Les marches pour le climat se multiplient en Belgique et de par le monde. En effet, la question dépasse nos frontières. Cependant, les solutions mises en oeuvre doivent aussi se faire à l'échelle nationale. Ainsi, une enquête commandée par la coalition d'associations Sign for my Future démontre que plus de la moitié des Belges estime que nous devons avoir une loi climat contraignante. Mais, ce mardi, nous apprenons le gel du projet de loi sur le climat.
Le MR a confirmé aujourd'hui qu'il ne soutiendrait pas une révision de l'article 7bis de la Constitution qui permettrait d'adopter la loi spéciale Climat. Il ne veut pas "ouvrir la boîte de Pandore institutionnelle", a expliqué le chef de groupe, David Clarinval, s'attirant les foudres des écologistes et des socialistes. Mercredi, la commission de la Santé de la Chambre reprendra ses travaux sur la proposition de la loi spéciale. Dans un avis, le Conseil d'Etat a fait remarquer que la loi ne pouvait être approuvée telle quelle. Il a formulé diverses pistes, dont celle d'une révision de l'article 7bis de la Constitution mais aussi celle d'un accord de coopération entre les diverses entités.
Les Verts, les socialistes, le cdH, DéFI et le PTB ont déposé une proposition de révision qui prévoit que les objectifs climatiques de la Belgique, qui s'imposent aux Régions, soient définis par une loi spéciale, c'est-à-dire une disposition fédérale. Le MR, pourtant signataire de la loi climat, ne s'est pas joint à eux.
Une révision de la Constitution implique de réunir les deux tiers des voix du parlement. Or, ni la N-VA, ni le CD&V, ni l'Open Vld ne veulent de cette loi spéciale. Les libéraux refusent d'entrer dans une discussion sur la répartition des compétences entre le fédéral et les Régions où certains partis flamands auraient demandé une contrepartie.
"La N-VA et d'autres partis vont plonger [là-dessus] pour réclamer d'autres transferts de compétences", craint M. Clarinval. Le MR proposera donc d'agir par la voie d'un accord de coopération. La perspective fait horreur aux écologistes car elle impliquera des années de négociation entre les entités.
Ce faisant, le MR confirme que la loi spéciale climat ne sera pas adoptée sous cette législature. Jean-Marc Nollet (Ecolo) s'irrite: "C'est un bras d'honneur aux dizaines de milliers de manifestants qui se mobilisent chaque semaine pour que la Belgique se mette enfin sur le chemin de l'accord de Paris. C'est très lourd de sens et c'est irresponsable à l'égard des générations futures."
Sourde oreille ou dialogue de sourds?
Le gel de ce projet risque bien d'alimenter le feu des manifestants qui comprendront difficilement de ne pas être entendus. A la lumière de l'enquête susmentionnée, il semble donc qu'une frange importante de la population belge exige - à l'instar de la coalition Sign for the Future - une loi contraignante. Normal, peut-on penser, puisque chaque semaine des milliers de personnes - toutes générations confondues - manifestent pour le climat. Le sondage - mené auprès de 2.004 Belges par les bureaux d’étude Burat et Dynata et en collaboration avec le professeur Gino Verleye de l’université de Gand - permet donc d'extrapoler sur les prises de position de la population.
Six Belges sur dix estiment que les responsables politiques ne font pas assez pour lutter contre le réchauffement climatique et sept sur dix estiment que les responsables politiques devraient être conseillés et contrôlés par des scientifiques afin de surveiller les effets de ces mesures.
Plus de la moitié des Belges (Belgique: 53% - Flandre: 51%, Wallonie: 52%, Bruxelles: 63%) estime que la Belgique devrait soumettre et approuver une loi contraignante sur le climat. Seulement 14% sont en désaccord.
Par ailleurs, 73% des Belges veulent savoir ce que coûteront les solutions climatiques. Ils pensent que les responsables politiques devraient indiquer le coût des solutions climatiques. Ils sont un peu moins nombreux - mais quand même 64% - à souhaiter un plan d’investissement à grande échelle permettant aux citoyens et aux entreprises de mettre en œuvre des solutions climatiques efficaces.
L'effet papillon?
Seulement 10% des Belges ne voient pas le climat comme priorité.
Si le problème climatique n'est pas pris à bras-le-corps par les politiques, ceux-ci risquent bien de le payer (cher?) lors des prochaines élections. L'enquête relève en effet que 45% des électeurs orienteront leur choix électoraux si les politiques ne contribuent pas à la résolution du problème. Ainsi, un Belge sur dix déterminera son vote en fonction des réponses apportées au problème climatique et un peu plus de trois autres Belges sur dix assurent que le problème climatique aura certainement une influence sur leur vote.
Les partis qui adoptent une position ferme sur le climat et avancent des propositions et des solutions concrètes semblent particulièrement interpeller l’électeur. Il semble primordial que ces mesures présentent également une note d’espoir et de positivité. Six Belges sur dix déclarent vouloir voter pour un parti qui voit dans les mesures climatiques des opportunités pour garantir notre prospérité et notre bien-être dans le futur.
Politique climatique efficace: l'union fait la force!
Au cours des cinq à dix prochaines années, selon 68% des sondés, il faut instaurer une large coopération entre les citoyens, les personnes issues du monde des entreprises et les organisations de la société civile. Cette coopération devrait déterminer la politique climatique. 67% appellent de leurs vœux la mise en place d'un organe de contrôle indépendant chargé de vérifier l’efficacité des mesures et d’adapter la politique le cas échéant. 63% pensent que les solutions devraient venir du monde universitaire et que des experts devraient déterminer la politique.
Prise de position claire
Sign for my Future demande que les politiques se prononcent clairement. Le Belge a toujours bon espoir: 60% des personnes interrogées pensent qu'il n'est pas encore trop tard mais estiment qu'il faut agir, car cela ne se résoudra pas tout seul (76%).
"Sign for my Future exige une loi climat, un plan d'investissement et un conseil climat indépendant. Les résultats de ce sondage renforcent notre mission. Il est grand temps que les partis politiques s’expriment clairement: quels objectifs climatiques proposez-vous pour 2050, êtes-vous prêts à les ancrer dans la loi et comment voulez-vous le faire? La population souhaite savoir", ont déclaré les initiateurs.
Sign for my Future est une initiative citoyenne, qui est devenue la plus vaste coalition jamais formée de citoyens, de jeunes, de dirigeants d'entreprises, d'organisations de la société civile, des médias et du monde universitaire, qui appellent tous les Belges à signer sur signformyfuture.be et à demander aux prochains gouvernements de travailler à une politique climatique forte.
Le sondage s'est déroulé du vendredi 8 mars au mercredi 13 mars 2019.
NG avec Sign for my future, Belga, RTBF
Les marches pour le climat se multiplient en Belgique et de par le monde. En effet, la question dépasse nos frontières. Cependant, les solutions mises en oeuvre doivent aussi se faire à l'échelle nationale. Ainsi, une enquête commandée par la coalition d'associations Sign for my Future démontre que plus de la moitié des Belges estime que nous devons avoir une loi climat contraignante. Mais, ce mardi, nous apprenons le gel du projet de loi sur le climat.