Solennité : L’ Assomption de la Vierge Marie


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Solennité : L’ Assomption de la Vierge Marie
Par La rédaction
Publié le - Modifié le
7 min

Bartolo_di_Fr-webProclamé en 1950 par le pape Pie XII, le dogme de l’Assomption connut une longue maturation dans l’Eglise d’Occident. L’Assomption, ou Dormition de la Vierge Marie, est cependant fêtée en Orient depuis la nuit des temps chrétiens. Comment comprendre ce mystère de notre foi?

Le dernier dogme

"Nous proclamons, déclarons et définissons qu’il est un dogme révélé par Dieu que l’Immaculée Mère de Dieu toujours vierge Marie, ayant achevé le cours de sa vie terrestre, a été élevée à la gloire céleste en âme et en corps." C’est en ces termes que, le 1er novembre 1950, Pie XII proclamait solennellement le dogme de l’Assomption, dans la constitution apostolique Munificentissimus Deus. Ce qui fut alors un événement extraordinaire, à plus d’un titre, se déroula au cours d’une cérémonie qui rassembla 600 cardinaux et évêques et plus de 500.000 fidèles du monde entier, sur la Place Saint-Pierre à Rome.

Evénement, parce qu’il s’agit du dernier dogme en date dans l’histoire de l’Eglise catholique. Evénement ensuite, parce que ce fut la première fois qu’un pape proclama un dogme en se fondant expressément sur son infaillibilité doctrinale – dogme défini quant à lui au Concile Vatican I en 1871. Evénement enfin, parce que, jamais auparavant, autant de catholiques ne s’étaient prononcés en faveur d’une doctrine.

Une consultation très "moderne"

Après la proclamation du dogme de l’Immaculée conception, par Pie IX en 1854, et dans le contexte de la dévotion mariale florissante au XIXe siècle, huit millions de pétitions parvinrent à Rome jusqu’en 1945, réclamant que soit proclamé le dogme de l’Assomption. Un nombre impressionnant, à une époque où internet n’existait pas. 1.332 évêques, ainsi que 83.000 prêtres, religieux et religieuses écrivirent dans le même sens. Devant le nombre de ces demandes, le pape Pie XII lança une vaste consultation auprès de l’épiscopat mondial, en 1946. 90% des évêques du monde entier se montrèrent favorables à la proclamation de ce dogme.

Bref, bien que Pie XII se soit appuyé sur l’infaillibilité pontificale pour le définir, le dogme de l’Assomption n’en exprime pas moins la foi très largement partagée des catholiques du monde entier qui, les moyens de communication se développant peu à peu, purent faire "remonter" leurs doléances jusqu’à Rome.

Cela dit, pourquoi a-t-il fallu autant de temps pour en arriver à établir ce dogme? Comment est-il né, et quels en sont les fondements? Enfin, comment comprendre l’Assomption de la Vierge Marie?

Une lente maturation

En christianisme, la foi est vécue avant d’être éventuellement formulée à travers des dogmes. Ce fut le cas, notamment, de la foi en la Trinité, ou en la divinité du Christ. Les chrétiens ont cru en la "nature" à la fois divine et humaine de Jésus dès les origines de l’Egise, mais c’est seulement au Ve siècle que cette foi trouva une formulation dogmatique mûre et équilibrée, exprimant avec exactitude la foi des fidèles et la compréhension de ce Mystère.

Il en va de même avec les dogmes qui concernent la Vierge Marie, avec toutefois deux différences majeures: l’absence de fondement scripturaire immédiat de certains dogmes mariaux, et une maturation théologique tardive, puisque c’est seulement aux XIXe et XXe siècles que les dogmes de l’Immaculée conception et de l’Assomption furent respectivement définis.

Les données scripturaires

Ce que l’on trouve clairement dans le Nouveau Testament, c’est le fait que Dieu choisit une jeune fille, une Vierge, pour donner naissance à son Fils unique, qui fut "conçu du Saint-Esprit" (Luc 1, 26-38). C’est ce que l’on appellera, plus tard, la naissance virginale. Ce qui est également présent dans les évangiles, c’est la foi de Marie, et ses implications spirituelles pour les chrétiens. Et lorsque Jésus confie le disciple qu’il aimait à sa mère, et réciproquement ("Femme, voici ton fils" – "Voici ta mère", Jean 19, 26-27), les chrétiens ont vu dans ce testament du Christ le début d’une maternité particulière de la Vierge Marie à l’égard de tous les croyants, frères et sœurs de son fils.

