50 ans de plaidoyer pour la justice et la paix


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50 ans de plaidoyer pour la justice et la paix
Par Pierre Granier
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
5 min

La Commission Justice et Paix applique la fameuse doctrine du "Voir, Juger, Agir" de Joseph Cardijn.

La Commission Justice et Paix fêtait récemment son 50e anniversaire. L’occasion pour Cathobel de rencontrer son Secrétaire général, Timur Uluç, afin de mieux connaître cette ONG belge, active sur les questions relatives aux droits humains et aux enjeux internationaux.

Avec ses deux "casquettes", celle d’ONG de coopération et développement et celle d’organisme d’éducation permanente, la Commission Justice et Paix travaille avec des citoyen(ne)s belges et avec une vision "Sud" sur un certain nombre de pays pour lesquels elle a une expertise. Son but est de faire le lien entre le Nord et le Sud, de mettre en évidence les interconnexions qui existent. Car elle constate que chaque geste compte, que chaque action ici en Belgique peut avoir un impact très loin. La Commission appelle donc chacun et chacune à se mobiliser.

Justice & Paix est une émanation de l’Eglise catholique. Quel est aujourd’hui son lien avec celle-ci?
Effectivement, la Commission Justice et Paix est, à la base, une initiative de la conférence épiscopale belge avec cette particularité qu’elle a été d’emblée présidée par un laïc. On reste bien évidemment proche de l’institution. Nous avons un évêque référent, qui est Mgr Delville (évêque de Liège). Il y a des membres jésuites dans nos groupes de travail, dans notre conseil d’administration. Nous sommes par ailleurs reconnus et financés par des organismes publics tels que la Fédération Wallonie-Bruxelles et la DGD (coopération au développement). Evidemment, nous restons proches du message et des valeurs de l’Eglise. C’est particulièrement le cas avec la dernière encyclique du pape Laudato si’ et son discours sur l’humain intégral et la maison commune. Nos discours sont vraiment en convergence avec ces questions d’environnement et de ressources naturelles. Il y a là beaucoup de synergies à faire ou à consolider.
Nous n’avons donc pas un mandat en tant que tel de l’Eglise, mais nous prenons de nombreuses positions sur des thématiques de justice et de paix. En fait, cela se passe de manière intuitive. Nous abordons des questions sociétales, des thèmes d’actualité souvent débattus mais faiblement analysés, et nous nous donnons le temps de créer une expertise, en faisant appel à nos partenaires du Sud.

A quel public vous adressez-vous?
Le discours est dirigé vers un public beaucoup plus large que les membres de l’Eglise. Nous nous adressons aux citoyens, aux politiques, aux acteurs du secteur privé. Cette polyvalence des publics est la clé en matière d’éducation permanente. Nous faisons un travail d’analyse et de sensibilisation pour le citoyen mais aussi de formation et de plaidoyer politique. Nous travaillons beaucoup avec les professeurs de l’enseignement secondaire (souvent de géographie) qui vont relayer le contenu à leurs élèves, mais aussi avec le monde politique, au niveau belge, européen et parfois onusien sur des questions que nous connaissons bien : les questions de démocratie, le commerce international, les ressources naturelles, les minerais…
Notre discours s’adapte. On ne parle pas à un parlementaire fédéral comme on parle à un haut-fonctionnaire européen car ils ont un degré d’expertise différent mais aussi des préoccupations et une disponibilité différentes. Avec les professeurs, il s’agira de proposer des outils pédagogiques, des techniques d’animation pour les élèves tandis qu’avec les citoyens, on parlera en terme de mobilisation, d’engagement. Nous appliquons alors la fameuse doctrine du "Voir, Juger, Agir" de Joseph Cardijn, afin d’émanciper les gens pour qu’ils puissent eux-mêmes arriver à se mobiliser et surtout à ne pas se sentir impuissants sur des questions internationales.

Avez-vous le sentiment d’être entendu par les politiques?
Oui, on a souvent l’impression d’être une petite pièce dans un gros moteur. Mais on est tenus à des résultats et ils sont là! L’an passé, nous avons touché plus de 120 responsables politiques et avons suscité près d’une quarantaine d’initiatives politiques. Sur le problème des minerais des conflits, notre action, avec une coalition d’ONG européennes, a mené à un changement réel, même si le traité européen auquel on est parvenus (et qui sera appliqué dès 2021) a des allures de verre à moitié plein… Autre point de satisfaction : un traité commercial entre l’Union européenne et le Pérou contre lequel une coalition d’ONG belges et péruviennes a porté plainte. C’est Justice et Paix qui a initié cette action. Et c’est la première fois que l’UE est ainsi saisie d’une plainte (concernant non-respect par le Pérou de ses obligations en matière de travail et d’environnement,) contre un traité de libre-échange par la société civile.

En cinquante ans d’activité, quels ont été les dossiers emblématiques sur lesquels vous avez travaillé?
Un des dossiers qui a marqué historiquement Justice et Paix est le boycott de l’Afrique du Sud. Avec notamment une réorientation de toutes les finances liées à des banques qui investissaient encore à l’époque dans ce pays, malgré l’apartheid, dans la création de Credal, qui est une banque alternative. C’est un exemple qui montre bien comment le citoyen informé et mobilisé peut influencer les décisions d’un secteur (en l’occurrence les banques) et induire des changements politiques.
Aujourd’hui, le plaidoyer de la Commission Justice et Paix est reconnu pour sa qualité et la nuance de ses propos. Les portes sont souvent ouvertes, c’est maintenant à nous d’en profiter!

Et quels sujets vont occuper vos prochains mois?
Nous poursuivons certains d’entre eux comme les minerais de conflits, les ressources naturelles… Mais nous restons aussi attentifs et réactifs sur d’autres sujets comme les élections en RD Congo, le processus de Kimberley pour la filière des diamants… Nous allons aussi multiplier nos formations: il y a beaucoup de demandes y compris de la part des acteurs sociaux, du grand public…
Votre ONG s’appuie aussi sur un réseau de bénévoles. Quel est son rôle ?
Son rôle est primordial. Ils sont une centaine de bénévoles, répartis en trois commissions régionales et une dizaine de groupes thématiques (Afrique centrale, Amérique latine...). Ces structures ne sont pas qu’un appui logistique, elles offrent aussi une réflexion qui nous nourrit et qui permet un échange. Elles mènent parfois leurs propres actions… Et cela rejoint parfaitement notre volonté de réappropriation citoyenne des thématiques internationales.

Propos recueillis par Pierre GRANIER

Retrouvez l'intégralité de cette interview dans l'émission En Débat ce jeudi 11 octobre à 11h sur RCF.

Justice & Paix sera aussi l'invité de l'émission TV Il était une foi, ce dimanche 14 octobre à 9h20 sur La Une.

Catégorie : Belgique

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