Professionnalisation et mise au centre des victimes : l’Eglise belge dévoile son nouveau plan d’action anti-abus


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Professionnalisation et mise au centre des victimes : l’Eglise belge dévoile son nouveau plan d’action anti-abus
De gauche à droite : Manu Keirse (professeur et psychologue), Jessika Soors, Céline Fremault (présidente de la Commission nationale au sein de Dignity) et Mgr Luc Terlinden. © CathoBel / CH
Par Christophe Herinckx
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
5 min

Ce lundi 15 décembre, la Fondation Dignity a présenté un nouveau plan stratégique pour lutter contre les abus sexuels dans l'Eglise de Belgique. Ce plan, fondé sur les recommandations parlementaires de 2024, comprend trois volets majeurs : des réformes structurelles, une prévention rigoureuse et une participation accrue des victimes.

Le nouveau plan stratégique élaboré par la Fondation Dignity pour lutter contre les abus au sein de l'Eglise a été élaboré avec la contribution des victimes. Il s’appuie sur les recommandations qui ont suivi les commissions parlementaires mises en place en 2024, à la suite de la diffusion de la série "Godvergeten". Cette nouvelle stratégie, approuvée par les évêques de Belgique et les coupoles de congrégations et ordres religieux, a pour objectifs principaux de mieux soutenir les victimes et de prévenir de nouveaux cas d’abus sexuels.

Pour Jessika Soors, coordinatrice nationale pour Dignity, "les attentes vis-à-vis de l’Église sont légitimement élevées. Le passé ne peut être effacé, mais un changement structurel est possible et nécessaire pour offrir reconnaissance, rétablissement et sécurité. Le présent plan stratégique trace la voie."

Mgr Luc Terlinden, l'actuel évêque référendaire pour les abus au sein de la conférence épiscopale belge, confirme pour sa part la ferme volonté ferme de l’Église de mettre en œuvre le plan dans son intégralité : "Ce plan stratégique exprime l’engagement de l’Église à continuer de reconnaître la souffrance des victimes d’abus sexuels au sein de l’Église et à prendre des mesures structurelles. Cela requiert un effort durable : écouter les victimes, pratiquer l’introspection, collaborer et instaurer un changement de culture au sein de nos propres institutions."

Les victimes au centre des priorités

Le plan présenté ce lundi 15 décembre dit vouloir placer les victimes au centre des priorités. Ces dernières ont été impliquées dans son élaboration et doivent également à sa mise en œuvre. Une collaboration sera développée avec Moderator asbl, un forum pour la justice réparatrice et la médiation, afin de concrétiser cette participation. "L’écoute et la reconnaissance des victimes sont essentielles et extrêmement précieuses", insiste Jessika Soors. "En collaborant avec Moderator asbl, nous renforçons la participation et la concertation."

L’accueil des victimes d’abus sexuels au sein de l’Église sera notamment davantage professionnalisé pour mieux répondre aux besoins de celles-ci. La collaboration avec d’autres points de contact sera optimalisée, afin que les victimes puissent choisir le point de contact qui leur convient le mieux.

Autre point : les victimes devront être automatiquement informées de leurs droits et des possibilités d’assistance juridique. Les montants actuels d’indemnisation seront désormais annuellement indexés. Comme annoncé précédemment, dans l’attente d’un cadre légal définitif pour toutes les victimes, un soutien supplémentaire de 3.000 € sera octroyé pour les soins psychothérapeutiques. Une offre accessible de groupes de soutien par des pairs sera également mise en place pour les victimes et leurs proches; ainsi qu'un accompagnement spirituel pour celles et ceux qui le souhaitent.

Une politique de prévention rigoureuse à tous les niveaux de l’Église

La prévention des abus sexuels est une mission qui doit concerner tous les niveaux de l’Église, précise également. Chaque diocèse et les coupoles des congrégations et ordres religieux devront dès lors désigner chacun un coordinateur ou une coordinatrice qui veillera sur cet aspect essentiel. Par ailleurs, tous les collaborateurs et bénévoles dans l'Eglise devront suivre une formation obligatoire sur l’intégrité des personnes, la gestion trauma-sensitive et les signes de comportements transgressifs ou d’abus.

La politique d’intégrité sera renforcée par une obligation de signalement pour les collaborateurs faisant l’objet d’une enquête pénale ou d’une condamnation. La numérisation du celebret - le document qui accorde à un prêtre l’autorisation de célébrer l’eucharistie - doit constituer un outil de sécurité supplémentaire garantissant que seuls les prêtres sans plainte ni condamnation puissent exercer un ministère.

Tolérance zéro à l’égard des abus sexuels

Le plan stratégique veut encore renforcer la politique de tolérance zéro à l’égard des abus sexuels dans l'Eglise. Chaque plainte devra être traitée de manière cohérente et des enquêtes proactives effectuées pour vérifier si les abuseurs ont fait d’autres victimes.

Un Conseil de supervision, composé d’experts issus de la société civile dans différents domaines tels que la criminologie, la psychologie et le droit, formulera des recommandations concernant le suivi des abuseurs. Ce Conseil fonctionnera indépendamment de la hiérarchie ecclésiale et son avis sera désormais requis dans chaque dossier. Tout obstacle à la mise en œuvre de cet avis sera immédiatement signalé à l’instance compétente à Rome, en vue d’une approche efficace au sein de l’Église en Belgique. Par ailleurs, une offre spécialisée d’accompagnement sera mise en place pour les abuseurs et leurs proches, axée sur la supervision et la réduction du risque de récidive.

Une procédure de lancement d’alerte facilitera le signalement des soupçons d’abus par des témoins, sans crainte de représailles. Les nouveaux mouvements ecclésiaux devront suivre les mêmes protocoles, sous peine de perdre la reconnaissance qui leur permet d’exercer leurs activités au sein d'un diocèse.

Une collaboration intensive avec la société civile

Enfin, le nouveau plan stratégique présenté par l'Eglise belge mise sur une transparence maximale et une collaboration avec la société. Lors de la présentation du plan, Jessika Soors était accompagnée de l’ancienne ministre bruxelloise Céline Fremault, qui devient présidente d'un nouvel organe au sein de Dignity : une Commission nationale qui veillera à la mise en œuvre, au suivi et à l’évaluation de la politique de lutte contre les abus. Céline Fremault a souligné l’importance sociétale de l’initiative : "Les abus sexuels dans l’Église ne touchent pas seulement les victimes, mais l’ensemble de la société. Je souhaite impliquer activement des experts issus de la société civile dans cette mission essentielle."

Dignity mettra en place un point de communication central pour garantir la transparence sur la politique menée. Une procédure uniformisée sera instaurée pour archiver tous les documents et les dossiers relatifs aux abus. Un processus de dialogue sur les archives devra apporter des réponses aux questions des victimes et des chercheurs concernant l’accès aux archives.

Jessika Soors a conclu la présentation du plan en ces termes : "Ce plan stratégique marque une nouvelle étape et trace l’horizon des actions à venir. Les victimes ont été écoutées et le plan répond aux recommandations parlementaires. Mais le travail n’est pas terminé. Sa mise en œuvre se fera en collaboration avec les victimes, le Parlement et la société."

"Ce plan stratégique marque une nouvelle étape" assure Jessika Soors, coordinatrice nationale pour Dignity. © CathoBel / CH

Christophe HERINCKX


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