Opinion – Quand la lecture de la Passion fit chavirer mon âme


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Opinion – Quand la lecture de la Passion fit chavirer mon âme
Par La rédaction
Publié le - Modifié le
4 min

Il y a peu, dans de nombreuses paroisses et communautés, les offices de la Semaine sainte ont été célébrés. Ce fut l’occasion pour Michel Wery, fidèle paroissien, de redécouvrir le sens profond de la résurrection.

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Cette année encore, je m’étonne de ma difficulté à "comprendre" la fête de Pâques, dont le mystère de la résurrection me dépasse complètement. J’ai l’impression qu’une vie ne suffira pas à faire le tour du sujet. Et c’est bien de cela qu’il s’agit: la VIE au-delà du concevable, la VIE qui "renaît". La Vie oui, mais une VIE d’un autre type… Mais pourquoi donc la résurrection et les jours qui la précèdent, cette histoire improbable, touche-t-elle et mobilise-t-elle tant les croyants depuis deux mille ans?

Au milieu des champs

Cette année, j’assistai à la messe du "dimanche des Rameaux et de la Passion" dans une petite église de paroisse au milieu des champs. J’étais arrivé avant le début de la cérémonie. Des paroissiens des hameaux environnants convergeaient vers l’église en ordre dispersé. Un monsieur au pas lent vint à pied en s’appuyant sur sa canne. Trois femmes guillerettes et volubiles sortirent de leur véhicule. D’une autre voiture surgit une grappe familiale. Une mobylette. Quelques couples aussi.
Assis près d’une des colonnes en pierre du pays dans la nef centrale, je regardais cette assemblée locale qui attendait l’arrivée du prêtre officiant. Celui-ci nous pria de le rejoindre au fond de l’église au milieu d’une réserve de meubles dépareillés et d’objets du culte déclassés. Il s’approcha d’une cuvelle remplie de rameaux de buis, les bénit de son goupillon avant d’asperger les personnes présentes en souvenir de leur baptême.

Voix fluette ou éraillée

Arriva la lecture de l’évangile. Le curé invita trois paroissiennes à le rejoindre autour de l’autel pour entamer ensemble la "Lecture de la passion". Je tendais l’oreille en essayant de me concentrer sur le texte. Mais surtout, je regardais avec grande attention ces femmes, plutôt âgées, qui chacune s’était appropriée un des rôles. L’une avec force conviction, l’autre toute douce à la voix fluette, la troisième la voix éraillée avec quelques ratés.
Je regardais ces personnes au large vécu, accusant le poids des ans, marquées sans doute par tout ce qui fait une vie: la douleur des enfantements, les saisons bonnes ou mauvaises, les ruptures douloureuses, le deuil peut-être. La condition humaine en quelque sorte.
Je me demandais pourquoi elles interprétaient leur rôle avec tant de sérieux, avec tant de conviction dans la voix, avec tant de cœur? Peut-être avaient-elles, elles aussi, connu à un moment de leur vie le désespoir, la souffrance physique, la trahison, la peur, la mort et ce besoin de crier: "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonnée."

Comme les mères ukrainiennes

J’imaginais ces personnes de la génération de ma propre mère, qui avaient subi les affres de la Seconde Guerre mondiale et qui n’avaient eu d’autre issue, face au désespoir, que d’invoquer Dieu en lui demandant, comme sans doute tant de mères et de grand-mères ukrainiennes: "Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font."
Je regardais avec fascination ces paroissiennes d’aujourd’hui qui relisaient ce que des générations de croyants firent avant elles. Que me disaient-elles de leur foi en la victoire du Fils de Dieu sur la mort? C’est leur foi en l’inconcevable, en l’incroyable nouvelle qui s’annonce, qui donne sens au texte terrifiant qu’elles lisaient en ce moment.
Ces femmes, ces mamans, ces épouses, ces sœurs d’expérience se représentaient sans doute mieux que moi la trahison et le repentir de Judas, les mensonges répétés de Pierre, la bonté de Barabbas, la bienveillance ou l’indifférence coupable de Pilate ou d’Hérode, la compassion de Simon. Toute la palette de ce dont l’homme est capable, du meilleur au pire, jusqu’à la mort.

Une révolution copernicienne

Cette année encore, j’observai en moi une "avancée de l’âme", une intuition mise en lumière, une compréhension renouvelée et surtout cette révolution copernicienne que suscita en mon esprit la lecture de ces paroissiennes. Comme elles, j’étais pris par le texte où je perçus… enfin… que Pâques… c’est en moi que cela se passe!
Pâques, ce n’est pas une "histoire" lointaine. Pâques ce n’est pas une fiction.
Pâques, cela respire, c’est vivant, ici et maintenant, c’est la vie…
Trois lectrices de paroisse, aux voix fluette, douce ou éraillée me chamboulèrent, firent chavirer mon âme à l’annonce de SA mort. Insoutenable! Le pire de l’homme: Oradour sur Glane, Métro Maelbeek, Marioupol…
Ces paroissiennes, comme Marthe et Marie au pied de la tombe, ici à la campagne, au XXIe siècle, témoignent de sa mort à l’avant-veille d’une BONNE NOUVELLE, tout à fait incroyable, celle que la vie est là, qu’elle nous appelle et qu’elle est l’incarnation de l’invitation divine sur terre.
Ces trois lectrices m’ont conquis par l’expression de leur intime conviction. Elles donnent force, par l’autorité de leur propre expérience de vie, à ces textes sacrés qui, je le comprends maintenant, procurent une vigueur de fond et une espérance irrésistible à celles et ceux qui se laissent emporter par eux!

Catégorie : L'actu

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