« Ceci n’est pas un module » : Iles de Paix invite à changer notre regard sur la solidarité


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« Ceci n’est pas un module » : Iles de Paix invite à changer notre regard sur la solidarité
©Olivier Detournaij
Par Manu Van Lier
Journaliste de CathoBel
Publié le
4 min

"Vous n'achetez pas un module, vous participez au changement pour le droit à l'alimentation." C'est par ces mots que l'ONG Iles de Paix décrit sa campagne annuelle, inspirée de l’esprit de Magritte, pour soutenir concrètement les familles paysannes engagées dans la transition agroécologique.

Du vendredi 16 au dimanche18 janvier 2026, les modules d’Iles de Paix réapparaissent dans les sorties de magasins, les écoles et les rues de Wallonie et de Bruxelles. Mais cette année, l’ONG a choisi de bousculer les évidences. "Ceci n’est pas un module", une formule qui vise à intriguer et inviter à regarder au-delà de l’objet. Car derrière ce petit symbole de solidarité, c’est tout un projet de société qui se dessine.

Depuis plus de cinquante ans, Iles de Paix mène un combat constant pour le droit à l’alimentation, en soutenant les agricultures familiales et en sensibilisant les citoyennes et citoyens aux enjeux alimentaires mondiaux. Sa nouvelle campagne s’inscrit dans cette continuité, tout en affirmant un message clair : acheter un module n’est pas un acte de consommation, mais un engagement pour un changement durable, humain et collectif.

En revisitant l’univers de René Magritte, Iles de Paix propose une lecture symbolique forte. Comme l’image n’est pas l’objet, le module n’est pas une fin en soi. Il représente des choix. D'abord celui de défendre une agriculture respectueuse des personnes et de l’environnement. Mais aussi d'apporter un soutien concret aux communautés qui œuvrent, chaque jour, pour leur souveraineté alimentaire.

L’Ouganda, au cœur de la campagne 2026

©Olivier Detournaij

Cette année, la campagne met particulièrement en lumière les actions menées en Ouganda. Dans ce pays d’Afrique de l’Est, environ 12 % de la population vit encore en situation d’insécurité alimentaire chronique. Face à ce constat, Iles de Paix accompagne depuis plusieurs années des familles paysannes engagées dans une transition vers des pratiques agricoles plus durables et résilientes.

A Fort Portal, dans l’ouest du pays, une dynamique collective se développe. Dans les jardins, les marchés et les quartiers urbains, des agricultrices et agriculteurs, des jeunes et des formateurs réinventent les pratiques agricoles locales. Sur le terrain, l’ONG  forme à la diversification des cultures et veille à améliorer l’accès aux marchés.  Le but étant d'atteindre une autonomie alimentaire et économique.

Des maraîchères développent des cultures variées et nutritives, des jeunes se forment à l’apiculture durable, des formatrices transmettent les principes de l’agroécologie. À leur échelle, ils démontrent qu’un autre modèle agricole est possible : plus respectueux des sols, plus juste socialement, et mieux armé face aux effets du changement climatique.

Deux reportages de sensibilisation, intitulés Kirungi, donnent à voir ces réalités de terrain. Ils sont utilisés dans le cadre du programme d’éducation à la citoyenneté mondiale et solidaire d’Iles de Paix, destiné à l’enseignement primaire et secondaire. Chaque année, plus de 55 000 élèves sont ainsi sensibilisés aux enjeux alimentaires mondiaux et aux solutions portées par les communautés locales.

Agir aussi en Belgique pour une alimentation plus juste

L’ONG rappelle que les systèmes alimentaires sont interconnectés et que la question de l’accès à une alimentation de qualité concerne aussi la Belgique.

C’est dans cette perspective qu’est né le programme Mangu Sane (manger sain, en espéranto). Son objectif : garantir l’accès à une alimentation de qualité aux personnes en situation de précarité, tout en assurant un revenu digne aux agriculteurs et agricultrices.

A Jambes, en province de Namur, Iles de Paix soutient notamment le projet du Jardin d’à Côté. Ce maraîchage bio, porté par Pierre Bertiaux, propose des paniers de légumes à venir composer et retirer chaque semaine au jardin. Les familles précarisées du quartier bénéficient de tarifs réduits, favorisant ainsi un accès réel à une alimentation saine, locale et choisie.

Dans un contexte où le recours à l’aide alimentaire ne cesse d’augmenter, l’ONG plaide pour un changement de modèle. L’alimentation n’est pas qu’une question de calories : elle touche à la dignité, à la santé et au lien social. Permettre à chacun de manger sainement est un enjeu de justice sociale.

Une mobilisation citoyenne à grande échelle

Les 16, 17 et 18 janvier 2026, des milliers de volontaires (élèves, enseignants, mouvements de jeunesse, familles et simples citoyens) se mobiliseront partout en Belgique francophone. L’objectif est double. D’une part, récolter des fonds indispensables pour soutenir les projets de terrain de l’ONG. D’autre part, sensibiliser largement aux causes structurelles de l’insécurité alimentaire. Car derrière la faim se cachent des réalités complexes : accès à la terre, dérèglement climatique ou inégalités économiques, marginalisation des paysanneries.

©Olivier Detournaij

Des objets solidaires pour soutenir la campagne

Au cœur de la mobilisation de janvier, les modules restent un symbole fort. A ceux-ci s'ajoute la vente de tote bags (sacs en tissu), de tours de cou, bracelet ou encore film alimentaire à la cire d'abeille. Mais fidèle à son message, Iles de Paix rappelle que l’essentiel n’est pas l’objet lui-même. Chaque module acheté représente un soutien concret à des familles paysannes, à des formations en agroécologie, à des projets favorisant l’accès à une alimentation digne. Il incarne un geste de solidarité qui dépasse largement sa valeur matérielle.

En achetant un objet solidaire, les citoyens participent à une chaîne d’engagement qui relie producteurs et consommateurs, ici et ailleurs.

Infos et dons: Iles de Paix

Catégorie : Société

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