Au lendemain de l'anniversaire de l'indépendance du Burundi, Marguerite Barankitse s'exprime sur l'avenir de son pays, dont elle est éloignée pour raisons de sécurité.
La période électorale a commencé ce lundi 29 juin avec le scrutin législatif et local. Mais l'enjeu le plus important viendra le 15 juillet où aura lieu l'élection présidentielle. L'opposition politique a été réduite au silence, que ce soit par des arrestations, des enlèvements ou des "exils" forcés. Les journalistes sont aussi menacés pour simplement raconter les événements qui se déroulent à Bujumbura ou dans les campagnes du pays. Même Marguerite Barankitse, la fondatrice de Maison Shalom, la plus importante ONG burundaise, fait l'objet d'un mandat d'arrêt.
Réfugiée en Europe où elle connaît beaucoup de monde, "comme une deuxième famille", la "maman" du Burundi s'inquiète de l'avenir de son pays: "A 59 ans, j'ai déjà vécu ou assisté à de nombreux massacres. Mais je ne vois pas de solutions. Nous allons droit à une guerre civile." Le point central des inquiétudes vient de l'obstination du président Pierre Nkurunziza à briguer un troisième mandat. Forte d'un optimisme quasi évangélique, Maggy Barankitse espère que le président change d'avis et qu'il se dise: "je ne peux pas sacrifier 9 millions de frères et sœurs uniquement pour garder le pouvoir."
La fondatrice de Maison Shalom observe également que les hommes politiques qui ont le pouvoir négligent les 95% de la population burundaise qui vivent en région rurale. Ce combat tient d'autant plus au cœur de Maggy Barankitse qu'elle vient d'une famille de paysans qui, heureusement, lui ont permis d'aller à l'école. La Maison Shalom travaille à aider ces familles des campagnes à vivre dignement et à élever leurs enfants dans un environnement sain. Ce sont d'ailleurs ces réseaux de personnes qui informent la réfugiée burundaise depuis qu'elle a dû s'exiler en Europe.
Maggy Barankitse termine par une note d'espoir, dont elle a pris conscience lors de la manifestation du 1er juillet à Bruxelles: "Les jeunes de 18 à 30 ans, sont la seule richesse que nous avons en Afrique. Ces jeunes nous donnent une leçon de vie. Ils ont compris la situation, ils apportent leur vision porteuse d'espoir. En allant dans la rue, ils proposent des solutions. Les jeunes qui sont partis faire leurs études à Ottawa ou en Europe envisagent de revenir au Burundi, après avoir terminé leurs études. Cette jeunesse ne va pas courber l'échine."
A.-F. de Beaudrap
Retrouvez l'interview de Marguerite Barankitse dans l'émission "En débat" sur RCF, diffusée dès vendredi 3 juillet 11h30 sur RCF Liège ou sur www.rcf.be
