Alors que la Belgique multiplie les obstacles à la réunification des familles réfugiées, Caritas International dénonce une politique qui piétine la dignité humaine. Hausse des exigences de revenus, délais irréalistes, discriminations: le nouveau cadre du regroupement familial en Belgique éloigne les familles et accentue les vulnérabilités des personnes protégées.
Le regroupement familial doit être "considéré comme est un droit fondamental et non comme une faveur". C’est le message porté par Pieter Van Roeyen, juriste chez Caritas International. L'ONG belge partage une analyse critique des récentes mesures gouvernementales sur le regroupement familial. Forte de trois décennies d’expérience dans l’accompagnement des personnes en exil, Caritas alerte sur les conséquences humaines d’un durcissement réglementaire sans précédent. Ce qui se présente comme une "mesure de crise" est, selon Caritas, une remise en cause profonde d’un droit fondamental.
Une famille, plus qu’un détail administratif
Pour les personnes réfugiées ou bénéficiaires de la protection subsidiaire, la famille représente souvent l’unique ancrage dans une existence marquée par l’instabilité, les violences et l’exil. Pourtant, le regroupement familial est de plus en plus encadré par des exigences administratives rigides: délais raccourcis, niveaux de revenus inaccessibles, discriminations entre statuts. Le droit de vivre avec ses proches n’est plus garanti, il devient conditionnel – une dérive que Caritas juge incompatible avec la dignité humaine.

Des obstacles disproportionnés et discriminants
Trois mesures principales cristallisent les inquiétudes de l’organisation :
- L’augmentation du revenu minimum requis rend pratiquement impossible l’introduction d’une demande pour de nombreuses personnes, même qualifiées. Exiger plus de 2.700 € nets par mois pour faire venir sa famille revient à exclure de fait les travailleurs précaires, les personnes malades ou encore les bénéficiaires de pensions ou d’allocations.
- La réduction du délai de 12 à 6 mois pour introduire une demande sans conditions matérielles pour les réfugiés reconnus crée un obstacle majeur. Entre les lenteurs administratives, l’accès difficile aux documents et aux services consulaires, cette échéance devient, en pratique, un piège chronologique.
- L’instauration d’un délai d’attente de deux ans pour les bénéficiaires de la protection subsidiaire institue une inégalité de traitement, alors que ces personnes fuient souvent les mêmes contextes de violence et d’insécurité. Ce choix politique revient à créer une hiérarchie artificielle entre personnes en besoin de protection.
Un recul du droit et des impacts humains dévastateurs
Ces nouvelles règles ont un effet direct sur les personnes concernées: isolement, stress, détresse psychologique, découragement. Pour les enfants séparés de leurs parents, les conséquences sont encore plus lourdes. Le sentiment d’abandon mine leur stabilité et compromet leur développement. Sur le terrain, Caritas observe une explosion des demandes d’aide juridique, des erreurs de procédure fréquentes et un recours croissant à des intermédiaires peu scrupuleux. Les associations comme la leur sont dépassées, sans moyens supplémentaires pour répondre à ces besoins croissants.
Le droit au regroupement familial est pourtant solidement ancré dans des textes fondamentaux, comme la Convention européenne des droits de l’homme, la Convention relative aux droits de l’enfant ou encore la Convention de Genève. Ces traités insistent sur l’importance de préserver l’unité familiale, en particulier pour les personnes vulnérables. Le juriste de Caritas, Pieter Van Roeyen, rappelle que toute limitation de ce droit ne peut être que temporaire, nécessaire et proportionnée – ce que les nouvelles mesures ne respectent pas.
Caritas interpelle le gouvernement
L'ONG appelle:
- à une politique qui respecte la dignité humaine, une politique qui protège le droit à la vie familiale pour les personnes bénéficiant d’une protection internationale.
- à une politique tenant compte des considérations humaines dans l’évaluation des délais et des documents, et prenant en considération les réalités des groupes vulnérables tels que les mineur·es non accompagné·es, les personnes en situation de handicap et les couples LGBTQIA+.
- à investir dans l’accompagnement, l’information et le soutien afin que les familles ne se perdent pas dans un dédale de règles et d’exceptions.
- à reconnaître la valeur de la famille comme une véritable pierre angulaire du système, allant bien au-delà d’un simple aspect administratif.
"Nous nous voyons chaque jour ce que le regroupement familial rend possible" observe Caritas International.
Le regroupement familial : un levier d’intégration, pas une menace
Contrairement à certains discours politiques, le regroupement familial ne constitue pas une "faille" du système ni un "appel d’air" migratoire. Il est au contraire un facteur clé d’intégration. Les familles réunies favorisent la stabilité, participent plus activement à la vie économique et sociale, et s’appuient moins sur l’aide publique. Caritas appelle donc à un changement de regard. Repenser le regroupement familial non comme un privilège, mais comme un pilier d’une société inclusive. Et rappeler que la politique migratoire ne peut ignorer ce qui fait le cœur de toute vie humaine : le lien aux autres, la chaleur d’un foyer, la présence des siens.
Retrouvez ici l'article original et les actions de solidarité soutenues par Caritas International

