En septembre 2024, elle a pris les rênes de l'Université Saint-Louis, en plein processus de fusion avec l'UCLouvain. Par ambition? Par volonté de servir, surtout. Et avec le souci de rendre le moins un peu moins injuste...
Née en 1976 à Bruxelles, Isabelle est très tôt confrontée à un événement qui colorera son regard sur le monde. Alors qu’elle n’a que deux ans, sa petite sœur est frappée par un handicap. "On ne s’y attendait pas du tout", relit aujourd’hui Isabelle Hachez. "Vivre ce genre d’épreuve, ça questionne, ça chamboule, on ne comprend pas tout de suite. Mais on évolue avec ça…"
Fascinée par la robe
Le goût du droit, ça vient de là. Comme une façon de tenter de rendre les choses un peu moins injustes. Une manière aussi d’inscrire ses pas dans ceux de sa mère, avocate. "Très tôt, j’étais fascinée par la robe de l’avocate", confesse-t-elle. "Quand je voyais ma maman la revêtir, j’avais l’impression que tout devenait possible. Parce qu’elle incarnait la justice."
Assez naturellement, elle opte pour Saint-Louis, attirée par la "taille humaine" de l’institution. Pas une grande sorteuse, l’étudiante est plutôt assidue aux cours. "A la fois parce que j’y retrouvais mes amis et mes amies, mais aussi parce que je suis une auditive: une partie du cours s’imprégnait en moi lorsque je l’entendais." Des cours qui l’ont marquée? Introduction à la pensée juridique contemporaine, avec François Ost, et Philosophie morale, avec Guillaume de Stexhe. "On ressortait de ce dernier cours en remettant en cause l’ensemble de la vision qu’on avait sur le monde. Pour moi, la démarche universitaire, c’est ça: se mettre en mouvement en permanence, se questionner, se décentrer."
A Louvain-la-Neuve, l’approche s’affine. Se fait plus clairement juridique. "Ce fut un peu dur. J’aime beaucoup la rigueur du droit, mais pour moi, le droit n’est jamais qu’un levier pour atteindre des objectifs qui le dépassent. Or, l’interdisciplinarité permet d’élargir notre compréhension du monde."
Rectrice? "Ce n’était pas prévu"
Après avoir quelque peu travaillé au barreau, c’est la carrière académique qu’Isabelle Hachez embrasse. Assistante, chercheuse FNRS, professeure… Gravir les échelons ne l’empêche pas de conserver ses idéaux. "Comme scientifique, on n’est pas là pour défendre un projet militant, mais pour instruire, à charge et à décharge, avec le courage de la nuance. Il n’empêche que sur certaines thématiques, on peut aussi travailler, en arrière-fond, un idéal de justice…" Le choix de ses sujets de recherche en dit long: Isabelle Hachez se spécialise notamment dans les droits sociaux – et leur effectivité.
En septembre 2024, elle devient rectrice de Saint-Louis (ou, plus exactement, vice-Rectrice du site de l’UCLouvain – Saint-Louis – Bruxelles). "Ce n’était pas du tout prévu, et ce n’était pas un objectif en soi", insiste la femme. Qui trouve cependant "sain" que les charges institutionnelles soient largement partagées au sein d’une université. Un élément va jouer: dès 2016, alors présidente du corps académique, elle s’implique fortement dans le processus de fusion Saint-Louis/UCLouvain.
Quelques années plus tard, tandis que le processus demeure un chantier majeur, Saint-Louis peine à se trouver des candidats au rectorat. "Je ne me voyais pas rester au balcon sans moi-même me retrousser les manches." Isabelle Hachez voit aussi là une opportunité pour rendre l’institution plus inclusive – ce sera l’un des principaux caps de son programme.
Elle ne veut pas compter ses heures
Epouse (d’un avocat), mère de trois enfants, la jeune femme a toujours été attentive à son équilibre. Quand ses enfants étaient jeunes, elle a pris un trois-quarts temps qui lui permettait d’être à 16 heures à l’école. "J’ai toujours évolué avec, autour de moi, des hommes qui étaient extrêmement ouverts et soucieux d’une parfaite inclusion et d’une parfaite égalité. Mais je suis consciente que sur le plan sociétal, il y a un vrai défi." Aujourd’hui, la majorité des recteurs d’université belge francophones sont… des rectrices! Isabelle Hachez s’en réjouit. "Je suis favorable à un équilibre. Sans évidemment parler d’essences différentes, il y a sans doute des sensibilités différentes, une richesse dans la diversité."
Reste que la fonction est totalement absorbante. "Je n’ai jamais voulu compter mes heures de travail parce que je fonctionne au sens et à la passion. Mais c’est clair que l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée reste une recherche de chaque jour." Elle identifie un autre défi: assurer la gestion quotidienne tout en dégageant du temps pour les chantiers de fond. "Je tente de conserver ce temps pour pouvoir moi-même prendre la distance critique qu’on enseigne aux étudiants. En ne le faisant pas, je risquerais de n’être plus alignée par rapport à l’ADN de l’université, qui est précisément le temps long, dans un monde qui s’accélère de plus en plus."
Vincent DELCORPS

