Dans l'évangile de Matthieu de ce 2e dimanche de l'Avent, il est question de conversion et c'est Marie-Thérèse Hautier qui nous partage sa réflexion...
Ce n’est pas vraiment de la magie de Noël, ni des plaisirs d’hiver que Jean-Baptiste parle. Ni d’un consumérisme qui apporterait le bien-être. Non, il n’est pas question ici de se baigner dans une douce lumière, ni de se calfeutrer dans une ambiance de cocon. Tout à coup, voici Jean qui apparaît, surgissant de nulle part, bien loin du conventionnel ou du convenu. On imagine une voix tonitruante, une présence forte. Qui interpelle. Qui dérange.
Le message qu’il veut faire passer est tout simple dans sa formulation; en trois ou quatre mots, tout est dit. Ça claque, ça retentit. D’abord, un impératif: convertissez-vous. Ensuite une justification: la proximité du royaume des cieux. Ça bouge du côté de Dieu, alors, cela doit bouger aussi du côté des humains. Comme si ceux-ci avaient à s’ajuster à cette réalité divine qui se fait proche.
Convertissez-vous, autrement dit: changez radicalement. Transformez votre façon de voir le monde, de le penser, d’y vivre.
Il y a deux étapes dans le processus de ce changement radical. Tout d’abord reconnaître ses péchés. Autrement dit, reconnaître ses manquements, porter un regard lucide sur soi, accepter qu’il y a des choses qui ne vont pas. Avec le baptême que Jean propose, c’est une manière de les déposer, de s’en laver. Mais cela ne suffit pas, le Baptiste l’affirme dans une sainte colère. Une fois cette première étape accomplie, il y a encore un grand pas à faire: produire un fruit digne de la conversion.
Il n’est pas suffisant de dire que nous sommes dans le bon, dans le fil qui nous relie à la tradition, avec cette affirmation: "nous avons pour père Abraham". Jean s’en prend aux pharisiens et aux sadducéens, en qui il voit des gens (trop) sûrs d’eux-mêmes et de la tradition qu’ils possèdent. Il réduit à rien leurs fausses certitudes en affirmant: "des pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham". Dieu agit ailleurs, il est capable de créer une nouvelle génération. Il ouvre des possibles, autrement.
La très belle oraison de ce dimanche dit la même chose que Jean Baptiste, mais avec des mots que nous entendrons peut-être plus aisément: Ne laisse pas le souci de nos tâches présentes entraver notre marche à la rencontre de ton Fils; mais éveille en nous cette intelligence du cœur qui nous prépare à l’accueillir et nous fait entrer dans sa propre vie.
Dimanche prochain, c’est un Jean Baptiste moins tranchant, fragilisé et dans le doute, que nous retrouverons. En prison, alors que sa vie est en danger, il fera demander à Jésus, par ses disciples: "es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre?"
Et nous, qui attendons-nous? Sommes-nous prêt.es à nous ajuster à ce Dieu qui vient dans nos vies, qui est déjà là dans nos vies, mais différemment de ce que nous avions pensé ou espéré? N’y a-t-il pas un changement radical à opérer dans notre manière de considérer le monde? Nous laisserons-nous plonger dans Souffle saint et le feu?
Marie-Thérèse HAUTIER
