Comment aider les populations de pays en guerre? « On ne choisit pas de fuir, mais on peut toujours choisir d’accueillir »


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Comment aider les populations de pays en guerre? « On ne choisit pas de fuir, mais on peut toujours choisir d’accueillir »
Une travailleuse humanitaire de Caritas, au milieu des décombres de Gaza Source: Caritas
Par Armelle Delmelle
Publié le
3 min

Alors que plusieurs conflits armés bouleversent le monde, une question s’impose à celles et ceux qui regardent cela de loin : que peut-on faire pour soutenir les victimes ? C’est à cette question que le dernier numéro de Décryptages de l’année s’est intéressé.

Gilles Cnockaert, responsable de la communication de Caritas International, et le frère Christian Eeckhout, dominicain et prieur du couvent Fra Angelico de Louvain-La-Neuve, connaissent bien la situation à Gaza et en Palestine de manière générale. Leurs témoignages rappellent que, malgré l’enlisement des conflits, l’action humanitaire et l’engagement des Églises locales persistent, portés par une éthique de service, de solidarité et de dignité.

Au plus près des populations

La situation dans les pays en guerre rend compliqué l’accès à la population pour apporter les soins nécessaires aux victimes des conflits. Cependant, « des organisations comme Caritas continuent de se démener chaque jour pour malgré tout faire ce qu’elles peuvent dans des conditions difficiles », affirme Gilles Cnockaert. Pour faire leur travail, ces ONG se reposent de plus en plus sur des partenaires locaux, déjà présents avant les combats et enracinés dans la communauté.

Comme nous l’explique Gille Cnockaert, la façon d’agir est différente dans chaque pays concerné. À Gaza, une centaine de collaborateurs de Caritas, eux-mêmes victimes du conflit, continuent à soigner à travers des cliniques mobiles, à distribuer l’essentiel quand les stocks le permettent. En Ukraine, une quarantaine de centres d’accueil sont actifs. Et au Soudan, c’est à la frontière que l’aide tente de rejoindre les déplacés qui fuient la faim.

Mais les obstacles sont multiples : blocages politiques, inaccessibilité physique, ciblage des civils et des humanitaires, et instrumentalisation de l’aide dans certains cas. À Gaza, par exemple, « des centaines de camions restent bloqués à quelques mètres de là où ils devraient pouvoir trouver leur chemin », déplore Cnockaert. « L’humanitaire devient une arme diplomatique, militaire, administrative. »

Les paroisses en première ligne

Dans ce contexte, les Églises locales jouent un rôle irremplaçable, notamment en Palestine. Frère Christian Eeckhout témoigne : « Les paroisses de Sainte-Famille ou Saint-Porphyre à Gaza accueillent dans leur détresse les chrétiens de toutes confessions, mais aussi les musulmans sunnites. » Les dépendances, salles de réunion et écoles deviennent des refuges de fortune pour des familles déplacées de force, parfois à plusieurs reprises.

Au-delà de l’accueil matériel, les paroisses offrent un espace de prière et de consolation. « La prière aide pour le moral, le moral pour le mental, et le mental pour le physique », explique le frère dominicain. Une forme de soin intérieur face à l’impuissance ambiante.

Une action fidèle à l’Évangile… et aux principes humanitaires

Face à la tentation du repli ou du parti-pris, Caritas tient à rappeler les fondements de son action : neutralité, impartialité, humanité et indépendance. « Ce sont des principes qui doivent nous protéger et protéger les personnes qu’on sert », précise Cnockaert. Une rigueur qui s’impose d’autant plus que Caritas est aussi une émanation de l’Église : « L’Église n’est pas toujours perçue comme un acteur neutre… C’est une complexité supplémentaire qu’il faut savoir gérer. »

Mais pour le frère Christian, cette complexité est aussi une force : « Soutenir Caritas, c’est vivre l’Évangile du Bon Samaritain. C’est voir l’autre dans sa misère et s’approcher, même s’il est différent. » Et cet engagement ne s’arrête pas à l’urgence : il prépare l’avenir. « Être là pour toutes les communautés, c’est déjà recréer les conditions d’un vivre-ensemble. »


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