Par contre, on ne dit rien de la fin de la vie terrestre de Marie. Seul un écrit apocryphe du Ve siècle, "La Dormition de Marie", évoque ses derniers instants. Entourée par les apôtres en prière, la Vierge Marie s’endort paisiblement, puis est emmenée au paradis, dans son corps, par le Christ.

Une tradition venue d’Orient

Si ce texte n’a pas été retenu comme significatif par l’Eglise, de sorte qu’il ne fait pas partie du corpus du Nouveau Testament, on peut noter par contre que, très tôt, les chrétiens ont eu la conviction que la Mère de Dieu, préservée de tout péché, ne pouvait pas avoir connu la corruption de la mort. Une intuition qui sera ensuite approfondie par les Pères de l’Eglise, en particulier saint Jean Damascène (676-749). Dès le IIIe sicèle, l’on trouve des traces d’une fête lirtugique en l’honneur de la Vierge Marie, dans les communautés arménienne et syriaque, à Jérusalem. Lors de cette fête, on célèbre la Vierge Marie comme Mère de Dieu (Theotokos). Au VIe siècle, la fête de la Dormition est célébrée en Orient, vers la mi-janvier. Plus tard, l’empereur Maurice (582-602) la fixera définitivement au 15 août, pour commémorer l’inauguration d’une église dédiée à la Vierge montée au ciel.

La fête arrive à Rome grâce au Pape Théodore (642-649), originaire de Constantinople. Elle se diffuse alors petit à petit en Occident: en 813, le Concile de Mayence l’impose à l’ensemble de l’Empire franc. Peu à peu, la fête va prendre le nom d’Assomption, et l’Eglise d’Occident, pendant logtemps, n’éprouvera pas la nécessité d’ériger cette foi mariale en dogme. Ce n’est que dans le courant du XIXe siècle, période de dévotion mariale intense, que la théologie de l’Immaculée conception et de l’Assomption va pour ainsi dire s’accélérer, pour aboutir aux dogmes que l’on connaît. Après 1950, et le ConcileVatican II (1962-1965), la théologie mariale ne connaîtra par contre plus de développement majeur. Si ce n’est sur un point, qui revêt une certaine importance pour la compréhension de cette dimension de la foi chrétienne.

Le sens de l’Assomption

Pendant des siècles, les théologiens se sont demandé si Marie, avant dêtre élevée, "assumée" en Dieu corps et âme (sens du terme assomption), avait connu la mort physique comme tout un chacun, ou avait été préservée de la mort pour passer immédiatement à la gloire céleste. Si les chrétiens d’Orient parlent de Dormition plutôt que d’Assomption, idée selon laquelle Marie s’est endormie paisiblement avant son élévation au Ciel, ce terme ne permet pas de trancher cette question.

Le 25 juin 1997, le pape Jean-Paul II s’est par contre prononcé sur ce point, lors d’une audience générale. Il a déclaré que Marie, bien que sans péché, avait connu la mort physique. Puisque le Fils de Dieu lui-même a connu la mort sur la croix, pour le salut de l’humanité, il n’y a pas de raison de penser que Marie aurait pu, quant à elle, ne pas connaître ce sort. Au contraire, participant au salut, à sa mesure, il est cohérent de penser que Marie ait connu une mort naturelle. Si ce n’avait pas été le cas, précise encore Jean-Paul II, il est peu probable qu’un tel événement eut pu rester caché de ses contemporains.

Par contre, si la Vierge Marie a connu la mort, sa résurrection – puisqu’il s’agit bien de cela – a pu intervenir discrètement par la suite, et lui a évité la "corruption". Tel est dès lors le sens de l’Assomption de Marie au Ciel, pour les chrétiens: le fait que, par une grâce exceptionnelle, Marie vive dès à présent en communion avec Dieu, non seulement dans son esprit, mais également dans son corps, est comme la première réalisation de notre destinée à tous. Car, pour le chrétien, c’est non seulement son âme, mais son être tout entier, y compris sa dimension corporelle, qui est destiné à partager l’immortalité de Jésus-Christ, mort et ressuscité pour nous, et retourné au Père.

 

Christophe Herinckx (sources : arras.catholique.fr ; christus.fr)

 

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