Avant un sommet de l'UE qui s'annonce crucial, les Etats partisans d'une politique "dure" à l'égard des migrants font entendre leur voix. L'Autriche, qui prône désormais la fermetures de ses frontières aux réfugiés, a rejoint le camp des pays intransigeants, mené par ses voisins d'Europe de l'Est.
Avant le sommet des dirigeants européens à Bruxelles, ces jeudi 18 et et vendredi 19 février, les partisans de mesures radicales pour enrayer le flux migratoire affûtent leurs armes. Ce mardi 16 février, l'Autriche devrait annoncer l'instauration d'un quota journalier de demandeurs d'asile admis dans le pays depuis la Slovénie. L'objectif est de freiner les entrées sur son territoire, selon les termes de la ministre de l'Intérieur Johanna Mikl-Leitner (ÖVP). La mise en oeuvre de ce quota pourrait s'accompagner de dispositifs sécurisés, voire de la construction d'une barrière de plusieurs kilomètres, à la frontière sud du pays, comme c'est déjà le cas à Spielfeld depuis le début de cette année.
Opposées aux quotas d'accueil adoptés par la Commission européenne, il y a quelques mois, la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie et la Hongrie - réunies sous l'appellation "groupe de Visegrad", ont mis sur la table la nécessité d'une autre solution pour pallier aux insuffisances supposées de la Grèce en matière de gestion de sa frontière.
Le Premier ministre slovaque, Robert Fico, s'est dit "pessimiste" sur les améliorations possibles en Grèce, même si Athènes a annoncé ce mardi avoir achevé quatre des cinq "hotspots" d'enregistrement des migrants, prévus sur les îles où ont accosté plus de 800.000 migrants en 2015. Pour le groupe de Visegrad, il faut une fermeture des frontières le long de la route des Balkans empruntée par ces réfugiés, avec le soutien de la Macédoine et de la Bulgarie, voisins de la Grèce.
Quant au premier ministre hongrois Viktor Orban, opposant féroce à la politique d'accueil des réfugiés encouragée par la chancelière allemande Angela Merkel, il a fait de la construction d'une "ligne de défense", c'est-à-dire de clôtures aux frontières nord de la Grèce, l'élément central de son discours.
Or, la ligne dure du leader hongrois trouve désormais un écho dans les rangs de la coalition autrichienne, pourtant de tendance centriste. Le chancelier social-démocrate Werner Faymann a même suggéré, début février, de renvoyer directement en Turquie les migrants arrivant en Grèce. "A une vitesse fulgurante, le gouvernement est passé de la politique d'Angela Merkel à celle de Viktor Orban en partie par calcul politique, en partie à cause de sa propre impuissance", a indiqué le député vert autrichien Peter Pilz à la suite de cette prise de position. La classe politique autrichienne est, comme dans d'autres pays d'Europe, sous la pression d'une extrême droite souvent en tête des sondages.
En Autriche, la coalition entre sociaux-démocrates et conservateurs a décidé, en janvier, d'un quota de 37.500 demandeurs d'asile pour l'année 2016, contre 90.000 personnes accueillies en 2015, et va limiter le droit d'asile dans le temps.
En tournée la semaine dernière dans les Balkans, le ministre des Affaires étrangères autrichien Sebastian Kurz a souhaité que la Macédoine se tienne prête à fermer sa frontière avec la Grèce. Son homologue macédonien Nikola Popovski a toutefois répliqué, dans une interview au quotidien autrichien Der Standard, qu'une fermeture totale de la frontière "ne serait pas, actuellement, le meilleur scénario". Il s'est en revanche dit volontaire pour accueillir jusqu'à 400 policiers des différents pays de l'UE pour aider les autorités macédoniennes à contrôler la frontière avec la Grèce.
Face à ces développements, les autorités sont inquiètes. "Lorsqu'une route se ferme, les migrants trouvent des passages alternatifs et le trafic des passeurs se renforce", note Babar Baloch, porte-parole du Haut commissariat aux réfugiés en Hongrie.
La Hongrie, où le transit des migrants était quasi nul depuis que le pays a clôturé deux de ses frontières à l'automne, a ainsi enregistré, en janvier dernier, une légère hausse du nombre de personnes tentant de franchir ses barbelés. Peut-être la conséquence, selon M. Baloch, des obstacles qui s'accumulent sur la route de l'exode.
Source: AFP
