Election du pape François: la presse globalement positive


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Election du pape François: la presse globalement positive
Par Jean-Jacques Durré
Publié le - Modifié le
7 min

L'élection du nouveau pape fait évidemment la Une de la plupart des quotidiens belges et étrangers. Voici les extraits de quelques-uns des éditos et commentaires parus à cette occasion.

Belgique

• Pour Béatrice Delvaux, éditorialiste au "Soir", "il faut accueillir la nomination éclair du pape François comme le signe d’une Eglise déterminée et au clair sur ses souhaits et ses besoins". La journaliste rappelle, par ailleurs, que "Jorge Mario Bergoglio était le cardinal qui avait les faveurs, au conclave précédent, des adversaires de Jozef Ratzinger", c'est-à-dire "ceux qui voulaient faire bouger le Vatican et le couper de l’omnipotence de la Curie et de l’establishment doctrinaire". "Les prises de position du cardinal Bergoglio face au pouvoir argentin actuel donnent l’image d’un homme n’ayant pas peur d’affronter le pouvoir. A confirmer."

• Quant à Philippe Martin, journaliste à "L'Avenir", il s'interroge: "Avec ce pape venu du Nouveau Monde, qui se place sous la référence lumineuse de François d’Assises, l’Église de Rome serait-elle en train de choisir une orientation nouvelle, au début de ce troisième millénaire ? Un abandon des fastes et des protocoles au profit de la simplicité et de la fragilité humaines retrouvées ? Une priorité donnée au partage, à l’écoute, au service, à la justice plutôt qu’au pouvoir qui divise ?"

France

• Pour Jean-Pierre Denis, directeur de la rédaction de l'hebdomadaire chrétien "La Vie", en choisissant le nom de François, "le timide évêque de Buenos Aires a frappé un grand, un très grand coup sur la scène catholique. Il a voulu répondre à la question de la crédibilité du message chrétien. La foi catholique est attendue. Mais à la condition expresse que la voix qui la porte soit à la hauteur. C’est-à-dire qu’elle soit simple, modeste, fragile. Voilà le premier grand message de cette élection totalement inattendue, où rien ne s’est passé selon les logiques médiatiques et les scénarios bien ficelés d’un Scola, d’un Ouellet ou d’un Scherer. Voilà le coup d’audace d’un corps électoral composé presque exclusivement de prélats taxés de conservatisme."

• "Après le pontificat relativement 'intellectuel' de Benoît XVI, ce nouveau pape a été choisi pour sa capacité de contact avec le plus grand nombre", explique Jean-Marie Guénois, dans les colonnes du "Figaro". "Les cardinaux ont, en effet, pensé nécessaire de renouer le fil populaire de la papauté, dans le style Jean-Paul II, mais aussi dans la filiation de Jean XXIII et de Jean-Paul Ier. Une papauté simple, accessible. Mais cela reste un défi, car un nouveau style reste à inventer."

• "Le nouveau pape saura imprimer sa marque particulière", assure Dominique Quinio, rédactrice en chef du quotidien "La Croix". "Il ne faudra pas chercher à comparer, à chercher les différences et les ressemblances, ni à spéculer sur la durée du pontificat. Mais lui laisser le temps d’habiter son rôle et sa mission, ce service de l’Église universelle. Sans oublier que l’Église catholique se manifeste au travers de tous ses fidèles, de toutes ses communautés de par le monde. Car ce sont ces croyants qui, avec le pape, portent la responsabilité de faire vivre le message du Christ dans le monde d’aujourd’hui. L’élection d’un Argentin, issu de cette Amérique latine où vit ardemment la foi catholique, en est le signe."

Italie

• La surprise, c'est le sentiment qui semble avoir gagné les rédactions des grands journaux italiens. En effet, le nom de Jorge Mario Bergoglio n'était que peu apparu ces derniers jours dans la presse de la péninsule. Dans un éditorial vidéo, Ferruccio de Bortoli pour "Le Corriere della Sera" se félicite de ce "signal extraordinaire et révolutionnaire envoyé par l'Eglise". "Le pape François va donner une nouvelle orientation à cette Eglise qui sait encore surprendre", affirme-t-il. "Un retour vers le spirituel, l'humilité." La simplicité du pape François est en effet largement commentée par la presse transalpine. "Timide, réservé, homme de peu de paroles, très attentif aux pauvres", Jorge Mario Bergoglio vivait ainsi jusqu'à présent dans un appartement modeste et se déplaçait en transports en commun, précise le quotidien.

"La Stampa" titre d'ailleurs son portrait du nouveau souverain pontife "Le pape jésuite qui prend le métro". "Ceux qui le connaissent le considèrent comme un véritable homme de Dieu: la première chose qu'il vous demande, c'est toujours de prier pour lui", peut-on lire dans cet article. "Il œuvrera pour une Eglise plus sobre", analysent pour leur part les éditorialistes du quotidien.

