Euro 2024 : peut-on prier pour les Diables ?


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Euro 2024 : peut-on prier pour les Diables ?
Capture YouTube RTBF
Par Christophe Herinckx
Journaliste de CathoBel
Publié le
3 min

A chaque (grand) championnat de football, on voit des joueurs se signer ou prier avant le match et remercier Dieu en cas de victoire. Et les fidèles ne sont pas en reste, dans certaines aires culturelles en particulier. Mais quel est le sens de ce type de prière ?

Celles et ceux qui auront prié pour la victoire des Diables lors de leur match d'entrée pendant cet Euro 2024, face à la Slovaquie, auront été déçus... Les supporters slovaques auraient-ils mieux prié que les Belges ? A la place de Dieu, on serait sans doute bien embarrassé : quelle(s) équipe(s) vais-je soutenir cette année ?

Il y a de bonnes raisons de voir "son" équipe gagner. Parce qu'elle nous représente à un niveau continental ou même mondial. On peut aussi souhaiter voir une équipe méritante aller loin dans le tournoi, ou encore celle d'un pays qui vit des moments difficiles. Las ! Les lois du sport ne sont pas toujours justes, pas plus que toutes les décisions des arbitres...

Une religiosité proche de la superstition

Venons-en à la question : peut-on prier pour que son équipe gagne ? Personne ne nous l'interdira, mais avouons que cela pose question pour un croyant. A vrai dire, il s'agit d'une expression de religiosité proche de la superstition. Dans certaines cultures, d'ailleurs, ces prières peuvent s'accompagner de rites de sorcellerie pour influencer le score. Mais le fond du problème est celui-ci : faire de Dieu une divinité nationale qui soutiendrait "son" équipe contre les autres. Or, Dieu, dans sa notion chrétienne du mois, est le Dieu unique, le Dieu de tous les humains, de toutes les nations. Il ne prend pas parti pour l'une contre une autre. Il souhaite la justice et le bonheur de chaque peuple, comme de chaque humain.

Une forme de blasphème

A vrai dire, penser que Dieu serait pour nous et contre les autres, quel que soit le contexte, est une forme de blasphème. Cela devient évident lorsque les peuples se font la guerre - surtout lorsqu'une nation en agresse une autre... Pendant la Première Guerre Mondiale, les officiers prussiens persécutant nos populations portaient cette inscription sur leur ceinturon : "Gott mit uns" ("Dieu avec nous"). Plus récemment, dans le contexte de la guerre en Ukraine, le patriarche Cyril de Moscou encourage les troupes russe à mener une "guerre sainte" contre l'Occident dépravé... Deux terribles exemples parmi tant d'autres au cours de l'Histoire.

Un témoignage personnel, beaucoup moins dramatique, mais très révélateur. En juillet 1998, peu après la victoire des Bleus lors de "leur" Coupe du monde, un jeune catholique français me dit, avec conviction : "C'est Dieu qui a voulu que la France gagne"... Pas sûr que les catholiques belges soient d'accord... Mais blague à part, une telle conviction rejoint le fait de penser, dans des situations autrement dramatiques qu'une défaite sportive, que Dieu serait essentiellement en faveur d'un peuple contre un autre.

Par contre, on peut prier pour : que son équipe fasse un bon match, se dépasse en humanité à travers l'effort commun, progresse dans le respect des adversaires et dans l'esprit sportif. Et que les supporters, puissent dépasser tout esprit de haine, de rejet de l'autre, de rancoeur, et fasse preuve de respect envers l'adversaire, en cas de victoire comme de défaite.

Christophe HERINCKX


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