Pour la deuxième année consécutive, la Fondation Abbé Pierre a récompensé, lors de la cérémonie des Pics d'Or, lundi 2 mars, les pires dispositifs anti-SDF installés un peu partout en France mais aussi à l’étranger.
Devant une salle comble, au théâtre de l’Atelier à Paris, la Fondation a récompensé de manière satirique les pires équipements urbains et les arrêtés anti-mendicité les plus "méritants". Si les organisateurs ne sont pas dénués d'humour, ces prix visent toutefois à sensibiliser, de manière très sérieuse, le grand public sur « l’hostilité urbaine à l’égard des personnes sans domicile ». Une remise de prix pour pointer du doigt, avec l'aide de certains citoyens, ce que le philosophe et directeur de département à l'Université de Strasbourg, Mickaël Labbé, membre du jury, appelle "l’architecture du mépris".
Pour la Fondation Abbé Pierre, ces dispositifs sont des moyens inhumains qui "invisibilisent" les personnes les plus démunies, en les éloignant des centres-villes et, in fine, des regards. D'où l'idée géniale, afin de dénoncer cette pratique aujourd'hui répandue, de les mettre en lumière en les récompensant au cours d’une cérémonie satirique dénommée les « Pics d’Or ». La première édition avait eu lieu en février 2019.
Déplacer le problème
En décembre 2017, la Fondation Abbé Pierre avait mené une opération coup de poing d’affichage, destinée à alerter les citoyens sur le scandale des équipements urbains anti-SDF. À cette occasion, elle avait mis en place la plateforme soyonshumains.fr, qui recense ces dispositifs partout en France et cela grâce à la contribution de citoyens. Régulièrement alimentée, cette plateforme recense actuellement 445 dispositifs.
En aucun cas, la Fondation ne défend la vie à la rue mais elle dénonce ce que l’on en a fait : un lieu toujours plus hostile et dangereux pour les personnes qui y sont astreintes. Elle rappelle que les personnes sans-abri, comme tout être humain, ont des droits fondamentaux, qui ont été rassemblés au sein de la Déclaration des droits des personnes sans abri. Cette cérémonie teintée d'ironisme assumé a aussi pour objectif de faire prendre conscience aux commanditaires de ces dispositifs (l’État, les collectivités locales, les entreprises de transport, les commerçants, les copropriétés, les riverains) qu'il faut traiter le problème du sans-abrisme plutôt que de le déplacer.
Palmarès

(c) Fondation Abbé Pierre - soyonshumains.fr
Grâce à sa plateforme SoyonsHumains, la Fondation avait donc recensé cette année près de 500 dispositifs parmi lesquels un jury d’experts avait sélectionné les nommés.
Dans la catégorie "Fallait oser", attribuant le prix du dispositif le plus décomplexé, c'est la ville de Lyon et ses rails qui l'ont emporté (cfr photo).
« Faites ce que je dis, pas ce que je fais » récompense le dispositif le plus contradictoire.
Citons encore les catégories « Ni vu ni connu » (du dispositif le plus fourbe) et « Bouge de là » (le prix de l'arrêté anti-précaires) qui distingue cette année la ville de Calais et son interdiction de distribuer des repas aux migrants dans le centre-ville.
Participation citoyenne
La Fondation Abbé Pierre poursuit donc ce combat contre l' "inhospitalité" affichée envers les sans-abris et appelle tous les citoyens à se joindre à elle en participant à sa campagne de dénonciation. Les citoyens peuvent signaler les dispositifs anti-SDF (mobilier et arrêtés anti-mendicité) sur la plateforme soyonshumains.fr via Twitter, avec le hashtag #SoyonsHumains (en se géolocalisant) ou via l’adresse mail ([email protected], avec photos et adresse). Mais ils sont également invité à passer à l'action directe en alertant les élus locaux pour qu’ils promeuvent, signent et appliquent la Déclaration des droits des personnes sans-abri, en faisant notamment retirer le mobilier urbain public et les arrêtés anti-précaires (ou s’abstiennent d’en installer ou d’en prendre).
S.D.
Pour la deuxième année consécutive, la Fondation Abbé Pierre a récompensé, lors de la cérémonie des Pics d'Or, lundi 2 mars, les pires dispositifs anti-SDF installés un peu partout en France mais aussi à l’étranger.