
En Inde, l'école "Jonas and the whale" émancipe les plus démunis et leur apprend l'écologie (DR)
Comment mettre en pratique l'écologie intégrale dans un contexte éducatif indien où les plus pauvres sont toujours relégués aux tâches subalternes? Leur permettre de s'émanciper sans pour autant augmenter leur empreinte écologique, tel est le but du Fonds d'Education à l'Ecologie Sociale (SEEF en anglais).
Lors de sa parution en 2015, l'encyclique Laudato si' a inspiré Patrizia et Frederick. Alliant leur passion pour l'éducation, pour la valorisation de tout être humain (et de ses potentiels) et leur connaissance des habitants de l'Inde, ils ont créé un fonds privé pour soutenir des projets à la fois éducatifs et écologiques. "A la lecture de l'encyclique, souligne Frederick De Gryse, nous avons compris que notre fil conducteur était le même: pratiquer l'écologie intégrale. Par exemple, pour nous cela signifie vouloir vraiment émanciper une communauté vulnérable". Et ce, tout en préservant l'environnement et vice-versa.
En 2017, le fonds SEEF a commencé par soutenir une école maternelle destinée à accueillir gratuitement les enfants les plus démunis à Calcutta. "L'argent est toujours un facteur bloquant. Même demander quelques roupies c'est déjà mettre une barrière. Notre priorité – surtout au démarrage – était donc d'offrir la gratuité. Mais, en plus, avec l'école "Jonas and the whale" on a voulu ajouter l'éducation à l'écologie."
Un terreau encore fragile
En l'espace de quelques années, le couple a pu constater une certaine conscientisation à l'environnement. "Dans le Sud les esprits ont mûri, il y a plus de mouvements climatiques. Avec "Jonas" on était pionniers. Notre but est de pousser les gens à s'ouvrir à la question environnementale, en premier lieu nos partenaires (des paroisses, des diocèses…). On s'est rendu compte que ceux-ci sont encore dans la découverte spirituelle et théorique de Laudato si'. Même le clergé a du mal à le mettre en pratique. Il est vrai que ce n'est pas évident car l'Inde vit un paradoxe: c'est un pays en croissance qui fait face à une grande pauvreté. Tout le monde veut une voiture. Ce sont des modèles conflictuels. Notre défi est de travailler tous ensemble et de faire comprendre qu'il n'y a pas de tâches réservées uniquement pour les pauvres (balayer la classe, nettoyer les toilettes...). En Belgique, c'est évident; en Inde bien au contraire. Nous voulons aussi développer tout le potentiel des enfants en leur permettant de jouer, dessiner, jardiner et pratiquer de l'artisanat. En effet, dans ce dernier domaine, les Indiens possèdent une expertise qu'il serait dommage de perdre." Tout cela permet de favoriser la consommation locale.
Par le biais de l'école "Jonas and the whale", les parents et le village ont été sensibilisés au modèle écologique proposé aux enfants. "Les mamans participent, se réunissent. Le but est de créer des liens entre les parents" soutient Frederick. Trois ans après le lancement de ce projet, les premiers enfants terminent leurs maternelles et vont passer en primaire. SEEF a créé un partenariat avec une école pour continuer dans le même esprit; mais - en primaire - l'enseignement n'est plus gratuit. Ce qui constitue un obstacle pour les familles pauvres. D'ailleurs, le problème du travail des enfants est un grand défi en Inde. Un autre défi, c'est de scolariser les filles que les papas préfèrent garder à la maison. Les éduquer coûte non seulement mais les rend aussi plus difficiles à marier. Pour pallier ces problèmes, le fonds envisage donner une bourse à des enfants qui ont montré leurs capacités scolaires. "C'est un travail de longue durée car il est plus facile de rester à la maison et de ne pas subir la pression familiale. Les castes ont officiellement disparu mais cela se sent encore partout, surtout dans le Sud. Culturellement, les filles des castes très pauvres n'ont pas l'habitude d'étudier."
Emanciper et former des éco-ambassadrices
Dès lors, le Fonds SEEF démarre un programme pour émanciper des jeunes filles à potentiel qui, sinon, iront travailler en Orient comme ménagères, comme gardes d'enfants voire dans la construction.
Avec les filles adolescentes, il ne s'agit pas de faire un don car le couple refuse d'entrer dans une logique du riche qui paie pour les études des pauvres. "Nous mettons en place un programme "formation émancipation écologie". Frederick explique: "nous disons aux jeunes filles: soyez nos ambassadrices et allez dans vos village pour promouvoir l'idée d'écologie. En échange on vous donne un coup de pouce" (NDLR: 1€ par jour pour poursuivre leurs études).

"Stand up, girl!": offrir un nouvel avenir à une vingtaine de jeunes filles dhalit (DR)
Ainsi donc, l'objectif de SEEF est de permettre à chacun de prendre sa place. Devenant ambassadeurs, les enfants et les jeunes font prendre conscience à leur entourage de l'importance de "préserver ensemble la beauté de la terre et de ses habitants" (c'est la devise que s'est choisie le SEEF).
L'association n'a pas l'ambition de développer trop de projets car le couple fondateur tient à rester proches de ses partenaires et des bénéficiaires. Le principe est, avant tout, de répondre à des besoins très concrets de la population. Même si Patrizia et Frederick sont bien conscients de l'urgence climatique et de celle d'agir, ils veulent donc se montrer patients. "On veut changer le monde mais il faut aller doucement. Si on fait trop de choses en même temps, on se perd." Ce qui ne les empêche pas d'envisager un nouveau projet, au Congo cette fois. Il vise à transformer une école-baraque en école paroissiale écologique.
Ce ne sont "que" des petits projets à l'échelle du monde mais qui ont un grand impact au niveau local. Ce couple ajoute sa petite goutte d'eau - éducative et écologique - et espère inspirer d'autres projets. Toutes ces petites gouttes (d'humanité) ne provoquent-elles pas une série d'ondes... de bienveillance et de bienfaisance?

CC Pixabay_Rony Michaud
Nancy GOETHALS
Pour en savoir plus sur la vision de l'écologie intégrale et la façon de gérer ce fonds privé créé par Patrizia Civette et Frédérick De Gryse, lire aussi dans Dimanche n°45 "Laudato si' inspire une école en Inde".
Pour tout renseignement, contacter les fondateurs: [email protected] ou +32 497 48 53 31. Possibilité d'attestation fiscale par le biais de "l'Entraide Vincentienne à l'étranger" BE55 3101 4025 7844 avec la mention "Inde-SEEF". Actuellement le site présentant le fonds SEEF est uniquement en anglais.
