Le courant islamiste wahhabite, qui se développe en Tunisie depuis la "Révolution de jasmin" qui a renversé le président Ben Ali, prend désormais pour cible les mausolées soufis. Au total, 37 mausolées ont été saccagés ou détruits en huit mois. Un drame pour le patrimoine de l’humanité pour l’UNESCO et, selon Washington, une atteinte à la liberté religieuse.
Dans un certain nombre de pays musulmans, des mausolées ont été érigés pour des saints à qui le peuple des fidèles attribue des miracles ou une dévotion particulière à Allah. Ces sites religieux attirent chaque année des pèlerins par millions, qui se rassemblement pour des offrandes et des sacrifices autour de ces lieux sacrés. Les intégristes islamiques, sous influence du courant wahhabite véhiculé depuis la Péninsule arabique, veulent détruire ces mausolées érigés à la mémoire de saints musulmans, estimant qu’ils contreviennent au précepte de l’unicité de Dieu.
Selon l’Union soufie de Tunisie, une organisation fondée après une première vague d’attaques des salafistes, la mouvance islamiste radicale veut détruire le courant mystique islamique. Le vice-président de l’Union soufie de Tunisie, Mazen Cherif, craint que cette vague d’attaques ne soit qu’un début, ajoutant que les extrémistes pourraient s’en prendre aux sites archéologiques de Carthage, d’El Jem ou de Dougga, classés au patrimoine mondial de l’Unesco.
Ces attaques systématiques et planifiées contre les mausolées ont également été dénoncées le 5 février par le gouvernement américain, qui demande que les autorités tunisiennes mènent l’enquête sur ces actes de vandalisme et protègent la liberté religieuse. « Les Etats-Unis s’inquiètent des attaques incessantes contre des mausolées en Tunisie », a déclaré Victoria Nuland, porte-parole du Département d’Etat américain. L’Administration Obama condamne ces attaques contre des sites religieux et soutient l’appel des citoyens tunisiens et des dirigeants politiques qui ont exigé une enquête approfondie sur les causes de ces attaques. Victoria Nuland a déploré de tels actes qui ont porté atteinte à des éléments importants du riche patrimoine culturel du pays et exhorté le gouvernement tunisien à améliorer la protection des divers sites religieux et historiques importants de la Tunisie. "Nous appelons également tous les Tunisiens à respecter la primauté du droit et la liberté religieuse", a-t-elle poursuivi.
De son côté, a aussi condamné les destructions des mausolées soufis. Irina Bokova, directrice générale de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture, a dénoncé la campagne de destruction de monuments appartenant au patrimoine culturel et à l’histoire de la Tunisie, estimant que cela porte atteinte non seulement au patrimoine spirituel et historique du pays, mais aussi aux valeurs de tolérance et de respect de la société tunisienne pour les différentes croyances et la diversité culturelle.
Les salafistes, une minorité en Tunisie
Cette situation est interpellante dans la mesure où les salafistes ne sont qu’une très petite minorité en Tunisie. Ils prônent un retour à une "religion des origines" pure, qui ferait disparaître les traits spécifiques de l’islam maghrébin. La majorité des Tunisiens appartient à l’islam sunnite de tradition malékite. La pratique soufie est largement répandue dans le pays, mais c’est une culture en totale opposition avec le courant wahhabite que cette minorité salafiste, très déterminée, tente d’imposer par la violence.
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