Où est encore la place de l’humain dans la société ?


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Où est encore la place de l’humain dans la société ?
Par La rédaction
Publié le - Modifié le
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Kunsch CSeptembre est le mois des rentrées. Scolaire, mais aussi politique et sociale. Si au cours des derniers mois, les syndicats ont été à la pointe de la contestation sociale, le Mouvement Ouvrier Chrétien n'est pas absent du débat. Rencontre avec son Président, Christian Kunsch.

Tax shift, crise de la migration, bras de fer entre l'Union européenne (UE) et la Grèce, pauvreté et fracture sociale… autant de thèmes qui mobilisent Christian Kunsch qui préside le Mouvement Ouvrier Chrétien (MOC) depuis 2013. "Où est encore la place de l’humain aujourd’hui?", s'interroge-t-il, à l'instar du pape François.

Comment se positionne le MOC par rapport à la situation actuelle politique et sociale?

La situation actuelle peut susciter des inquiétudes. Prenons l'exemple du tax shift: nous avons organisé une conférence commune avec nos organisations constitutives: la CSC, la Mutualité chrétienne, les Equipes populaires, les JOC et Vie féminine, mais aussi avec nos homologues néerlandophones de Beweging.net. Nous voulions envoyer un signal fort au gouvernement. Nous vivons une situation qui n’est pas facile. Il y a des défis économiques et budgétaires à relever. Nous avons voulu dire que, si chacun contribuait en fonction de ses capacités et de ses ressources, la solution était toute trouvée. Quand on voit ce que le gouvernement a fait du tax shift, cela ne va pas dans cette direction. Prenons simplement les revenus qui viennent de patrimoines immobiliers ou financiers: un travailleur qui gagne 40.000€ est dans une tranche d’imposition proche des 40%, alors que quelqu'un qui réalise 40.000€ provenant de plus-values boursières, n'est pas taxé. C’est injuste.

Vous affirmez que nous sommes dans une ère de politique moralisatrice. Pourquoi?

Une des grosses questions est: où est encore la place de l’humain aujourd’hui? Je prends trois exemples. D'abord en matière de sécurité sociale: en Belgique, nous vivons des politiques d’exclusion, plus particulièrement en matière de chômage. Ce sont majoritairement les femmes et les jeunes qui sont victimes de ces mesures. Aux premières, nos dirigeants avaient dit: "Prenez un travail à temps partiel, vous aurez un complément de la sécurité sociale." Aujourd’hui, on leur dit: "vous l’avez fait mais on va raboter au moins de moitié votre garantie de revenu complémentaire." Aux jeunes, on dit: "Si vous n’avez pas terminé un cycle d’études complet, vous n'aurez plus droit aux allocations d'insertion." On pense que cela va les inciter à terminer leurs études. Tout pédagogue sérieux dira que ce n’est pas cela qui fait que le jeune terminera ses études. Ces personnes qui perdent un revenu disparaissent des radars. Où sont-ils, de quoi vivent-il? Auront-ils encore la force de venir demander des mesures d’accompagnement ou de formation complémentaire? Deuxième exemple: en Europe, depuis cinq ans, on applique un remède drastique aux Grecs. La conséquence est que la population trinque, les revenus diminuent, les pensions sont rabotées de moitié, la mortalité infantile augmente tout comme le taux de suicide. Cinq après, on en est toujours à se demander comment on va faire pour que la Grèce s’en sorte.Troisième exemple: il est à nos portes. C’est l’afflux important de réfugiés et de demandeurs d’asile. Il y a quelques mois, le gouvernement fédéral avait décidé de fermer les places d’accueil. Des travailleurs ont perdu leur emploi. Aujourd’hui, c'est le "sauve-qui-peut". Voilà trois exemples où on se pose la question de savoir quelle est la place de l’humain? Quand on supprime une allocation de sécurité sociale à une personne, il y a un impact immédiat au niveau de la consommation et donc, au niveau de l’économie belge. Jusqu’il y a peu, la Belgique résistait mieux que les autres pays à la situation économique difficile actuelle parce que la sécurité sociale assurait un minimum de revenus. D'où mon inquiétude: est-ce que tout fonctionne uniquement sur base idéologique et moralisatrice? Aujourd’hui, les inégalités se creusent et cela n'entraîne pas de grandes réactions de la classe politique.

Retrouvez l'interview dans son intégralité dans le journal Dimanche, numéro 32. Chrisitan Kunsch était l'invité de l'émission "En débat" diffusée sur RCF Liège. A réécouter en podcast sur www.rcf.be.

Propos recueillis par Sophie Timmermans et Jean-Jacques Durré

Catégorie : Belgique

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