Le président Macron au Vatican


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Le président Macron au Vatican
Le pape recevant Emmanuel Macron et son épouse le 26 juin 2108. (c) Belgaimages
Par Pierre Granier
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
5 min

Le président français Emmanuel Macron était à Rome ce 26 juin pour y rencontrer le pape François avant de recevoir le titre honorifique de chanoine de Latran. L'audience avec le souverain pontife a duré près d'une heure.

Arrivé à 10h27 dans la cour Saint-Damase, le président français a été accueilli en compagnie de son épouse, en noir et sans mantille, par Mgr Georg Gänswein, préfet de la Maison pontificale. L'entretien avec le pape François a duré un temps record d'environ une heure, dans la Bibliothèque pontificale. Avant l’audience privée, le pontife et le président étaient tous deux souriants. Parmi les sujets qui ont dû être abordés au cours de l’entretien: l’Europe, les migrants, mais aussi l’écologie, les chrétiens d’Orient et la laïcité.
Lors des présentations au pape, Emmanuel Macron était accompagné de son épouse, ainsi que des ministres de l’Intérieur (en charge des cultes) Gérard Collomb et des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, ainsi que de Philippe Zeller, ambassadeur de France près le Saint-Siège.
Dans le reste de la suite présidentielle, se trouvaient des représentants du monde associatif, culturel et médiatique, dont Xavier Breton et Dominique Potier, députés, Xavier Emmanuelli (fondateur du SAMU social en France), l'écrivaine Christiane Rancé, Guillaume Gouvert, directeur du journal La Croix, Caroline Pigozzi, de Paris-Match, et Vincent Montagne, directeur du groupe Média-Participations et de la chaîne KTO.

Un médaillon de saint Martin et une édition ancienne du Journal d’un curé de campagne

Ce genre de rencontre s'accompagne toujours d'échange de cadeaux. Pour Emmanuel Macron, parfois qualifié de "président des riches", le pape avait choisi un médaillon de saint Martin dont la légende rapporte qu'il avait divisé son manteau en deux pour donner la partie lui appartenant à un pauvre (l’autre moitié étant la propriété de Rome)... De son côté, le chef de l’Etat français a offert une édition ancienne en italien du Journal d’un curé de campagne, le roman de Georges Bernanos, l’un des auteurs fétiches du pape.
En amont de l’audience, Emmanuel Macron s’est entretenu au palais Farnèse, siège de l’ambassade de France en Italie, avec Andrea Riccardi. Le fondateur de la communauté Sant’Egidio a affirmé que, pour le président français, la laïcité à la française est "l’être ensemble" des religions. Les deux hommes se sont également entendus sur la nécessaire stabilisation de l'Afrique.

Tradition d’amitié et de concorde

Dans l'après-midi, le président Emmanuel Macron a reçu le titre de chanoine d’honneur dans la basilique Saint-Jean-de-Latran. Il a été accueilli à 15h15 par le cardinal Angelo De Donatis, vicaire de Rome, archiprêtre de la basilique, et par les chanoines du chapitre dont Mgr Louis Duval-Arnould, qui représente les chefs de l'Etat français au sein du chapitre. Emmanuel Macron s’est alors rendu en procession à sa place devant l’autel de la basilique.
Le cardinal De Donatis s'est ensuite adressé au président de la République évoquant à deux reprises la "dignité humaine transcendante". Celle-ci consiste à considérer l’homme comme un "être social". Le "pire fléau en Europe en effet, a-t-il alors déclaré, est la solitude", en particulier chez les personnes âgées et les jeunes "sans points de repères", mais aussi les pauvres "nombreux dans nos villes". Une solitude que l’on ressent aussi dans "le regard des migrants à la recherche d’un futur meilleur".
Une première prière en l'honneur de la France a alors raisonné sous les hautes voûtes de la basilique, pour encourager "les efforts des hommes de bonne volonté en Europe (…) fondée sur des racines culturelles liées à celles de la tradition judéo-chrétienne", a ainsi déclaré le vicaire de Rome.
Des prières ont ensuite été prononcées "pour la France, tous ses habitants et ceux qui la dirigent afin que chacun apporte l’œuvre commune de recherche de la paix". Mais aussi pour "les pays déchirés par la guerre, la violence, le fanatisme".

Emmanuel Macron a ensuite pris la parole, expliquant avoir accepté le titre de chanoine car il "appartient à une tradition d’amitié et de concorde entre la France et le Vatican", à laquelle il est attaché. La présence du président dans cette basilique, a-t-il poursuivi, "souligne la volonté de la France d’approfondir des liens d’amitié et de confiance, comme je l’ai évoqué avec Sa Sainteté".
Emmanuel Macron a alors souhaité que ces relations se développent encore, "au service de la paix et du bien commun" afin qu’elles donnent à "chacun la force de relever tous les défis".

Une tradition qui remonte à Louis XI

Ce titre de "premier et unique chanoine honoraire de l’archibasilique du Latran" remonte à Louis XI et a été réactivé par le roi Henri IV, qui, après avoir abjuré sa religion protestante et reçu l’absolution du pape, a fait don au Latran de l’abbaye bénédictine de Clairac, dans le Lot-et-Garonne. En échange, il a reçu ce titre canonial. Depuis lors, une messe est célébrée chaque année le 13 décembre dans cette basilique romaine, en l’honneur de la France. Tous les rois de France ont ensuite reçu ce titre de chanoine honoraire, et après eux les chefs d’Etat français. Mais ce n’est qu'à partir de 1957, avec le président René Coty, que ces derniers font le déplacement à Rome pour en prendre réellement possession.
S'il s'agit d'un titre honorifique et historique, sans aucune dimension spirituelle, et s'il ne s’accompagne d’aucun pouvoir ni aucune responsabilité spécifique, sa symbolique reste importante. Il rapproche la présidence de l’Eglise catholique. Et le fait de venir jusqu’à Rome pour le recevoir est riche de sens. De ce point de vue, Emmanuel Macron s’inscrit dans la continuité de son discours à la conférence des évêques de France, au cours duquel il avait exprimé le souhait de "réparer" le lien "abîmé entre l’Eglise et l’Etat". En se rendant à la basilique Saint-Jean-de-Latran, il a mis ses pas dans ceux de Charles de Gaulle, Valéry Giscard D’Estaing, Jacques Chirac ou Nicolas Sarkozy. En revanche, Georges Pompidou, François Mitterrand et François Hollande n'ont pas voulu marquer cet héritage. Et s'ils ont rencontré le pape, ils ne se sont pas rendus à Latran.

P.G. (avec Cath.ch et Le Monde)

Catégorie : International

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