Voyage apostolique au Japon: stop aux armes nucléaires et au harcèlement scolaire


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Voyage apostolique au Japon: stop aux armes nucléaires et au harcèlement scolaire
Par Sophie Delhalle
Publié le - Modifié le
5 min

Mémorial de la Paix d'Hiroshima (c) pixabay

Après la Thaïlande, le Pape François a poursuivi son 32e voyage apostolique au Japon. Visitant Nagasaki et Hiroshima, le saint Père a prononcé des paroles fortes, condamnant à deux reprises l'utilisation des armes nucléaires. Il s'est aussi adressé à la jeunesse nippone, victime de harcèlement à l'école.

Pour sa première étape dans la ville japonaise de Nagasaki, frappée par la bombe atomique le 9 août 1945, François a lancé un appel vibrant pour l’interdiction des armes nucléaires, depuis le parc construit sur le lieu de l'hypocentre du bombardement atomique de 1945. "Ce lieu nous rend davantage conscients de la souffrance et de l’horreur que nous les êtres humains nous sommes capables de nous infliger". Pour François, "La paix et la stabilité internationales sont incompatibles avec toute tentative de compter sur la peur de la destruction réciproque ou sur une menace d’anéantissement total ; elles ne sont possibles qu’à partir d’une éthique globale de solidarité et de coopération au service d’un avenir façonné par l’interdépendance et la coresponsabilité au sein de toute la famille humaine d’aujourd’hui et de demain". Aussi,"Nous ne pourrons jamais nous lasser d’œuvrer et de soutenir avec une insistance persistante les principaux instruments juridiques internationaux de désarmement et de non-prolifération nucléaire, y compris le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires», a rappelé François, en soulignant l’engagement particulier de l’épiscopat japonais sur ce sujet.

Le cri des disparus

Le Pape François s’est également rendu au Mémorial de la Paix d’Hiroshima. Il y a rappelé que la «vraie paix» est «le fruit de la justice, du développement de la solidarité, de la sauvegarde de la maison commune et de la promotion du bien commun».

«Aujourd’hui encore on continue d’entendre, fort, le cri de ceux qui ne sont plus», a-t-il poursuivi, précisant que «tous sont restés unis par un même destin, dans un moment terrible qui a marqué pour toujours, non seulement l’histoire de ce pays, mais aussi le visage de l’humanité».

Le Pape a expliqué être venu à Hiroshima en «pèlerin de paix», «en souvenir des victimes innocentes de tant de violence», pour porter «les suppliques et les aspirations des hommes et des femmes de notre temps, notamment des jeunes, qui désirent la paix, travaillent pour la paix, se sacrifient pour la paix». Il est venu également pour porter «le cri des pauvres qui sont toujours les victimes les plus dépourvues de la haine et des conflits».

A nouveau, il a condamné "l’utilisation de l’énergie atomique à des fins militaires" qui "est aujourd’hui plus que jamais un crime, non seulement contre l’homme et sa dignité, mais aussi contre toute possibilité d’avenir dans notre maison commune".

"Ça suffit!"

Lors de son voyage au pays du Soleil-Levant, le pape François a consacré un temps à la jeunesse nippone, lors d'une rencontre dans la cathédrale de Tokyo. Il y a notamment insisté sur l’importance de lutter contre le harcèlement et de s'ouvrir aux autres. L’évêque de Rome a tout d’abord écouté trois témoignages, notamment celui d’une jeune enseignante, qui a souligné la difficulté des jeunes à se situer face à une pression compétitive et à une logique concurrentielle venant parfois des parents eux-mêmes ou des frères et sœurs. Ensuite, un jeune immigré philippin, arrivé au Japon alors qu’il était scolarisé en primaire, a témoigné de son calvaire en tant que victime de harcèlement qui a bien failli le pousser au suicide. Il a expliqué comment sa foi chrétienne et l’écoute des paroles de Jésus l’ont sauvé.

«Il faut un grand courage et de l’audace pour partager, comme vous l’avez fait, ce qu’on a dans le cœur, les a remerciés le Pape, après avoir écouté tous les témoignages. «Le plus cruel dans le harcèlement en milieu scolaire, a-t-il ajouté, c’est qu’il blesse notre esprit et notre auto-estime au moment où nous avons le plus besoin de force intérieure pour nous accepter nous-même et pouvoir faire face à de nouveaux défis dans la vie». Et François de poursuivre : «Cependant, paradoxalement, ce sont ceux qui harcèlent qui sont les vrais faibles, parce qu’ils pensent qu’ils peuvent affirmer leur identité propre en faisant du mal aux autres», a remarqué François. «Nous devons tous nous unir contre cette culture de harcèlement et apprendre à dire : ça suffit !».
François a une nouvelle fois insisté sur l’importance de la fraternité et de la «culture de la rencontre» pour construire un avenir meilleur pour les jeunes générations.

Protéger toute vie

Avant de rencontrer les jeunes, le pape François avait été reçu au Palais Impérial pour une rencontre privée, d'environ 30 minutes, avec l'empereur Naruhito. Et pour conclure son séjour au Japon, le pape a célébré la messe à Tokyo. La cérémonie, célébrée en plusieurs langues (latin, japonais et anglais) a rassemblé plus de 50 000 fidèles. Cette foule a réservé un accueil chaleureux au Saint-Père, qui a effectué un tour de papamobile dans le stade du Tokyo Dome.
Dans son homélie, François est revenu sur le sermon de Jésus sur la montagne. «Il nous décrit la beauté du chemin que nous sommes invités à parcourir. Selon la Bible, la montagne, c’est le lieu où Dieu se manifeste et se fait connaître», a rappelé le Saint-Père qui a invité les fidèles japonais à savoir se décentrer de vies parfois frénétiques pour accepter, à l'écoute du Seigneur, la liberté «comme une grâce». Le Pape a ainsi insisté sur «la compétition excessive dans la recherche du profit et de l’efficacité» qui peut marquer la société japonaise et d’inviter les Japonais à se décentrer, à lâcher prise face à ces exigences parfois extrêmes et enfermantes. Cela ne veut pas dire que nous sommes invités à nous désintéresser de ce qui se passe autour de nous ou à négliger nos occupations et nos responsabilités quotidiennes, a poursuivi le Pape, mais au contraire «c’est une incitation à ouvrir nos priorités à un horizon de sens plus large et à créer ainsi de l’espace pour regarder dans la même direction que lui : «Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît.» En lien avec le thème choisi pour ce 32e voyage apostolique, le pape François a souligné que«comme communauté chrétienne, [nous sommes] invités à protéger toute vie et à témoigner avec sagesse et courage d’une attitude marquée par la gratitude et la compassion, la générosité et l’écoute simple, en mesure d’embrasser et de recevoir la vie comme elle se présente avec toute sa fragilité, sa petitesse et, souvent, avec toutes ses contradictions et ses insignifiances.»

S.D. avec VaticanNews

Catégorie : Eglise monde

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