"La Repubblica" n'hésite pas, pour sa part, à parler de "révolution à Saint-Pierre", "comme pour dire stop aux intrigues et aux chantages qui ont contribué à affaiblir Benoît XVI". Ce choix "représente un renversement de la puissance culturelle et géographique du Vatican si évident et symbolique qu'il en devient un geste politique qui secoue Rome. Un geste d'ouverture et d'espoir, qui conclut une époque." En guise de preuve, le quotidien avance ce nom, pape François, "qu'aucun pape n'avait jamais osé prendre". "Un nom qui est un projet et un lien vers la papauté, un retour aux origines, à l'Evangile, à la mission de l'Eglise désincarnée de son faste", peut-on lire. "L'indication d'un pape qui sait se promener parmi les loups."

Espagne

• "Un pape qui sourit, qui souhaite une bonne après-midi, qui fait une blague quelques minutes après avoir reçu sur ses épaules tout le poids d'une Eglise blessée, demandant la bénédiction avant de le donner", et surtout "un pape qui fait la cuisine": les premiers pas de Jorge Mario Bergoglio ont été observés de près par le journal espagnol "El Pais", qui se réjouit de voir un pape "qui change, au moins", et c'est "une occasion d'espérer." "Seul le temps dira si l'Argentin était le pape que le monde attendait, mais mercredi soir, devant une foule qui priait pour lui, il a au moins réussi à gagner des soutiens", affirme le quotidien.

États-Unis

"Le pape des grandes premières", titre CNN sur son site Internet, qui commente notamment le choix du nom de François, "un signal que ce ne sera pas comme d'habitude". Le "New York Times" est, pour sa part, plus nuancé en analysant les raisons qui ont conduit à l'élection de Jorge Mario Bergoglio. C'est "un choix à la foix historique et traditionnel", affirme ainsi le quotidien américain. Car le Vatican n'a pas choisi la révolution en votant pour ce conservateur "d'origine italienne, qui soutient vigoureusement les positions du Vatican sur l'avortement, le mariage homosexuel, l'ordination des femmes et d'autres questions importantes". Au passage, le "New York Times" souligne également que le cardinal de Buenos Aires "était moins déterminé quand il s'agissait de prendre position par rapport à la dictature militaire en Argentine dans les années 1970", faisant référence aux accusations sur son passé.

Le quotidien se félicite toutefois de l'humilité de l'homme, rappelant notamment le moment où, en 2001, Jorge Mario Bergoglio avait surpris le personnel de l'hôpital Muñiz à Buenos Aires en lavant les pieds de douze patients atteints du sida et en les embrassant, expliquant aux journalistes présents que "la société oublie les malades et les pauvres".

Amérique latine

• L'homme "au profil bas", c'est ainsi que le surnomment affectueusement les journalistes du quotidien argentin "La Nacion", visiblement aussi surpris que le reste du monde de le voir accéder à un tel rang. Connu autant pour son humilité que pour ses relations tendues avec la présidente argentine, Cristina Kirchner, Jorge Mario Bergoglio fait partie de ceux qui "ne sont pas particulièrement intéressés à l'idée de s'asseoir avec les puissants", affirme le journal.

• "Pour la première fois depuis mille ans, le nouveau chef de l'Eglise n'est pas Européen", titre le journal brésilien "O Globo", dans le pays qui compte le plus de catholiques au monde. Selon le journaliste Luiz Paulo Horta, le pontificat de François devrait ainsi être plus "ouvert sur le monde" dans les prochaines années.

• "Enfin un pape noir", titre avec provocation le magazine brésilien "Vega", faisant allusion non à sa couleur de peau, mais bien au fait qu'il soit jésuite. Le supérieur général de la Compagnie de Jésus est, en effet, souvent surnommé le "pape noir". Le magazine se félicite ainsi du "choix d'un pontife jésuite pour indiquer que l'Eglise entend être moins attachée aux fastes et aux honneurs et plus orientée à travailler avec les gens".

• Le quotidien brésilien "Reforma" s'enthousiasme de son côté pour "un pape qui rompt avec les paradigmes", ne manquant pas au passage de souligner son amour du football, nouvel argument qui, s'il en avait besoin, pourrait l'aider à assurer sa popularité sur le continent.

• Seul le site ADNpolitico et celui de "Proceso" profitent de l'élection de Jorge Mario Bergoglio pour souligner ses "liens très flous avec la dictature argentine", pendant les années 1970. "Bien qu'il n'existe pas de document prouvant ses liens avec la dictature militaire, certains éléments montrent cependant que Bergoglio a soutenu le régime dictatorial, même contre certains prêtres qui étaient sous son autorité à l'époque", peut-on lire. Citant le sociologue Mallimacci Fortunato, de l'université de Buenos Aires, "Proceso" affirme ainsi que "plusieurs témoins ont déclaré que Bergoglio n'a non seulement pas lutté contre la dictature, mais qu'il aurait même contribué à l'enlèvement, la torture ou la disparition de nombreux prêtres et laïcs".

 


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