En ce 3e dimanche de l'Avent, l'abbé Pascal Roger nous partage sa réflexion autour de l'évangile du jour...
"Je pense donc je suis", affirmait Descartes. Penser fait donc partie intégrante de la condition humaine. Pour arriver à une telle affirmation, le philosophe s’est mis à douter de manière systématique. Sans être nécessairement philosophe, tout être humain, quel qu’il soit, a ses moments de doute. Chez certains, le doute peut emprisonner, chez d’autres stimuler. Quoi qu’il en soit, il interpelle, remet en cause nos certitudes et lézarde parfois nos convictions.
La situation de Jean le Baptiste est particulièrement inconfortable. Réduit au silence dans sa prison, il est lui aussi en proie au doute. Il remet en cause sa mission et surtout sa représentation du Messie. Se serait-il trompé? Il avait annoncé un messie juge qui ferait le tri entre les justes et les pécheurs et voilà que Jésus se lie avec les laissés-pour-compte, les petits, les humbles… et les pécheurs eux-mêmes. Il envoie donc ses disciples en ambassade afin de s’assurer de l’identité de Jésus. Ce dernier accueille leur question mais n’y répond pas clairement. Il les invite à entendre et à voir, à constater les signes tels qu’Isaïe déjà les décrivaient: les aveugles voient, les sourds entendent, les boiteux marchent, les muets crient de joie.
Cette page d’Evangile nous précise la manière de faire de Jésus pour annoncer la Bonne Nouvelle. Jésus les invite à ouvrir les yeux et les oreilles, à être attentif à ce qui les entoure, à scruter, à discerner. C’est à eux qu’il appartient de se forger leur propre opinion suggérant par-là que toute conviction personnelle est plus sûre que l’adhésion à un quelconque discours. La foi est résolument de l’ordre de l’expérience. Mais il ne s’agit pas d’en rester là. Ils ont mission, désormais, de témoigner: "Aller rapporter à Jean…"
Ce cheminement des disciples de Jean nous indique la voie à suivre dans notre expérience personnelle; à nous de voir et d’entendre où et comment le Seigneur se révèle encore aujourd’hui. Sachons le reconnaître présent et agissant dans la main qui guérit, dans le geste qui relève, dans la parole qui console, dans la poignée de main qui réconcilie, dans le combat pour la justice. Sans doute, nous aussi, il nous faut purifier nos représentations de Dieu, de sa présence, de son action. Le temps d’attente active qui nous est donné permet d’ajuster notre foi à la proposition de l’Evangile. Sans doute, devons nous abandonner ce dieu à notre image et à notre ressemblance pour nous laisser interpeller par Celui que Jésus révèle dans l’amour des petits, la proximité des simples, le souci des pauvres.
Nous aussi, aujourd’hui, Jésus nous envoie pour témoigner de ce que nous expérimentons dans la foi. Nous sommes appelés à être témoins de ce Royaume dont nous percevons les signes. Nous devons nous retrousser les manches afin que chacun et chacune soit reconnu dans sa dignité. Nous pouvons lui donner visage dans l’humble service du frère, de la sœur blessés par la vie. C’est à travers nous qu’il se fait, aujourd’hui encore, l‘Emmanuel, Dieu dans notre histoire.
Abbé Pascal ROGER
