Elections américaines : quand Dieu est en campagne…


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Elections américaines : quand Dieu est en campagne…
Par Isabelle Bogaert
Publié le - Modifié le
5 min

Politician: Woman Taking an Oath on the BibleImpossible de ne pas évoquer la religion dans la course à la Maison Blanche. Mais Dieu y est mis à toutes les sauces…

Contrairement à ce qui se passe chez nous (où avouer sa foi est téméraire, voire très mal vu), les femmes et les hommes politiques de l’autre côté de l’Atlantique font référence régulièrement à Dieu, à la Bible et à l’Evangile. Plus de 51% des Américains affirment ne pas être susceptibles de voter pour un candidat qui ne croit pas en Dieu. Etre athée est donc un inconvénient majeur pour tout candidat qui brigue un mandat et a fortiori la magistrature suprême. Mais, dans ce "combat" politique, Dieu est utilisé en fonction d’intérêts pas toujours très… chrétiens.
Dans cette grande nation américaine, Dieu est présent partout. Le président des Etats-Unis prête serment sur la Bible et la devise du pays est "In God we trust" (Nous croyons en Dieu). Pas question donc de ne pas s’y référer.

Dans la course à la présidence, tous les candidats invoquent Dieu. Cela s’explique par l’importance du "vote religieux". Plus de 70% des Américains se disent chrétiens. Mais les "variantes" sont nombreuses. Les catholiques ne sont que 20%, tandis que le courant protestant évangélique (pentecôtistes, baptistes, adventistes…) représente plus de 25% des Américains. Enfin, 14% sont des protestants anglicans, méthodistes ou presbytériens. C’est dire, donc, l’importance de ne pas froisser le sentiment religieux. Ce qui explique d’ailleurs la colère de Donald Trump, candidat à l’investiture républicaine, à l’égard du pape. Un des thèmes "forts" du discours du milliardaire porte sur la construction d’un mur à la frontière entre les USA et le Mexique, que Trump promet de faire financer par les autorités de ce pays. Or, dans l’avion qui le ramenait du Mexique, le jeudi 18 février, François a déclaré, sans citer Trump, "qu’une personne qui veut construire des murs et non des ponts n’est pas chrétienne". Le pape a ainsi provoqué une tempête politique aux Etats-Unis. La réaction du magnat de l’immobilier a été immédiate: "Qu’un responsable religieux mette en doute la foi d’une personne est honteux", a-t-il protesté dans un communiqué, ajoutant: "Je suis fier d’être chrétien et, en tant que président, je ne permettrai pas que la chrétienté soit constamment attaquée et affaiblie." Dans la foulée, Trump a reçu le soutien de ses adversaires à l’investiture du parti républicain, Marc Rubio - pourtant catholique! - et Ted Cruz, fils d’un pasteur baptiste.

L’essayiste français Jean-François Colosimo, auteur d’un ouvrage intitulé "Dieu est américain: De la théodémocratie aux Etats-Unis" (1), estime qu’aux States, "il est impossible de ne pas mettre Dieu dans son programme". C’est un "passage obligé". Et ce, à tous les niveaux de pouvoir. La "guéguerre" que se livrent le Congrès et le président Obama pour désigner un juge à la Cour suprême porte en filigrane aussi la religion: la Maison Blanche souhaite un juge moins conservateur qu’Antonin Scalia, décédé récemment, catholique traditionaliste dont l’un des fils a été ordonné prêtre par la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre, acceptée par le saint-siège, mais fondée par des membres de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) de Mgr Lefèbvre qui refusaient la situation de schisme provoquée par ce dernier.

Idéal chrétien malmené

La religion est donc au menu des programmes des candidats. Il y a pourtant une sorte d’extra-terrestre: Bernie Sanders, qui vise à être investi par le Parti démocrate pour la course finale à la Maison Blanche. Si les propos du sénateur du Vermont comportent des phrases du Christ, comme "Aime ton ennemi" ou "Vends ce que tu as et donne-le aux pauvres", ses liens avec une religion sont quasi inexistants. Se prétendant athée, il s’adresse aux jeunes révoltés, mais ne peut s’empêcher de faire lui aussi, référence à Dieu pour éviter de se mettre à dos une importante partie des démocrates, alors que sa concurrente, Hillary Clinton, se vante d’être protestante méthodiste.

Dans ce jeu complexe, même si le recours à la religion et à Dieu est mis au premier plan, l’idéal chrétien apparaît pourtant bien malmené. Ce qui a pour conséquence un questionnement des croyants sur les réelles motivations spirituelles des candidats en lice pour l’investiture. Nombreux sont ceux qui pensent que l’ancienne First Lady est avant tout une arriviste, prête à dire n’importe quoi pour tenter de rallier les votes des chrétiens. Mais, les observateurs rappellent que lorsque Bill Clinton occupait le bureau ovale, Hillary a entretenu des liens étroits et réguliers avec les milieux religieux et que cela pourrait jouer en sa faveur. Toutefois, ses positions sur le droit à l’avortement qu’elle soutient, crispent bon nombre d’électeurs catholiques et évangéliques. De même, son revirement à propos du mariage des homosexuels pourrait lui nuire. La candidate démocrate y était farouchement opposée en 2000, mais a changé de position dès 2013. De son côté, Bernie Sanders est pointé du doigt par un grand nombre de catholiques et de protestants, qui estiment qu’il fera tomber l’Amérique dans une profonde crise morale, puisqu’il est favorable à l’avortement sans aucune restriction et au mariage gay. Pour beaucoup, sa popularité révèle le malaise absolu de l’Amérique profonde, sur le plan spirituel. Reste donc les candidats républicains, qui pourraient rallier une large frange de l’électorat chez les croyants. Mais, au fil des semaines, l’avantage que semble prendre l’excentrique Donald Trump commence à faire peur. Une chose est sûre, dès que les deux partis auront choisi leur poulain pour l’élection de novembre, ces derniers ne pourront pas échapper à se positionner quant aux questions économiques, mais aussi éthiques. Et c’est là que se jouera sans doute le résultat du scrutin.

Frédéric Laurent

(1) Aux éditions Fayard

Catégorie : International

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