Nous retrouvons Marie-Thérèse Hautier pour son commentaire de l'évangile de ce 8e dimanche du Temps Ordinaire C (Lc 6, 39-45).
Jésus s’adresse à ses disciples en un petit traité, qui se décline aujourd’hui en trois brèves histoires. Pour que les choses soient claires, il utilise des oppositions: la paille versus la poutre, le bon arbre versus le fruit pourri et enfin le bon versus le mauvais dans le cœur. Ces oppositions forcent le trait, accentuent les différences mais ce n’est pas pour cela qu’il faut se mettre soi-même ou les gens dans un camp ou un autre. Il s’agit plutôt de mettre les choses en perspective, de prendre un peu de recul pour réaliser ce qui se passe en nous et dans nos relations. Nous avons pour cela un bon guide, qui nous évitera de tomber dans un trou.
La première histoire, tout le monde la connaît. Du côté de la paille, on aurait quelque chose de très léger, ténu, qu’un souffle de vent peut faire envoler. Du côté de la poutre, on voit quelque chose de construit, réfléchi, fabriqué et qui sert de support. Ne pourrait-il pas être question de représentations pesantes et douloureuses (déjà une poussière dans l’œil crée une gêne, alors une poutre…!). Ce que je pense de l’autre, ce que je crois à propos de l’autre, est-ce bien juste? Et je m’interroge encore: quelle serait la solive dans mon œil? Ce n’est, après tout, pas tellement la question d’avoir une poutre dans l’œil qui est en jeu, c’est le fait d’en avoir conscience, et ensuite d’en tenir compte. Jésus qualifie son interlocuteur d’hypocrite, littéralement, une personne qui juge par en-dessous, qui interprète. Il dirait aujourd’hui: "Arrête ton cinéma, cesse de t’inventer des représentations qui ne sont pas la réalité, qui t’encombrent et t’empêchent de voir avec mes yeux."
La deuxième histoire fait référence au monde agricole: bel arbre et bon fruit versus fruit pourri.
A chacun de porter le fruit qui lui correspond. Etes-vous plutôt figue ou plutôt raisin? Ou un autre fruit? C’est aussi une occasion de m’interroger: qu’est-ce que je choisis de laisser mûrir en moi? Pour quoi est-ce que je me décide?
La troisième histoire va jusqu’au cœur, et plus précisément au trésor du cœur, le bon versus le mauvais. Le lien peut être fait avec un verset entendu dimanche passé (Lc 6,36): "Devenez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux." Dans le "comme" s’exprime l’assurance que ce n’est pas mission impossible mais bien un processus. Chacun.e est capable de trouver le trésor de son cœur.
Oui, tout cela en vaut la peine, comme l’affirme Paul (1 Co 15,58): "Vous savez que, dans le Seigneur, la peine que vous vous donnez n’est pas perdue." Et Jésus d’affirmer: "Une fois bien formé, chacun sera comme son maître." C’est dire s’il croit en notre possibilité d’apprendre et d’intégrer ses paroles. A la veille d’entrer en Carême, voici des paroles stimulantes, qui nous demandent de passer du jugement extérieur au fruit de vie et enfin au trésor du cœur.
Marie-Thérèse HAUTIER 
