Quand on ne sait pas, mieux vaut ne rien dire…


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Quand on ne sait pas, mieux vaut ne rien dire…
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
5 min

crooAlexander De Croo (photo) est sans nul doute un ministre compétent. Mais, peut-être devrait-il éviter de parler de sujets qu'il ne connaît pas. Car, le vice-Premier libéral flamand ne semble pas être informé des appels de l'Eglise de Belgique pour trouver des logements afin d'abriter les réfugiés.

L'agence de presse Belga a annoncé lundi que le vice-premier ministre libéral flamand souhaitait que l'Eglise catholique mette les monastères et abbayes vides à disposition de l'accueil des réfugiés. "Cela permettrait d'aider le gouvernement à trouver des solutions de qualité pour l'accueil des nouveaux venus", a affirmé le ministre De Croo. Jusque là, rien à dire. Sauf que… Sur le réseau social Twitter, toujours selon Belga, le ministre de la coopération s'est interrogé: "Quand l'Eglise entreprendra-t-elle une action pour ouvrir les monastères et abbayes vides?" Alexander De Croo va plus loin, délivrant en quelque sorte un rappel à l'ordre des autorités catholiques de notre pays: "J'entends le pape François réclamer plus de compassion pour les réfugiés. Mais l'Eglise en Belgique est restée à ce jour silencieuse sur le sujet", a-t-il affirmé, ajoutant que "d'autre part, le nouvel archevêque (ndlr: Mgr De Kesel) a déclaré qu'il allait se pencher sur la manière dont l'Eglise va gérer son patrimoine."

Le vice-premier ministre affirme avoir mis la question dimanche soir sur la table du conseil des ministres restreint et le secrétaire d'Etat à l'Asile et à la Migration, Theo Francken (N-VA) devrait prendre contact avec les instances ecclésiastiques. Alexander De Croo serait "surpris que le silence demeure à ce sujet."

Silencieuse, l'Eglise de Belgique, sur le sujet des réfugiés? Deux réflexions viennent à l'esprit à la lecture de ces propos ministériels. La première est que M. De Croo n'est visiblement pas bien informé et ne lit pas la presse, a fortiori la presse catholique comme CathoBel et Dimanche. Il faut donc lui rappeler, avec tout le respect dû à sa fonction, ce que ses services ne lui ont pas communiqué. A commencer par l'appel de Caritas lancé le 21 août, avec l'appui des évêques de Belgique. Un appel aux propriétaires "solidaires". De même, le 10 septembre, à l'issue de la réunion de la Conférence épiscopale, les évêques de Belgique ayant pris connaissance des premiers résultats de cet appel lancé "aux propriétaires solidaires", ont diffusé un message intitulé "Merci et poursuivons ensemble!" Ils rappelaient que plus de 300 logements avaient été proposés. "Ce fantastique élan de solidarité citoyenne permet non seulement de tenter de répondre au mieux à la crise de l’accueil qui nous occupe, mais aussi de se constituer un large réseau de propriétaires solidaires", précisait le message.

De son côté, l'évêque de Tournai, Mgr Guy Harpigny, en écho à l’appel du pape incitant les paroisses à ouvrir leurs portes aux réfugiés, s'est exprimé sur ce sujet dans une lettre publiée le 7 septembre. Enfin, le 13 octobre, à la suite de l’afflux de milliers de réfugiés et de migrants à nos portes, les évêques belges ont publié un nouveau communiqué dans lequel ils estimaient qu’un pays ne peut refuser d’accueillir des personnes vraiment dans le besoin. «Notre attitude doit toujours être faite d’accueil et de respect, indépendamment de nos différences», précisaient-ils dans cette déclaration de six pages, à forte connotation politique. Sur ce point, les évêques ne veulent pas transiger: "l’accueil ne peut être soumis à des conditions qui angoissent ces personnes. Les réfugiés et ceux qui ont été contraints de migrer n’ont pas le choix. Ils recherchent la sécurité. Ils ne peuvent se sentir obligés de mentir, d’inventer une histoire ou de changer de religion pour être mieux accueillis. Les plus vulnérables doivent être prioritaires, et non pas les personnes les plus rentables économiquement." Peut-être cela a-t-il déplu au sein du gouvernement dont la gestion de la crise des réfugiés n'est pas un modèle?

La deuxième réflexion relatives aux propos du ministre De Croo est que les autorités de l'Etat se tournent vers l'Eglise catholique - et c'est une bonne chose -, mais lorsque cette dernière émet un avis sur un problème de société, on lui demande de se taire en vertu de la séparation entre l'Etat et l'Eglise, en entonnant le refrain habituel: "la religion, c'est du domaine du privé"!

Enfin, informons aussi le ministre que Caritas organise le 19 novembre une soirée d'information à l'intention des volontaires pour venir en aide aux réfugiés.

Réaction de Caritas

On s'en doute, Caritas International n'a pas manqué de réagir. L'ONG catholique a rappelé que pour créer des places d'accueil, de nombreuses démarches administratives doivent être entreprises. Anne Dussart, directrice des opérations au sein de l'association s'est interrogée: "Le ministre De Croo veut-il que nous organisions un accueil avec un accompagnement ou souhaite-t-il juste des matelas sur le sol?" Selon Anne Dussart, Alexander De Croo fait fi de tout le travail administratif qui doit être réalisé pour pouvoir recevoir des places d'accueil selon les règles. "Préparer un bâtiment pour l'accueil signifie davantage que prévoir un lit, une douche et du pain. Du personnel doit être désigné et une sécurité incendie doit être assurée. Et cela n'est possible qu'une fois que Fedasil a contrôlé le bâtiment et que le conseil des ministres a donné son autorisation", explique-t-elle.

Deux bâtiments, une ancienne maison de repos à Scherpenheuvel et un ancien monastère à Saint-Josse-ten-Noode, sont presque en règle pour pouvoir accueillir près de 290 réfugiés. Caritas International, à la suite de son appel aux "propriétaires solidaires" avec le soutien des évêques de Belgique, s'appuie en outre sur une base de données d'environ 400 habitations qui sont proposées par des particuliers pour l'accueil de réfugiés ou de demandeurs d'asile reconnus.

Sans vouloir être irrévérencieux, nous rappelons au ministre que Caritas est une organisation… catholique. Et surtout que l'Eglise n'est pas limitée à l'institution: elle est vivante par le dynamisme des prêtres, des religieuses et religieux, des laïcs consacrés et des fidèles. Pouvons-nous suggérer à notre vice-Premier ministre de s'abonner à la lettre d'informations Cathobel et à l'hebdomadaire Dimanche, pour être informé du travail énorme effectué quotidiennement par cette Eglise, en Belgique ou ailleurs dans le monde?

Jean-Jacques Durré

Catégorie : Belgique

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