La porte du café s’ouvre avec fracas, projetant une lumière crue sur le trottoir mouillé. « Allez Jefke, t’as assez bu. Rentre chez toi et cuve ta bière. » D’une main vigoureuse, le patron pousse une ombre grise qui trébuche sur le pavé gras et luisant. La porte claque, coupant net une bordée de rires moqueurs. Jefke se retrouve seul, une fois de plus.
Il se relève péniblement, pitoyable dans son training fluo, serrant contre lui un ballon de foot. La rue est triste et déserte sous le crachin hivernal. Frissonnant, il enfonce sa casquette sur ses oreilles, remonte les épaules et part d’un pas incertain. Où aller à présent? Rentrer chez lui, se retrouver face à ses misères? Il hésite…
C’est vrai qu’il n’est qu’un minable. Son seul bonheur, son unique passion, c’est le foot. Petit, il rêvait d’être gardien de but. Son idole, c’était « Zan-Marie », un fils du peuple lui aussi, mais qui avait rayonné sur le monde. Mais lui, à près de 40 ans, que peut-il encore espérer? Quand il jouait encore, les supporters le surnommaient « passoire »… Il en avait encaissé des buts, il en avait connu des soirs de déprime.
Mais ce soir, il tient sa revanche! Il porte dans les bras le ballon du dernier match de son équipe favorite. Tous les joueurs y ont gentiment apposé leur nom; même l’entraîneur a signé. Un butin fabuleux! Il voit déjà le trophée au centre de sa chambre, sur un piédestal, une lampe braquée sur lui. Il sera son rayon de soleil dans la grisaille des jours uniformes.
Ses pas l’ont conduit aux limites de la ville. Allons, il est temps de rentrer. Soudain, intrigué, il fixe une lumière immobile...
Adrien Gillebert
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