On les appelle "nos héros". Chaque soir à 20h, la population les applaudit. Il s’agit bien de sûr de tous ceux qui sont en première ligne dans cette période de pandémie. Médecins, infirmières, aide-soignants, aumôniers... Cathobel et Dimanche les ont interrogés sur leur vécu. Aujourd’hui: Pascale De Koster, directrice de la Maison Notre-Dame.
La Maison de Repos et de Soins (MRS) Notre-Dame accueille 88 résidents dans une ambiance chaleureuse et ouverte, faite de confiance, d'écoute, de respect, de liberté (pas d'heures fixes de visites, allées et venues libres, propositions mutuelles d'activités…) et d'esprit de communauté. Jusqu'à présent, aucun malade du Covid-19 n'est à déplorer. Ce qui réjouit évidemment la directrice, Pascale De Koster. Mais la prudence reste de mise.
Stress et cohésion
Bien sûr, il y a eu un grand stress au début. Il était à craindre une augmentation des décès, pas seulement à cause du Covid-19 mais aussi à cause du confinement. Mais, à présent, la directrice de la Maison Notre-Dame affiche une certaine sérénité. Elle veille à ce que les familles restent en communication et, par l'intermédiaire du personnel, qu'elles puissent rester proches de leur parent en fin de vie, le cas échéant. "Personne n'est mort seul, dit-elle, mais ce n'est pas la même chose. Dommage!"
Par ailleurs, elle explique qu'ils se sont très vite recentrés sur nos valeurs et sur l'humain. "Et nous nous sommes tout de suite soucié des dégâts psychologiques liés au confinement et aux mesures de distanciation sociale. Du personnel est revenu spontanément de congé, nous avons acheté une tablette pour maintenir un lien minimal avec les familles (voir aussi le témoignage de Cécile Legrand). Ceci dit, une tablette ne remplace pas l'humain. Les masques effraient certains résidents." Pascale De Koster s'inquiète d'ailleurs pour eux. "Certains ont des ressources pour rebondir mais d'autres pas." Et elle cite une dame désorientée qui faisait remarquer: "La mort rôde ici!"…
Le bien-être avant tout
"Il y a eu beaucoup de concertation entre tout le personnel. Dès la première semaine, nous avons veillé à renforcer nos équipes pour axer sur le bien-être psychologique." En effet, Pascale De Koster, qui dirige la maison depuis dix ans mais est active dans ce domaine depuis 1992, est bien consciente du risque du 'syndrome de glissement vers la mort'. C'est un phénomène connu où la personne se laisse aller car elle n'a plus d'accroches à la vie (perte des repères, de la relation... ). "Nous sommes très attentifs aux désorientés. Notre leitmotiv – en tout temps – est de nous centrer sur le bien-être. Je remercie particulièrement les équipes car elles y veillent."
Par exemple, pour permettre une certaine normalité des activités, Nathanaël, un jeune étudiant en psychologie, a mis en place un atelier de récits de vie. Les participants remontent le temps, parlent de leur profession. "C'est passionnant! On découvre des personnes qui ont eu une vie extraordinaire", partage une résidente.
Personnel présent!
"Les étudiants ont pu renforcer nos équipes; leurs cours étant à l'arrêt. Comme ils fréquentaient déjà les lieux, nous pouvions continuer à les faire venir. Ainsi nous avons une pédicure, des aides-soignants, des infirmiers. Dès lors, le personnel se sent bien soutenu, plus rassuré, compris par la direction. En corollaire, nous constatons très peu d'absentéisme." Pascale De Koster relève par ailleurs: "je suis triste de ce qu'on entend dans la presse - on dit que tout le monde meurt dans les MRS - car cela ne reflète pas la réalité de toutes les maisons de repos. Pour la Maison Notre-Dame, je ressens une grande fierté car cette crise nous montre encore plus que notre équipe est forte et solidaire".
Respecter les mesures
"Le médecin coordinateur est très à cheval sur les mesures. Il a donc posé un cadre clair dans lequel nous avons réussi – et c'est essentiel pour nous – à maintenir des relations humaines." Et la directrice ajoute: "autrement les résidents n'y survivraient pas"… Ce que confirme aussi l'infirmière en chef, Cécile Legrand. C'est d'ailleurs un point sensible, voire douloureux, de cette situation inédite. Tout en comprenant parfaitement qu'il faut des règles pour éviter la propagation du virus – et Pascale De Koster se félicite que le personnel les suive très bien! – il faut chercher des solutions réalistes et humaines. Il est nécessaire de trouver un équilibre entre rester authentique, être à l'écoute tous les jours et répondre aux exigences sanitaires.
