Polémique sur la « légalisation des déviances »


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Polémique sur la « légalisation des déviances »
Par Christophe Herinckx
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
4 min

Mgr André Vingt-TroisEn lien aux barrières que l'on tente d'ériger pour se protéger, le cardinal Vingt-Trois, dans son homélie prononcée à Notre-Dame de Paris ce mercredi 27 juillet, a évoqué le silence derrière lequel on se retranche parfois... Silence pour ne pas provoquer de conflits, d'agressivité, voire des violences. A cette occasion, l'archevêque a créé une polémique, en France et au-delà, en faisant allusion à une "légalisation des déviances". Comment comprendre ces propos?

Parfois, a dit André Vingt-Trois, on garde le silence pour ne pas provoquer de... polémiques, "par des propos inconsidérés ou simplement l’expression d’une opinion qui ne suit pas l’image que l’on veut nous donner de la pensée unique". "Silence des parents devant leurs enfants et panne de la transmission des valeurs communes. Silence des élites devant les déviances des mœurs et légalisation des déviances", a alors indiqué l'archevêque, déclenchant, justement, une polémique en France et ailleurs. En ce sens, le cardinal a mis immédiatement pris le contre-pied de ce qu'il craignait: qu'on n'ose pas exprimer de position divergente...

Corinne Narassiguin, porte-parole du Parti socialiste, s’est dite "effarée" que le cardinal "dénonce le mariage pour tous" pendant son "homélie sur l’espérance face au terrorisme". Esther Benbassa, sénatrice Europe Ecologie-Les Verts, a parlé d'une "phrase indigne". C’est "d’une violence inouïe", a renchéri l’ancienne ministre UMP Roselyne Bachelot... Dans le monde catholique également, la phrase a provoqué des réactions en des sens divers.

Dans l'entourage du cardinal, on indiquait que l'allusion "visait un ensemble de mesures relatives à la bioéthique, au début et à la fin de vie, à la famille, et se voulait bien plus globale et générale que la question du mariage homosexuel".

Comment comprendre cette phrase qui fâche? On peut d'abord indiquer que, dans son homélie, André Vingt-Trois évoque les valeurs auxquelles ont se réfèrent dans nos sociétés, des valeurs à défendre à tout prix face aux attaques contre nos démocraties. Mais il regrette également que l'on ne s'arrête pas suffisamment au "contenu" de ces valeurs, à ce qu'elles recouvrent concrètement.

Or, pour l'Eglise catholique, le respect de la vie humaine de sa conception à sa fin naturelle, le mariage "traditionnel" ouvert à cette vie, sont des valeurs essentielles, dont on ne peut... "dévier". Et si, comme l'a précisé le porte-parole des évêques de France, "ce n’est pas parce que l’Eglise parle de déviances qu’elle condamne les personnes qui les vivent", certains responsables, ou fidèles de l'Eglise catholique, n'acceptent pas pour autant la légalisation de ce qu'elle considère être ces déviances.

Démocratie et droits de l'homme

Faut-il, pour autant, voir dans les propos du cardinal une mise en cause du processus démocratique qui, dans une logique de majorité contre opposition, vote des lois sans faire référence à "valeurs" morales? Pas sûr... l'archevêque ayant plutôt reproché le silence des "élites" face à ce processus de légalisation.

Cela dit, l'Eglise, ou un autre "groupe d'opinion" dans notre société, peuvent-ils s'opposer à un processus législatif dont le résultat risque de mettre en cause ce qu'elle considère être des valeurs fondamentales? Le problème est extrêmement complexe et délicat. Notamment lorsqu'il s'agit, de manière plus large, de questions touchant aux droits de l'homme. Tout le monde (ou presque...) s'accorde, dans nos démocraties pluralistes, sur le fait que les droits de l'homme sont intouchables, et ne peuvent donc être mis en cause par une loi, fût-elle votée par une majorité parlementaire. Mais lorsqu'il il s'agit de définir, ou de préciser le "contenu" des droits de l'homme, ou lorsque certains droits semblent entrer en concurrence les uns avec les autres, une réelle perplexité peut se faire jour. Justement parce que, au sein de nos démocraties laïques, ou "neutres", différents conceptions peuvent apparaître sur ce qu'est un "droit de l'homme", ou de la femme, ou de l'enfant, ou de l'enfant à naître... Bref, un consensus sur les droits de l'homme, sur les valeurs... communes n'est pas chose aisée à obtenir

Quoiqu'il en soit, toute personne, tout groupe convictionnel ou religieux, a le droit de remettre en cause une décision législative quelle qu'elle soit, tant qu'elle le fait dans le respect du processus de dialogue démocratique. Y compris lorsque cette remise en cause crée des polémiques. Celles-ci, cependant, ne peuvent déboucher sur des violences verbales, voire pire - peut-être peut-on obtenir au moins un consensus sur ce point...- , mais doivent servir à la recherche du bien commun.

Christophe Herinckx

Source: lemonde.fr

Photo: le cardinal André Vingt-Trois

 

Catégorie : International

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