Les Frères musulmans égyptiens doivent commencer à se demander quels sacrilèges ils ont commis pour être châtiés de la sorte. Depuis la destitution du président Mohamed Morsi, le 3 juillet dernier, la confrérie ne cesse de subir revers sur revers. Lundi 23 septembre, la justice égyptienne lui a porté un nouveau coup dur en interdisant ses activités et en confisquant ses biens.
Les coups continuent de pleuvoir sur les Frères musulmans en Egypte, deux mois et demi après la destitution du président élu, issu de leurs rangs, Mohamed Morsi. Le 23 septembre dernier, la justice égyptienne a officiellement interdit toutes les activités de la confrérie. Un jugement qui s'applique au parti de la Liberté et de la Justice, bras politique de l'organisation, et à l'Association des Frères musulmans, une ONG accusée de servir de façade à la confrérie.
Le tribunal accuse cette dernière de "s'être drapée dans l'islam pur pour ses activités qui contredisent le véritable islam et violent la loi". Il ajoute que, sous la présidence de Morsi, "les citoyens ont perdu leurs droits à la justice sociale et à la sécurité".
Un comité gouvernemental devrait également être mis sur pied prochainement pour organiser la saisie des avoirs de la confrérie, notamment ses biens immobiliers. Les Frères musulmans disposent en effet de nombreux sièges à travers le pays.
Un processus de stigmatisation et d'éradication
Ce jugement n'est, en fait, que la dernière étape d'un processus de stigmatisation et d'éradication commencé dès le lendemain du coup de force de l'armée, le 30 juin dernier. En effet, la justice égyptienne avait déjà demandé la dissolution de la confrérie et, en tant qu'organisation non gouvernementale, interdit d'émission sa chaîne de télévision, ordonné la confiscation des avoirs de ses dirigeants et émis des mandats d'arrêt pour incitation à la violence et au meurtre. Au total, les autorités ont arrêté quelque 2.000 membres de la confrérie, dont le guide suprême Mohamed Badie.
Le gouvernement intérimaire égyptien est dominé par les tenants d'une ligne dure, pour qui les Frères musulmans doivent choisir entre l'action caritative et leurs activités politiques. Mais une frange éradicatrice, incarnée par des hauts responsables de l'armée, des services de renseignement et de la police ainsi que des caciques de l'ancien régime, veut même aller plus loin, en renvoyant les Frères musulmans à l'ère d'avant la révolution de janvier-février 2011, où ils étaient tout juste tolérés.
"La clandestinité ne nous fait pas peur"
De son côté, la confrérie a promis, sur Twitter, de "rester toujours présente sur le terrain", car "les Frères musulmans sont une partie de la société égyptienne [et] les décisions judiciaires politisées et entachées de corruption ne peuvent rien y changer". Interrogés en août sur l'éventualité d'une dissolution, plusieurs cadres du mouvement se voulaient rassurants: "Nous avons l'habitude de la clandestinité, elle ne nous fait pas peur", disaient-ils. La différence, cette fois-ci, c'est que les autorités disposent d'une liste exhaustive de ses membres, qui ont agi au grand jour pendant deux ans et demi, après des décennies de clandestinité.
Pascal ANDRE
