51,2 millions de personnes ont été contraints de fuir leur habitation de par le monde, dont 17 millions à travers les frontières (réfugiés), 1 million de demandeurs d'asile et 33 millions dans leur propre pays (déplacés). Ces chiffres mondiaux sont les plus élevés jamais atteints depuis la fin de la seconde guerre mondiale.
A l'occasion de la journée mondiale du réfugié (20 juin) l’UNHCR (le haut commissariat aux réfugiés des Nations Unies) a publié son rapport sur l'état des réfugiés à travers le monde. Les résultats de cette année montrent que le nombre de réfugiés est en augmentation constante. Une situation qui s'explique par des conflits de longue durée qui touchent durement la population civile en Syrie, en Irak et dans plusieurs pays africains. Chaque minute, huit personnes à travers le monde sont obligées de fuir la guerre ou la persécution. Les guerres et autres conflits armés ont un impact dévastateur sur les familles. Dans le chaos de la fuite, des familles sont parfois séparées et risquent de ne plus jamais se retrouver. D'après l'UNCHR, près de la moitié des réfugiés en Belgique et dans le monde sont des enfants de moins de 18 ans.
L'Afrique, le continent le plus touché
Pour la quatrième année consécutive, le nombre de réfugiés augmente sur le continent africain. L'Afrique comptait près de trois millions de réfugiés en 2013 et parmi ces derniers, seulement 170 000 d'entre eux ont pu regagner leur foyer l'an passé. Les conflits au Mali, en République centrafricaine et au Soudan du Sud ont accru les mouvements de population. "Nous constatons ici le coût énorme qui découle de l’incapacité à mettre un terme aux guerres et de l’échec à résoudre ou à prévenir les conflits", a déclaré le Haut Commissaire des Nations unies pour les réfugiés, Antonio Guterres. Les Somaliens sont la première population africaine, en termes de réfugiés. Une situation qui a pour cause la guerre civile qui fait rage depuis plus de dix ans. Arrivent ensuite les Soudanais puis les habitants de la République démocratique du Congo. Le Kenya est le premier pays africain d'accueil des réfugiés. On en dénombre plus de 500 000 à travers le pays. Vient ensuite le Tchad où le nombre d’exilés accueillis augmente pour la douzième année consécutive. Ils sont principalement originaires du Soudan et de la Centrafrique.
La question syrienne
Cela fait plus de trois ans que s’est déclenché le conflit syrien. En mars 2011, une manifestation locale a dégénéré en guerre civile qui s’est rapidement transformée en un conflit régional, national et international. Les enjeux religieux, politiques, économiques et sociaux sont nombreux et tendent à complexifier davantage la situation.
Depuis le début de ce qu’on qualifie aujourd’hui comme étant la pire tragédie humanitaire de notre temps et la pire crise de réfugiés depuis le génocide rwandais, le conflit a forcé 6,5 millions de Syriens à se déplacer à l’intérieur de leurs propre pays. Ils sont également 2,8 millions à fui le pays pour trouver refuge en Europe ou dans les pays voisins. Parmi eux, la moitié sont mineurs et manquent cruellement de produits de première nécessité et d’assistance médicale.
Réfugiés syriens : Le Midi de Caritas fait le point
C’est pour rendre compte de la situation critique liée à la crise syrienne que se tenait ce 20 juin une rencontre à l’occasion du Midi de Caritas Belgique. Mgr Antoine audo, évêque d’Alep et président de Caritas Syrie a d’abord rappelé le contexte politique, religieux et économique en Syrie. Le conflit, explique l’évêque d’Alep, a appauvri l’ensemble de la population. Les plus riches, sunnites pour la plupart, ont pu se permettre de quitter le pays. La classe moyenne, poursuit-il, est devenue pauvre et les pauvres sont devenus misérables. Les combats ont surtout éclaté dans les banlieues, obligeant les habitants des périphéries à se déplacer dans les grandes villes. Certaines grandes villes du pays ont ainsi vu arriver parfois jusqu’à un million d’habitants des zones limitrophes. A Alep, confie l’évêque, des dizaines de familles tentent de vivre ensemble dans des écoles, des ateliers, des sous-sols. "Tout le paysage a changé", décrit-il. "Il y a toutefois un grand sens de la dignité", s’émeut l'évêque syrien. D’un côté la population a été humiliée et ne sait plus où aller puisqu’elle a tout perdu. En même temps, elle a développé "un grand sens de la solidarité." Une solidarité qui, selon Mgr Audo, "contribuera grandement à reconstruire la Syrie." "C’est frappant de voir que les chrétiens et musulmans d’Alep parlent d’une découverte mutuelle", s’étonne l’évêque syrien. C’est dans l’atrocité de la guerre que ces deux peuples se sont découverts comme appartenant à la même race : celle de l’Homme. Sont nés du conflit une proximité nouvelle, un désir d’être et de vivre ensemble. Car dans l’esprit de Caritas, témoigne le président, "on dépasse l’esprit confessionnel, on apprend tout d’abord à devenir citoyens."
Découvrez ci-dessous l’interview de Mgr Audo.
Les pays en développement: première destination des réfugiés
Contrairement aux idées reçues, les pays en développement représentent la première destination pour les réfugiés. Ils accueillent plus des quatre cinquièmes des réfugiés. Le Pakistan, l'Iran et le Liban sont les principaux pays d’accueil.
Le pape François a déploré ce mercredi l’augmentation du nombre de réfugiés. Deux jours avant la Journée mondiale des réfugiés, le Pape a demandé que ces personnes soient accueillies dans la dignité afin qu’elles puissent avoir "de nouvelles raisons d’espérer", rapporte Radio Vatican. Le Pape a déploré que des personnes soient contraintes "de quitter leur terre pour fuir les conflits et les persécutions".
Comme en 2012, les Afghans continuent de représenter la majeure partie des réfugiés mais les Irakiens pourraient grossir les rangs l'année prochaine. Ces derniers jours, des centaines de milliers d'entre eux ont fui les combats à Mossoul et dans les villes du nord de l'Irak. Ils seraient déjà quelques 500 000 à avoir fui leur pays face à l’assaut récent des djihadistes de l’Etat islamiste en Irak et au Levant.
Manu Van Lier/Sophie Timmermans
Photo: Caritas International

