COP30 : quelle place pour la pensée chrétienne ?


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COP30 : quelle place pour la pensée chrétienne ?
© Adobe Stock
Par Julien Paul
Journaliste
Publié le - Modifié le
6 min

Dix ans après la publication de l’encyclique Laudato Si’ et la signature de l’Accord de Paris pour le climat, la 30ᵉ COP s’est ouverte le 10 novembre dernier au cœur de l’Amazonie brésilienne sous le signe de la mise en œuvre concrète des engagements pris lors des sommets précédents.

L’attente d’engagements précis et vérifiables de la part des 190 pays représentés est un marqueur fort de cette édition 2025. Pour en parler, sur fond de dérèglement climatique déjà perceptible et de tensions sociales criantes, les invités de Julien Bal dans l’émission de décryptage de RCF étaient le dominicain Laurent Mathelot et le prêtre diocésain dominicain Serge Maucq.

Cette COP amazonienne se tient dix ans après la publication de l’encyclique Laudato Si’ du pape François et dix ans après la ratification des Accords de Paris. Quel héritage de ces deux textes concomitants et fondateurs rete-t-il aujourd’hui ? Cette année, chaque pays est invité à ne pas faire de grande déclaration disruptive mais à déposer sobrement un plan national actualisé et précis de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Cet élan marque-t-il le début de la rationalité climatique et la fin du spectacle déclaratif à ce sujet ?

Une COP pour rien ou pour plus tard ? 

C’est dans ce contexte particulier que Serge Maucq a tenu à rappeler, en préambule de son propos, l’ancienneté, mais aussi l’utilité de ce rendez-vous planétaire : "La COP est en effet un raout, mais c’est aussi une institution plus que trentenaire qui est née en 1992 dans le sillage du sommet de Rio. Elle a l'avantage de permettre de refaire le point et de montrer que les signes d'évolution ne sont pas positifs. On peut critiquer la COP, mais je crois qu'il faut maintenir ce rendez-vous, car c’est aussi le rendez-vous du développement humain intégral. Au-delà des questions climatiques au sens strict, je crois que, par l'apport de Laudato Si’ notamment, on s'est finalement rendu compte que... « Tout est lié »".

Pour les deux prêtres, l’Église ne pèse sans doute pas lourd dans la diplomatie climatique, mais elle apporte une parole transversale, à la croisée du social, du spirituel et de l’écologique : "Dans ce processus, que pèse l'Église ? Interroge Serge Maucq. Que pèsent les chrétiens dans ce débat ? Probablement assez peu de choses quantitativement parlant. Mais je crois que nous sommes une multinationale, nous aussi, et que cette multinationale, eh bien, elle a une voix, elle aussi, et que cette voix est utile".

Une impatience résignée ?

Dès l’ouverture de la conférence onusienne, le ton a été donné par les responsables scientifiques de premier plan : sobriété et pragmatisme. Selon Jim Skea, président du GIEC, il est désormais "presque inévitable" que le réchauffement dépasse 1,5 °C par rapport à aux températures de l’ère préindustrielle. Pour Simon Stiell, patron de l’ONU Climat, partant de ce constat "se lamenter ne serait pas une bonne stratégie". Autrement dit, les trajectoires actuelles rendent très improbable le respect de la borne symbolique fixée à Paris, malgré les longues négociations et les appels à la responsabilité depuis dix ans, de COP en COP.

Cette tension entre la multiplication des sommets mondiaux et l’insuffisance évidente des résultats a eu des effets sur les lieux mêmes de la conférence. Peu après l’ouverture de la COP en effet, des manifestants – en particulier des membres de la tribu Tupinambá, fomentés par des militants de gauche du PSOL – ont fait irruption sur le site, certains en tenue traditionnelle, d’autres brandissant des bâtons. Ils réclamaient une taxe sur les grandes fortunes pour financer les politiques climatiques et abonder les fonds promis aux pays les plus vulnérables.

