Une journée pour refuser la misère


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Une journée pour refuser la misère
Par Pierre Granier
Journaliste de CathoBel
Publié le - Modifié le
3 min

Pauvreté-extrait du film le Prix du Pain

Ce 17 octobre, en Belgique et dans le monde entier, c'est la journée mondiale du refus de la misère, initiée par ATD-Quart Monde et instituée en 1992, par les Nations Unies. Une journée pour sensibiliser le grand public et permettre aux plus démunis de s'exprimer. Une journée pour s'engager aussi, et combattre ce qui constitue une violation des droits humains. De nombreuses manifestations auront lieu à cette occasion dans tout le pays.

Le 17 octobre 1987, l'abbé Joseph Wresinski convia à Paris 100.000 personnes de tous horizons à se rassembler pour célébrer la première Journée Mondiale du refus de la misère sur le Parvis des droits de l’homme et des libertés. Aujourd'hui, force est de constater que cette pauvreté s'est accentuée dans nos sociétés. Mais, au fait, c'est quoi être pauvre aujourd'hui en Belgique ? A cette question, il n'y a pas de réponse toute faite. Il y a de nombreux paramètres qui relativisent. On peut ainsi avoir un revenu très faible mais aussi ne pas avoir beaucoup de frais par ailleurs (parce que l'on est propriétaire de son logement par exemple, que l'on n'a pas besoin de voiture…) et mener ainsi une vie décente. Cependant, il existe des seuils financiers en dessous duquel on considère que l'on est dans une situation de pauvreté. Ce seuil a été fixé à 1.000 euros net par mois pour une personne isolée et 2.100 euros pour une famille de 4 personnes (deux parents et deux enfants).
Si l'on prend en considération ces seuils, la Belgique compterait 15,3% de gens pauvres et se situerait dans la moyenne européenne. Mais ce chiffre cache de grandes disparités régionales. Une enquête de l'Institut wallon de l'évaluation, de la prospective et de la statistique fait apparaître que c'est à Bruxelles que la situation est la plus alarmante avec un tiers de la population en situation de pauvreté. En Wallonie, le taux est de 19,2% et en Flandre de 9,8%.

Un tiers des Bruxellois sont pauvres

D'autres chiffres inquiètent: plus d’un Wallon sur trois (et presque la moitié des Bruxellois) est dans l’impossibilité de construire une épargne d'environ 1.000 euros. Et ils sont 10% en Wallonie à ne pas pouvoir chauffer leur logement mais aussi à être endetté pour des besoins de bases (arriérés de paiement pour le chauffage, le loyer, l’électricité, les soins de santé…). Enfin, les enfants sont proportionnellement plus nombreux à être touchés par la pauvreté et la privation que le reste de la population. Or, on sait que les dégâts occasionnés par la pauvreté dans l’enfance diminuent les chances d’y échapper une fois adulte…
Et puis, il faut aussi ajouter à cela tout ce que l'on appelle la "déprivation matérielle", à savoir l’incapacité de posséder des biens ou de se livrer à des activités considérées comme ordinaires et/ou nécessaires dans la société où on vit, comme une sortie au cinéma par exemple. Etre pauvre, c'est fêter la Saint-Nicolas au "Quick" ou postposer la Noël au mois de février parce qu'il y a trop de factures à payer avant la fin de l'année…

Etre reconnue dans sa dignité

Mais derrière ces statistiques, il y a surtout des personnes. Et il s'agit aujourd'hui de leur donner la parole et de la prendre en compte. "Nous ne voulons pas seulement raconter notre vie; nous voulons aussi participer", disent les plus pauvres. Toute personne aspire à être reconnue dans sa dignité, égale à celle des autres, et à participer à la construction du monde. De leur expérience de vie particulière, faite de souffrances mais aussi de luttes quotidiennes, les personnes pauvres tirent une connaissance. Celle-ci est indispensable à l’ensemble de la société pour bâtir plus de justice.
Rassembler tous ceux - du simple citoyen au plus haut responsable - qui veulent s’engager avec les plus pauvres, rejoindre ceux-ci dans leur combat, c’est chercher à bâtir avec eux des relations d’égalité. C’est chercher et penser avec eux des réponses face à l’exclusion, à partir de leur vie et de leur savoir.
Dans cette perspective, ATD-Quart Monde organise aujourd'hui de multiples événements un peu partout en Belgique (Sambreville, Charleroi, Bruxelles, Huy, Liège, Tournai, Verviers, Quaregnon, Courtrai, Bruges, Gand, Willebroek, Renaix).

Pierre GRANIER

(Photo extraite du film documentaire "Le prix du pain", de Yves Dorme)

Catégorie : Belgique

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