Editorial de Pascal André, paru dans le "Dimanche Express" n°25 du 3 juillet :
Si Jésus avait vécu à notre époque, sans doute se serait-il appuyé sur le rapport publié le 20 juin dernier par le Haut-commissariat aux réfugiés pour illustrer la générosité des plus pauvres. En effet, contrairement aux idées reçues, ce ne sont pas les pays occidentaux qui accueillent le plus de réfugiés, mais les pays en développement. Même l’Allemagne – qui est pourtant le pays industrialisé qui abrite la plus importante population réfugiée (594.000 personnes en 2010) – se situe loin derrière le Pakistan (1,9 million), l’Iran (1,07 million) et la Syrie (1,05 million) en termes d’accueil. Preuve, une fois de plus, qu’il est plus difficile à un riche de donner de son superflu qu’à un pauvre de prendre sur sa misère. En septembre dernier, une enquête française a d’ailleurs révélé que, même en cette période de crise, la générosité est bien plus forte chez les contribuables les plus modestes que chez les autres. C’est même dans l’une des plus basses tranches de revenus que le ratio don moyen/revenu imposable est le plus élevé, avec 0,8%.
Quoi qu’il en soit, les Européens se montrent de moins en moins solidaires à l’égard des autres. Non seulement ils tendent à fermer leurs frontières aux populations en détresse qui frappent à leur porte, mais ils se montrent également de moins en moins généreux à l’égard des plus pauvres d’entre eux. Ainsi, la Commission européenne prévoit-elle une sévère réduction, en 2012, de l’allocation au programme d’aide alimentaire destinée aux plus démunis de l’Union. Selon les premières estimations, cette perte pourrait priver au moins deux millions de personnes de l’assistance dont elles ont besoin.
Tout cela est bien sûr très inquiétant, car à force d’étaler sur la place publique nos égoïsmes personnels, nationaux ou étatiques, nous donnons au monde l’image d’une Europe qui est en train de scier la branche sur laquelle elle est assise. En effet, la déclaration Schuman du 9 mai 1950, qui est l’acte de naissance de l’Europe, reposait sur le triptyque suivant : réconciliation, solidarité et paix. Or, plus le temps passe, plus les pays membres se replient sur eux-mêmes, menaçant ce fragile, mais fondamental équilibre. Au lieu de donner des leçons au reste de l’humanité, regardons donc plutôt ce qui se fait ailleurs, notamment chez les plus pauvres. Car l’exemple vient souvent de là où on ne l’attend pas.
