Cinéma – Deux enfants face à leur pays d’accueil


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Cinéma – Deux enfants face à leur pays d’accueil
Par La rédaction
Publié le - Modifié le
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Dans leur nouveau film Tori et Lokita, les frères Dardenne s’intéressent au sort de deux jeunes migrants livrés à eux-mêmes. Un drame percutant.

© Christine Plenus

Au fil de leur carrière, les deux Belges Jean-Pierre et Luc Dardenne ont toujours exploré les thématiques qui animent notre société. La précarité dans Rosetta et L’enfant, la pression professionnelle dans Deux jours une nuit, la radicalisation dans Le jeune Ahmed. Ils ont développé un style, caméra à la main, qui colle au plus près des personnages. Ils se sont toujours rangés auprès des plus fragiles, montrant sans jugement leur quotidien. Leurs récits, souvent assez courts (une heure et demie), leur ont apporté une sacrée renommée à l’étranger. Les deux frères détiennent d’ailleurs un incroyable palmarès au Festival de Cannes: deux Palmes d’or et leurs huit derniers films sélectionnés en compétition officielle.

Tout cela nous amène à leur nouvel opus, Tori et Lokita, en salles cette semaine. Ce drame s’inscrit dans la lignée de leurs précédents. Il a remporté un prix spécial au dernier Festival de Cannes et il aborde un sujet de société actuel en suivant deux jeunes migrants mineurs non accompagnés. Tori, une dizaine d’années et Lokita, une adolescente de seize ou dix-sept ans. Alors que Tori est clairement reconnu comme mineur, Lokita, elle, se situe à la limite. Elle risque donc d’être expulsée de Belgique. Pour éviter cela, les deux enfants ont élaboré un petit mensonge, faisant croire qu’ils sont frère et sœur alors qu’ils se sont rencontrés quand ils fuyaient l’Afrique. Obligés de se débrouiller pour gagner le peu d’argent qui leur permet de manger, ils versent dans des combines illégales.

Comme de coutume, Jean-Pierre et Luc Dardenne ne lâchent pas d’une semelle leurs personnages. Ils ont construit un scénario limpide, ne s’encombrant pas de fioritures pour se concentrer sur la personnalité de Tori et Lokita. Très vite, on s’attache à ces deux gamins. Au fougueux Tori et à la réfléchie Lokita. En suscitant cette empathie auprès des spectateurs, leur film fait réfléchir, mieux que n’importe quel autre. Impossible de ne pas se sentir concerné par le sort de ces jeunes migrants. On vit leurs déboires, on sourit devant leur naïveté d’enfant et on s’émeut quand ils souffrent.

Un pays d’accueil en demi-teinte

On constate ainsi que notre pays n’est pas aussi accueillant qu’on veut bien le croire. Des mécanismes sont mis en place mais ces jeunes au passé difficile sont livrés à eux-mêmes. Comme tant d’autres jeunes migrants, Tori et Lokita ont été forcés de grandir trop vite. Ils supportent sur leurs petites épaules des responsabilités d’adulte. Ils ont vécu plus de drames dans leur courte vie que certains sur toute leur existence. Malgré tout, ils gardent, comme on l’a dit, leur candeur enfantine. Ils restent souriants, se taquinent, jouent.

Ce sont des enfants, innocents, confrontés à un monde hostile. Sans être un film militant, Tori et Lokita nous fait prendre conscience des choses à améliorer dans notre système. Il donne une humanité aux chiffres impersonnels qu’on entend régulièrement. Chaque jour, des jeunes sont obligés de fuir leur pays. Ils arrivent démunis, fatigués, cassés dans notre pays, ne demandant qu’un peu de réconfort et une main tendue.

Elise LENAERTS

Catégorie : Culture

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