Source: Pixabay - CC0 / josealbafotos

Privés de dessert

La question du rôle des multinationales, des ultra-riches et de l’outil fiscal se heurte toutefois à la crainte récurrente d’une "écologie punitive", notamment dans les entreprises mondialisée et dans les milieux les plus aisés. Face à cette frilosité, la tentation du découragement est grande. Serge Maucq plaide, à rebours de cette tendance, pour la persévérance des citoyens et des mouvements de base : "J'aime bien cette expression : "des fourmis décidées peuvent ébranler un éléphant". Oui, je crois à cela. L'inverse, ce serait la capitulation en rase campagne, en se disant, face à ce poids des multinationales, face à ces colosses économiques, on peut rien faire. Ce n'est pas vrai. Je le dis. ne rentrons pas dans un scénario dépressif. Je crois que ce serait renforcer une spirale de la dépendance".

Sur le terrain, beaucoup de citoyens affirment déjà "faire leur part" : réduire leur consommation de viande, trier leurs déchets, limiter certains déplacements par exemple. Mais ces efforts contrastent avec le poids du transport maritime et aérien dans le commerce mondial, ou encore avec les rétrpédalages de certains dirigeants climato-négationnistes.

Trump brille par son absence

L’absence du président américain, qui présente le réchauffement climatique comme "la plus grosse arnaque du siècle", illustre pour Frère Laurent le décalage entre la mobilisation citoyenne et l’engagement des grandes puissances. Les gestes individuels apparaissent alors à la fois nécessaires et insuffisants : "Oui, nos démarches sont a priori insuffisantes. Nous n'arrivons pas à rattraper ce dérèglement climatique. Les ambitions ne sont pas à la hauteur des enjeux. Tout le monde le sait. Et nous savons que nous avons des États-Unis tournés vers leur nombril. America first, ce slogan dit bien ce qu'il veut dire. L'ami Trump met en place une politique selon laquelle l'industrie américaine va à nouveau produire des voitures, aller chercher des hydrocarbures en Alaska, tout ça pour que l'économie américaine tourne, tourne, tourne".

Certains observateurs soulignent cependant que le protectionnisme américain favoriserait, à terme et idéalement, une part de relocalisation industrielle, ce qui pourrait limiter certains flux de marchandises ; "mais cette option auto-préférentielle ne pourra pas compenser le choix assumé et rétrograde en faveur des énergies fossiles".

Et nous alors ?

Pour Laurent Mathelot, l’Occident ne peut de pas se défausser de ses responsabilités : "Nous achetons presque tout ce que nous consommons en Chine. On ne produit plus grand-chose en Europe en termes de grande industrie. En revanche, nous achetons tout à la Chine, donc tout arrive chez nous par cargo. Nous avons simplement délocalisé notre pollution. Le transport est l’un des facteurs importants de l’empreinte écologique. Ce n’est pas le seul : Internet commence à le dépasser. Nous sommes les plus grands pollueurs. L’Occident, par ses achats, par son mode de vie – même s’il ralentit – reste le plus grand pollueur. Ce n’est pas le petit paysan chinois qui achète énormément de choses sur Internet : lui, il les produit".

Un Everest après l’autre

L’enjeu des COP dépasse donc les accords techniques : ces rendez-vous ont aussi une dimension pédagogique, destinée à faire évoluer les imaginaires et certains comportements : "En réalité, ces COP ont aussi pour mission d’éduquer un peu, à l’échelle globale, de sensibiliser le monde, chacun d’entre nous. Et puis, Trump n’est pas éternel" poursuit frère Laurent Mathelot. 

Serge Maucq lui emboîte le pas, en rappelant que les difficultés tiennent aussi à la lenteur de nos conversions collectives : "Trump n'est certes pas éternel, mais notre nature humaine, paresseuse, elle est éternelle. Il suffit de voir à quel point, après l’épidémie de Covid, il y a une prise de conscience des circuits de distribution, etc., et qu'en quelques mois, tout cela a été balayé, en moins de temps d’ailleurs qu'il ne faut pour le dire. La montagne de la persuasion et de la prise de conscience, c'est un fameux Everest à escalader. Mais il faut le faire, pas à pas, ne pas renoncer, surtout pas..."

Julien PAUL


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