A noter, que cette MRS utilise des huiles essentielles pour offrir un bien-être sensoriel. Le personnel a d'ailleurs été formé à la technique appelée "Snoezelen" - contraction de deux mots en néerlandais "snuffelen" (respirer, humer) et "doezelen" (dormir, se reposer). Pascale De Koster remarque que cela crée une ambiance plus apaisée. Actuellement, la Maison Notre-Dame axe le bien-être sur les huiles essentielles à vertus antivirales.
Par ailleurs, dans cette MRS, l'équipement semble suffisant. Il est vrai que n'ayant pas à déplorer de cas de Covid-19, ils n'en ont pas utilisé beaucoup. "Cela m'enchante que nous n'ayons pas de cas. Je suis fière de mon personnel. Nous avons très vite réagi aux mesures. Nous faisons le test si nous avons des doutes pour un malade. Le personnel est donc rassuré. Nous ne souffrons pas d'absentéisme et n'avons pas besoin d'intérimaires (NDLR: ce qui diminue le risque de faire entrer le virus). Enfin, le médecin coordinateur communique bien. Je le remercie d'ailleurs pour cela."
Un problème? Ou une opportunité?
Il se fait que, depuis quelques mois, la Maison Notre-Dame bénéficie du soutien de la Fondation Roi Baudouin pour implémenter le modèle d'origine suédoise Tubbe. Il s'agit, entre autres, de faire participer davantage les résidents dans les décisions de gestion de la maison. Les 70 membres du personnel avaient été récemment formés à la mise en pratique de ce modèle. La crise du coronavirus et le confinement sont arrivés mais le terrain était déjà préparé. Pascale De Koster constate ainsi que le confinement a permis à certains "d'éclore": "les résidents ont été tout de suite très créatifs et je remarque qu'il y a un énorme potentiel". Malgré les circonstances, ils ont même fait preuve d'un certain humour. Ainsi, plusieurs d'entre eux sont mélomanes (chanteurs) et ont recomposé la célèbre chanson de Henri Salvador "Le travail, c'est la santé". Ils ont tout mis en place pour organiser un moment de remerciement au personnel, tout en respectant les règles de distanciation.
Mourir du confinement?
Pascale De Koster veut trouver des solutions car des dangers guettent. "Je lutte contre un prolongement auprès de ma fédération. La relation humaine reste fondamentale: si on prolonge, nous courons le risque d'avoir beaucoup de décès" (syndrome du glissement, voir plus haut). Bien consciente cependant que cela durera jusqu'à l'été, la directrice assure qu'elle et son personnel feront tout pour garder l'humain au cœur de leurs préoccupations.
Une résidente alerte et toujours pleine de projets a entendu dire que le confinement pourrait s'étendre jusqu'au mois de décembre. "Inimaginable, dit-elle, autant mourir alors…" Bien décidée cependant à ne pas se laisser aller, et pour soulager le personnel, elle essaie d’être présente aux personnes en train de mourir; mais c'est dur de vivre ces départs ainsi.
Heureusement, Pascale De Koster reste confiante qu'on peut trouver des solutions permettant de respecter les valeurs d'humanité. Elle souhaite en tout cas pouvoir élargir les visites au parent mourant (limitées à 30 minutes). Une chose est sûre: depuis dix ans, tous les matins, elle est heureuse de retrouver ses résidents. Que ce soit en temps de confinement ou non, elle veille à ce que tous – résidents et personnel – se sentent bien en leur offrant un maximum de moments "d'humanitude".
Et elle conclut: "La foi est porteuse d'espoir et nous soutient. Le week-end de Pâques a été difficile. Les curés sont présents aux résidents. Cependant, il faut beaucoup d'humilité. On fait du mieux que l'on peut mais nous ne sommes pas à l'abri."
Nancy GOETHALS
Photo: une partie de l'équipe de la Maison de repos et de soins Notre-Dame (DR)
On les appelle "nos héros". Chaque soir à 20h, la population les applaudit. Il s’agit bien de sûr de tous ceux qui sont en première ligne dans cette période de pandémie. Médecins, infirmières, aide-soignants, aumôniers... Cathobel et Dimanche les ont interrogés sur leur vécu. Aujourd’hui: Pascale De Koster, directrice de la Maison Notre-Dame.