derrière ce terme d’influenceur ?

Un influenceur, comme on l’entend souvent aujourd’hui, est une personne payée par une marque pour faire la promotion de produits auprès de son audience. La communication faite par l’influenceur, sur les réseaux sociaux par exemple, est d’ailleurs souvent contrôlée par la marque. Comme nous l’avons vu plus haut, un journaliste ne peut pas se prêter à ce type d’activité.

Cependant, un journaliste est un influenceur au sens premier du terme. Un journaliste qui fait une critique d’un film, d’un livre ou d’une exposition, par exemple, va influencer le public dans ses choix de lectures ou ses sorties culturelles. Et rien n’interdit la critique en journalisme.

Journalisme, propagande et parodie

Au-delà de la communication et de la publicité, le journalisme ne peut pas non plus se confondre avec la parodie ou encore la propagande. Si le terme de propagande est lourdement connoté, il y a, par contre, un vrai débat autour de la question du militantisme et de la frontière parfois ténue avec le journalisme d’opinion ou le journalisme engagé.

Pendant des années, personne ne s’est posé de questions alors que la presse écrite était ouvertement idéologique. Défendre une thèse n’empêche pas de faire un travail journalistique soumis aux règles déontologiques.

L’opinion personnelle d’un journaliste en faveur d’une personnalité politique, par exemple, ne doit pas l’empêcher de dénoncer les éventuelles dérives de cette personnalité. Comme l’explique Jean-Pierre Jacquemin, directeur de l’information à la RTBF, « il y a une chose que le journalisme militant doit toujours savoir, c’est qu’il doit d’abord être journaliste avant d’être militant. Il doit être en capacité aussi de sortir une information qui peut déranger sa militance. »

L’expression d’une opinion

L’article 10 du Code confirme que, si « les faits sont contraignants, le commentaire, l’opinion, la critique, l’humeur et la satire sont libres, quelle qu’en soit la forme ». Il ne faut cependant pas oublier l’article 5 : « les journalistes font clairement la distinction aux yeux du public entre les faits, les analyses et les opinions. Lorsqu’ils expriment leur propre opinion, ils le précisent. »

Contrairement à l’idée reçue, la neutralité ou l’objectivité n’est pas une obligation déontologique. En effet, le journalisme consiste à faire des choix qui sont, même inconsciemment, influencés par des valeurs et des expériences. Le premier article du Code préfère le terme de l’honnêteté. Comme le dit Véronique Kiesel : « les journalistes doivent faire preuve de subjectivité honnête. »

Armelle DELMELLE (RCF Liège)


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