Vendredi saint : la croix à travers les siècles


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Vendredi saint : la croix à travers les siècles
Par La rédaction
Publié le - Modifié le
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Supplice courant dans l'Antiquité, signe d'infamie, la crucifixion du Christ ne fut pas représentée par les premiers chrétiens. Au fil du temps, et de l'approfondissement spirituel du sens de la croix, source de vie qui a traversé la mort, les réalisations artistiques les plus diverses sont apparues. Soulignant chacune un aspect en particulier de la croix, devenu le symbole par excellence du christianisme

La crucifixion est un supplice inventé par les Perses pour les esclaves, puis repris par les Romains. La vérité historique est que les condamnés étaient crucifiés nus pour mieux les humilier. Plus tard, l'Eglise a toujours pudiquement recouvert le sexe du crucifié.

Statue en bois du Christ ouvrant les bras, 1236

Les premiers chrétiens ne voulaient pas représenter ce supplice d'esclaves pour montrer le Christ. Aussi est-ce le poisson et le bon berger qui figurent dans les catacombes et sur les premiers sarcophages. La croix n'obtient définitivement la place d'honneur qu'à partir de l'empereur romain Théodose II (408-450), en haut du portail de Ste-Sabine à Rome. Puis des croix triomphantes sans Christ apparaissent à Ravenne, à St-Clément de Rome.

À partir de ce moment, on peut constater, dans la construction des églises, l'abandon du plan basilical emprunté aux Romains au profit du plan cruciforme. En Occident, la croix latine a une branche plus longue qui constitue la nef centrale ; en Orient, c'est la croix grecque à 4 branches égales.

L'Arménie, devenue chrétienne en 301, commence à ériger des hachkars, ces croix de pierre ornementées de rinceaux de vigne, de raisins et de fleurs. La tradition s'en perpétue encore aujourd'hui au cimetière arménien de Marseille.

Au VIe siècle, on trouve des Christs barbus, vêtus de la longue tunique (colobium) qui descend jusqu'au pied, dissimulant tout le corps. Au XIIe siècle, le chemin de croix est inventé par les franciscains flamands sous l'impulsion du chartreux Ludolphe. Au XIVe siècle, apparaissent les Christs souffrants aux corps tourmentés. C'est l'époque de la peste noire et certains Christs en portent même les bubons, comme sur le retable d'Issenheim à Colmar.

Croix de Martin Luther

Il est intéressant de connaître le sceau de Martin Luther : une croix noire au milieu d'un cœur rouge (symbole du cœur des chrétiens) entouré d'une rose blanche (symbole de la paix) sur fond de couleur ciel. Tout autour, un cercle doré symbolisant « la vie éternelle qui n'a ni commencement, ni fin, plus précieuse que tout autre bien ».

Au XVIIe siècle, les jansénistes, champions de la prédestination, figurent des Christs élevant étroitement les bras.

En Lituanie, christianisée au XIVe siècle, les croix sont partout présentes : carrefours, entrées de villages, dans les cimetières, les jardins, les cours de ferme, près des ruisseaux, dans les forêts. Au Nord-Ouest du pays, dans le district de Sioulai, la colline des croix est un émouvant témoignage de dévotion chrétienne nourrie de patriotisme. Totalement rasée par les communistes en 1963 et 1975, elle fut reconstruite deux fois par les pèlerins qui replantaient des croix à la faveur de la nuit. 200.000 croix de toutes les tailles (parfois jusqu'à 7 mètres de haut), et de toutes formes sur un terrain de 50x60 mètres. Impressionné par ce « Colisée du siècle dernier », Jean-Paul II rappela la signification de la croix comme « exaltation et signe de l'amour divin et de la vie éternelle ».

La coline des croix © Mannobult

Anne Libbrecht-Gourdet (titre et chapeau de la rédaction)

Catégorie : L'actu

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