« Vivre et mourir à l’hôpital de Molo » le très beau témoignage de Soeur Geneviève, médecin.


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« Vivre et mourir à l’hôpital de Molo » le très beau témoignage de Soeur Geneviève, médecin.
Par Diocèse de Liège
Publié le
4 min
Depuis 2006, la petite communauté franciscaine de Notre-Dame des Anges (trois sœurs : Une belge, une coréenne et une française), est implantée à Molo, petite bourgade d’Iloilo, sur l’île de Panay aux Philippines. Leur mission en deux mots : joie et compassion. Sœur Geneviève, médecin, a livré son formidable témoignage au Service Presse et Communication du Diocèse de Liège par l'intermédiaire de Sœur Marie-Pierre revenue pour un mois à Liège dans la communauté de Notre Dame des Anges.photo 3.

"Vivre et mourir à l'hôpital de Molo"

Depuis longtemps, lorsque je visite les malades hospitalisés dans les salles pour ‘indigents’, les petits lézards qui courent sur les murs, les chats qui se hasardent sous les lits, le revêtement de sol arraché en maints endroits, ni même les housses déchirées des matelas ne retiennent plus mon attention. J’avoue que parfois, je pars vers l’hôpital avec des pieds de plomb…parce que c’est lourd… mais je sais que là, des visages m’attendent, des détresses, des regards qui attendent un sourire, une prière. La salle où je visite les dames chaque semaine, comprend deux rangées de lits, 18 en tout, séparés les uns des autres par leur table de nuit encombrée et brinquebalante, sans aucune tenture qui ménagerait un semblant d’espace privé… les “fenêtres„ donnent sur un couloir ou sur un haut hall fermé ; jamais un rayon de soleil ni un bout de ciel bleu… mais bien souvent la pluie qui goutte à goutte tombe dans un vieux seau… Toujours quelqu’un de la famille ou un voisin compatissant, voire un ‘care-giver’ salarié, est là, à proximité et s’occupe des tâches quotidiennes : toilette corporelle, déplacement éventuel vers les toilettes, repas, médicaments à acheter à la pharmacie, etc…

Felicia a choisi de s’installer tête-bêche ; ainsi elle est moins perturbée par toutes les allées et venues. A 58 ans, son visage est triste, souligné par la douleur… sa jambe gauche “prend l’air„ pour l’instant. C’est une large plaie infectée chez une diabétique de longue date. Auprès d’elle, ses filles, des jumelles, ont confiance dans la prière ; le Seigneur Jésus peut tout ! Mais le docteur dit qu’il faudra peut-être couper la jambe …

Angela a 34 ans, inondée de fièvre. Trisomique, elle rit doucement quand j’essaye de lui parler ilongo puis se retourne vers Maman qui lui rafraichit le visage avec un vieux linge mouillé.

Lorna est une femme courageuse et battante de 56 ans. Lorsque fin 2013, le typhon Yolanda s’est abattu sur sa maison, elle a tenu bon : cinq enfants et des petits enfants avaient besoin de son exemple, de son sourire. Elle ne s’est pas beaucoup écoutée elle-même. A ce jour, elle est obligée de rester assise, en boule sur son oreiller, branchée sur la bienfaisante bonbonne d’oxygène ; son ventre ressemble à une montgolfière ; elle sait bien où elle va et que le cancer est partout maintenant. Ce qui lui importe, c’est de transmettre à ses enfants une image de courage et de sérénité, pas de résignation mais d’acceptation avec le sourire… et c’est bien ainsi qu’elle le vit et le rayonne… dans sa foi ferme et sa prière confiante envers le Seigneur Jésus.

Arsena a 70 ans ; elle est arrivée ici en catastrophe pour une hémorragie digestive mais ce qui la désespère, c’est que son mari, cloué au lit car longtemps hémiplégique, qu’elle a soigné de tout son amour, est mort la semaine dernière et sera enterré mardi prochain. Il faut qu’elle soit là ! Est-ce que le docteur la laissera partir ?

Scherry Mae a 15 ans ; son visage est vraiment beau, aux traits réguliers, au regard souriant avec ses yeux noirs bordés par de longs cils. Ses beaux cheveux longs sont coiffés avec soin. La présence de Maman lui est aussi indispensable que son oxygène. Obligée de restée assise, ses jambes sont écartées à l’équerre. Le cancer qui l’emporte de toute part lui donne un abdomen tellement distendu que toute respiration est douloureuse. Elle serre contre son cœur l’image de ‘La Vierge des Pauvres’ qu’elle a choisie, celle écrite en tagalog. Sa Maman me remercie du regard et m’embrasse. Pas d’autres mots, qui seraient mal venus…Nous savons bien toutes les trois que Scherry se prépare à la rencontre avec Jésus et que Mama Mary l’aide chaque minute. Ensemble, nous prions en ilongo un ‘Je Vous salue’ Je lui explique le jeu des mots : “Tu es la ’chérie’ de la Sainte Vierge. „ Alors elle sourit doucement, du sourire d’un ange qu’elle est vraiment…

Et il y en a tant d’autres ! … En repartant vers notre couvent, chargée d’intentions bien concrètes de prière, je suis émerveillée et fortifiée par la foi, la piété, le courage de ces familles, de ces enfants, de ces dames. Dans la vérité de leur détresse, ils cheminent vers le Dieu d’Amour ! Comme le disait Saint Vincent de Paul : “Les pauvres sont vos maîtres. „

Sœur Geneviève médecin à l'hôpital de Molo

Sur la photo : Sœur Geneviève

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