Voter reste un droit en prison


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Voter reste un droit en prison
Par Sophie Delhalle
Publié le - Modifié le
3 min

Stylo, Stylo Rouge, Cocher La Case, Choix, ÉlectionsDroit de vote, la Campagne des 6000. Telle était le nom de la campagne lancée par Genepi Belgique à l'approche des élections. Cette association lutte pour le décloisonnement des prisons en sensibilisant le grand public aux réalités carcérales.

Fondée en 2017, Genepi Belgique oriente son action selon trois axes de travail : sensibilisation, formation, intervention. La sensibilisation se déploie en divers évènements (ciné-­‐‑débat, conférences, participation aux Journées Nationales des Prisons, etc.). Les membres du Genepi sont formés à l’intervention sociale en prison par des universitaires (criminologue, juriste, etc). Enfin, ils interviennent en prison en mettant en place des ateliers.

Rendre leur voix aux détenus

6000, c'est approximativement le nombre de détenus qui ont le droit de vote, mais qui ne votent pas à l’heure actuelle. Un nombre suffisant d’électeurs pour décider si une formation politique aura ou non la possibilité d’avoir un groupe parlementaire, ainsi que pour déterminer le niveau de subvention d’un parti politique. Or, la société semble ne pas s'en émouvoir, pour différentes raisons. C'est pourquoi la campagne arbore ce chiffre non pas par symbolique par comme le reflet d'une réalité ignorée.

En Belgique, toute personne condamnée avant 2009 était déchue automatiquement du droit de vote. Condamnée par la cour européenne des droits de l’homme, la Belgique a modifié sa législation et la déchéance n’est plus automatique. Toute personne condamnée après 2009 conserve donc son droit de vote à moins que le juge ne décide du contraire et motive cette décision. Actuellement la seule possibilité de voter en prison passe par la procuration. Brisant l'anonymat et ne garantissant pas le respect de l'orientation du vote, ce système est aussi administrativement très compliqué. Le mandaté doit aller voter dans la circonscription du mandataire détenu et donc parfois faire des dizaines voir des centaines de kilomètres dans la même journée pour déposer l’enveloppe dans l’isoloir.

Chez nos voisins?

En France, les détenus peuvent voter depuis 1994 sauf si le juge décide de les priver de leurs droits civiques. En 2017, seuls 2% des détenus ayant le droit de vote l’ont exercé. Face à ce faible taux de participation, la France a testé en 2019 la mise en place d’isoloirs en prison : 85% des détenus ont voté aux dernières élections européennes. Aux Pays-­Bas, tous les citoyens ont les mêmes droits électoraux depuis l’instauration du droit de vote. Cependant, ce droit s’exerce par procuration pour les détenus. Au Danemark, le droit de vote est reconnu à tous et s’exerce tant en prison où des urnes sont installées, que lors d’une permission de sortie ou par correspondance.

Des isoloirs en prison

Sur l’ensemble de la campagne, 25 ateliers ont eu lieu dans huit prisons francophones. Six prisons ont malheureusement refusé de participer pour des raisons de timing et d’organisation et plusieurs ateliers prévus n’ont pas pu avoir lieu à cause de problèmes de surpopulation ou de manque de personnel ou de locaux. En tout, une centaine de détenus - aucune femme n'a pu s'y joindre - ont participé aux ateliers encadrés par une trentaine de génépistes.

Un premier constat établi par Genepi est que les détenus aujourd’hui ont pour priorité le respect de leurs droits et de leur dignité. Ils ont aussi l'impression que rien n’est fait pour les impliquer en tant que citoyens. Ils étaient donc heureux de pouvoir s’exprimer et échanger leurs points de vue lors des ateliers.

Les génépistes ont remarqué que de nombreux détenus n’étaient même pas au courant qu’ils pouvaient voter tout en étant en détention. Beaucoup d’entre eux se sont donc tournés vers l'association pour avoir des explications concernant leurs droits.

C’est pour ces raisons que le Genepi Belgique demande que des isoloirs soient installés en prison pour les détenus et le personnel de prison ; il existe une vraie demande en ce sens aux dires de l'association qui invite aussi les autorités compétentes à octroyer des permissions de sorties pour garantir le droit de vote et sa confidentialité pour tous les citoyens.

S.D. avec Observatoire National des Prisons - Section Belge

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