Père Luigi, le prêtre qui luttait contre les mariages forcés


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Père Luigi, le prêtre qui luttait contre les mariages forcés
Le père, Luigi Paggi, dit le Saint de la foret est missionnaire au Bangladesh. © YouTube: Cuore Amico
Par Sébastien de Jamblinne
Publié le
4 min

Pendant plus de 50 ans, le Père Luigi Paggi a été au service des personnes plus marginalisées au Bangladesh. Il a particulièrement œuvré en faveur des enfants, luttant contre le mariage précoce de ceux-ci. Aujourd’hui encore, y demeure l’instabilité politique.

Luigi Paggi est un prêtre, membre de la Société de Saint François-Xavier. Depuis plus d’un demi-siècle, il vit son apostolat au Bangladesh. Ordonné en 1972, c’est deux ans plus tard qu’il débarque sur le sol du « pays des rivières », surnommé en référence aux nombreux cours d’eau sur le territoire. D’abord, il a été vicaire à Satkhira de 1975 à 1980. C’est ensuite dans la communauté Rishi qu’il s’est rendu présent. Au milieu de cette caste de balayeurs et de cordonniers, il a sensibilisé les gens à leurs droits. Une partie de cette population s’est d’ailleurs convertie au christianisme. Il a su se faire respecter des populations locales. En 2002, il a appris à connaître le peuple Munda. Celui que les Mundas et les musulmans de la région surnomment « le Saint de la forêt », s’implique dans la vie de la population Locale. Ainsi, il a mené une lutte contre l’oppression du peuple Munda par le régime politique en place. Là où il se trouve, dans la forêt de mangrove des Sundarbans, il a construit deux internats et plusieurs écoles pour les jeunes précarisés.

L’urgence d’élever les jeunes 

L’éducation des enfants est vraiment l’œuvre de sa vie. Certains des jeunes qui sont passés par ses écoles sont aujourd’hui eux-mêmes enseignants. Son grand combat a été son opposition aux mariages précoces d’enfants. Il enseigne aux filles que « la désobéissance est la vie ». Sa lutte est née du constat alarmant que contrairement à d’autres peuples, les hommes étaient beaucoup plus nombreux que les femmes au sein du peuple Munda. La raison ? Beaucoup de jeunes filles mouraient prématurément de complications de la maternité précoce. « Les tribaux avaient l'habitude de penser que plus tôt une fille se marie, mieux c'est pour la fille et la famille. Les filles se sont mariées entre 8 et 12 ans », dit-il lui-même dans un article du National Catholic register. Le religieux de 77 ans a déclaré selon ses propres termes une « sorte de guerre » contre le mariage des enfants. Il n’a pas eu peur de prendre sa moto régulièrement pour sillonner les villages le long des longues routes côtières pour sensibiliser les filles aux dangers du mariage précoce.

Le Père Luigi, qui est entré au séminaire après ses primaires et qui quelques années plus tard, est entré chez les xavériens a demandé à pouvoir rentrer dans sa terre natale en fin de vie. Depuis son arrivée dans cette région, il reconnaît ne pas avoir vu beaucoup de changements. Il ne désespère cependant pas qu’avec le temps les choses évoluent positivement.

Le Bangladesh, terre de mission, assoiffée d’espérance

Le Bangladesh est une terre où demeure encore de l’insécurité et des tensions. Le 12 février 2026, la population sera appelée aux urnes afin de voter. La politique en défaveur des minorités inquiète au point que certains ont peur d’aller voter. Le Bangladesh Hindu Buddhist Christian Unity Council, un groupe représentatif de ces minorités, rapporte 522 cas de violence communautaires en 2025. Parmi ces violences, ils déplorent 61 meurtres, 28 cas de torture ou de viol collectif de femmes, 95 cas d'attaques sur des lieux de culte. Les violences communautaires sont toujours en cours avec 42 incidents entre le 1er et le 27 janvier 2026.

Nirmol Rozario, catholique et président du Conseil bouddhiste hindou de l'unité chrétienne, s’est confié au média Cruz. « Nous avons fait part des préoccupations de la communauté minoritaire et le gouvernement doit prendre des mesures pour répondre à ces préoccupations, mais malheureusement, le gouvernement n'a pas encore pris de mesures visibles pour la sécurité des minorités ». Une déclaration complétée par celle du Père Hubert Gomes, secrétaire de la Commission de la justice et de la paix de la Conférence des évêques catholiques du Bangladesh. Selon lui lors des dernières élections, les parties gagnantes et perdantes ont blâmé les minorités et les ont attaquées. Cela leur a donné une mauvaise expérience. « La situation de la loi et de l'ordre dans le pays n'est pas encore stable ; dans cette situation, tout le monde s'inquiète juste des élections. Le gouvernement devrait assurer une sécurité maximale. » , a déclaré le prêtre. Les hindous ne constituent que 8% de la population de 180 millions d’habitants. Les chrétiens n’atteignent quant à eux pas la barre des 1% pour cent.

Quoi qu’il en soit, l’Église se tient au côté des minorités, quelles que soient les convictions des personnes.

Sébastien de Jamblinne

Catégorie : International

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