Après dix années passées à TF1, Amarù Cazenave a fait le choix – audacieux – de créer sa propre boîte de production clairement estampillée "catho". Aujourd’hui, il partage son savoir-faire en formant les acteurs pastoraux à la communication digitale.
J’ai grandi sans père, ma maman était catholique." En dépit de la ferveur maternelle, Amarù Cazenave fut un ado assez indifférent. Pourtant, "Dieu a toujours été important pour moi, mais je ne savais pas quoi en faire." Le jeune homme a eu la chance d’être "rattrapé par la paternité des prêtres quand ça aurait pu déraper". Le lycéen fréquente beaucoup l’aumônerie. "Elle m’a véritablement forgé, m’a permis de développer ma créativité". Amarù se voyait faire une carrière dans la musique. Il opte pour un BTS audiovisuel qui le fait entrer dans la vie active.
Découvrir sa foi
"Je n’avais plus l’aumônerie comme ressource, mais justement, le prêtre me disait qu’il était important de lâcher le port d’attache pour naviguer sur sa propre route et se construire."
Juste avant de monter à Paris, il vit une expérience de foi très forte à Taizé. "Ça a été la pierre angulaire. J’ai pris un virage dans ma vie tout court et dans ma vie de foi. Je suis devenu très décomplexé dans ma foi, je m’assumais enfin comme catho, je découvrais une vie de foi non plus transmise mais expérimentée sur laquelle je pouvais m’appuyer." C’était en 2004, Amarù a 20 ans.
"J’ai été embauché à TF1, première chaîne d’Europe à l’époque. Je travaillais sur le 13h, le 20h, sur Téléfoot, Automoto. C’était ce qu’il me fallait."
Amarù vit à l’époque dans un foyer de jeunes Saint-Vincent-de-Paul, "la volonté de ma maman pour que j’ai quand même un cadre". Il y rencontre d’autres gars de la province et aussi des cathos. "J’ai noué des amitiés fortes, certains ont été mes témoins de mariage".
Frassa Team
"Parmi les groupes de prière et autres propositions, j’avais un peu de mal à trouver ma place, j’ai donc créé un groupe de prière à la maison avec mon coloc. Tous les jeudis, on invitait des amis à venir prier lechapelet."
2007. Facebook et Youtube débarquent en Europe. "C’est une époque révolutionnaire où la vidéo explose. On pouvait alors créer des contenus, les publier, c’était facile, tout le monde pouvait les voir, c’était très enthousiasmant".
Pendant l’Avent 2008, Amarù et ses potes de prière, la "Frassa Team" (en référence au Bienheureux italien Pier Giorgio Frassati) réalisent une courte vidéo avec des playmobils en stop motion sur le modèle de Panique au Village. Ainsi est née sur Dailymotion la série Cadichon et la Nativité. Et le succès est au rendez-vous. "Les gens aimaient à la fois le ton humoristique mais aussi le fond."
Thomas Pouzin du groupe Glorious contacte Amarù pour réaliser un clip. "C’était pas trop ‘ma came’ mais en fait on s’est marré toute la journée, le courant est passé tout de suite, comme une évidence".
Bye bye TF1
"Je suis resté 10 ans à TF1, jusqu’en 2014, j’y ai fait plein de métiers. J’ai progressé jusqu’à devenir réalisateur."
Avec la Frassa Team, Amarù continue de publier des vidéos qui plaisent au public. Il se demande alors pourquoi l’Eglise n’utilise pas plus de vidéos pour évangéliser.
"Je suis à plein temps à TF1, mais je suis de plus en plus sollicité et la situation devient insoutenable." L’heure du choix était donc arrivée.
"En 2013, je suis contacté par le nouveau directeur de l’émission ‘Le jour du Seigneur’ qui me demande de lui faire une proposition de programme court sur les mots de la foi." (Ce projet prendra la forme des "Tablettes de la foi" diffusées de 2014 à 2018 sur France 2, Ndlr). Amarù trouve un accord avec la DRH de TF1: il part un an pour réaliser ce projet, mais reviendra si cela ne marche pas. Amarù ne reviendra pas.
Quand il travaillait pour TF1, le jeune réalisateur n’a jamais caché sa foi. "J’ai dit que j’allais à la messe, des collègues venaient se confier à moi. Si tu crois que Jésus est vraiment mort et ressuscité, c’est une histoire tellement ouf, que c’est difficile de s’en cacher même dans le cadre professionnel, ça finit toujours par arriver dans la conversation."
Revival Prod
Amarù se pose des questions sur la foi et l’Eglise en France, son évolution. Que puis-je apporter? Comment toucher les gens?
La communication digitale sur les réseaux sociaux prend de plus en plus d’ampleur, faire de la vidéo est de plus en plus simple. Il crée alors sa boîte, Revival Prod. Tout seul. "A TF1, je travaillais beaucoup en équipe, alors que Revival est une aventure en solo mais avec de nombreuses collaborations, j’ai fait plein de rencontres la première année, j’aime bien m’entourer en fonction des projets, je fonctionne bien en binôme et je n’aime pas faire deux fois la même chose."
Comment explique-t-il le succès immédiat de son entreprise? "J’ai eu de la chance, j’ai senti le besoin croissant en vidéos et mon nom circulait déjà depuis l’époque de la Frassa Team."
Pas facile pourtant d’avoir des retours sur son travail. Toutefois, la reconnaissance est bien là, avec notamment le projet "Bien dans ma foi", commandé par la Conférence des évêques de France en 2020.
Former l’Eglise à la vidéo
Si Amarù conçoit aisément qu’un évêque n’est pas un producteur d’audiovisuel – l’écriture vidéo est spécifique, il faut en connaître et en maîtriser les codes – il regrette que l’Eglise fasse appel à lui pour des projets vidéo de communication plutôt que d’évangélisation. C’est pourquoi en 2019, il lançait déjà la JesusBox, un site et des abonnements pour télécharger des contenus variés sur la foi. "Je constate, je crée."
C’est encore par cette dynamique qu’il entreprend de donner des formations. En 2020, la pandémie contraint les églises à fermer leurs portes. "Des prêtres ont commencé à me contacter pour savoir comment faire la messe en streaming, quel matériel acheter. J’ai donc posté des tutos sur Youtube." Toutefois, le réalisateur est triste de voir que son église est "réduite à de la messe en vidéo sans interaction". "Internet, ça ne marche pas comme ça!"
Comment penser les choses, comment parler face caméra? "On ne s’est pas posé les bonnes questions avant". Amarù décide donc de proposer une formation non pas technique mais centrée sur la mise en récit adaptée au contenu vidéo. Dans quel but je crée ma vidéo? pour quel public?
"Que cherchent les gens sur internet? du réconfort! et l’Eglise en donne si peu!" Il était donc important pour Amarù de proposer une formation pour aider à comprendre la mission de chacun sur le Net. "Sinon on finit tous par faire la même chose." Or, il y a de la place pour tout le monde, prêtres et laïcs.
A l’ère de la mondialisation, ce sont désormais les enjeux locaux différents d’une paroisse à l’autre, qui doivent être au cœur du questionnement; "il faut rejoindre les gens où ils sont".
Sophie DELHALLE
La formation en ligne proposée par Amarù Cazenave débutera le mercredi 5 octobre. Infos et inscriptions sur www.revivalproductions.fr/formations et sur cathobel.be
