Justice : fixer un cadre légal pour les mesures sanitaires


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Justice : fixer un cadre légal pour les mesures sanitaires
Par Nancy Goethals
Publié le
3 min

Suite à une décision de justice, l'État belge a 30 jours pour encadrer par une loi les mesures restreignant nos libertés dans le cadre de la crise sanitaire. Le gouvernement y travaille déjà, via une "loi pandémie" que contestent les associations de défense des droits humains.

Après avoir interpelé le gouvernement à plusieurs reprises sans succès, la Ligue des droits Humains (LDH) et la Liga voor mensenrechten introduisaient le 22 février dernier une action en référé contre l’Etat belge auprès du tribunal de première instance de Bruxelles. L’objet de cette action était de contester la légalité de la gestion de la crise sanitaire par le biais d’arrêtés ministériels et le recours à une base légale douteuse pour limiter les droits et libertés fondamentaux.

Le tribunal de première instance francophone condamne donc l’Etat belge à prendre toutes les mesures appropriées pour "mettre un terme à la situation d’illégalité apparente découlant des mesures restrictives des libertés et droits fondamentaux (…)".

Contrôle parlementaire et démocratie

La Ligue des Droits Humains reprochait que les arrêtés ministériels pris, depuis l’automne, par la ministre de l’Intérieur pour encadrer les mesures Covid l'aient été sans base démocratique. Les avocats de la LDH pointent en effet des bases légales inadéquates, systématiquement soustraites à la consultation de la section de législation du Conseil d'État, sous prétexte d'urgence. C'est dans ce sens que le tribunal impose au Parlement d'adopter un cadre légal, à l'issue d'un débat parlementaire, pour que les mesures Covid qui restreignent nos droits et libertés soient encadrées par une loi et non pas des arrêtés ministériels. Le tribunal donne un délai de 30 jours à l’Etat belge pour se conformer à sa décision, sous peine d’astreintes de 5000 euros par jour de retard.

"Nos associations se réjouissent de cette décision. En effet, nous estimons qu’au vu des restrictions aux libertés fondamentales imposées pour lutter contre la pandémie de Covid-19, un débat au sein du Parlement était indispensable. Si des restrictions à ces droits et libertés peuvent bien entendu avoir lieu, au vu de l’importance des enjeux et de la nécessité de protéger les droits à la vie et à la santé des individus, elles doivent cependant être justes et proportionnées. Sans se prononcer sur l’opportunité de telle ou telle mesure, qui ne relève pas de leurs compétences, la Ligue et la Liga soulignent que ces mesures ont un impact indéniable sur les droits et libertés et rappellent que, même en situation de crise sanitaire ou sécuritaire, les principes de l’Etat de droit et de la légalité doivent prévaloir. Au-delà des exigences formelles qu’ils posent, ces principes constituent la meilleure garantie de la légitimité démocratique des mesures adoptées et donc de l’adhésion de la population."

La LDH relève par ailleurs que le projet de "loi pandémie" actuellement en discussion ne répond pas à ces exigences, notamment en ce qu’il prévoit de nombreuses habilitations données au gouvernement pour limiter ces droits et libertés. La décision rendue ce jour tend à le confirmer. Les ligues francophone et néerlandophone appellent les parlementaires qui se pencheront sur la question à tenir compte de la décision du tribunal. A noter que celle-ci n’est pas suspensive. Cela veut dire que même si l’Etat fait appel, le décompte des 30 jours est maintenu.

NG avec CP et autres médias

Crédit photo: CCO Pixabay

Catégorie : Belgique

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