Avertissant que la guerre "est de nouveau à la mode" et que la paix est de plus en plus "recherchée par les armes" plutôt que par la justice, le pape Léon XIV a lancé un vibrant appel en faveur du dialogue, du multilatéralisme et du respect de l'Etat de droit.
Lors de la traditionnelle rencontre avec les ambassadeurs accrédités près le Saint-Siège, pour l’échange des vœux en ce début d’année, le Souverain pontife, dans son dense discours, a attiré l’attention sur les nombreux problèmes qui affecte les différentes sociétés à travers le monde.
Devant 430 diplomates
Depuis la salle des Bénédictions en présence d'environ 430 diplomates -chargé de missions, conseillers, délégations comprises-, Léon XIV a largement abordé les conflits et guerres, les questions liées à l'importance du droit humanitaire, au dialogue et au sens des mots, à la liberté religieuse et à la liberté d’expression; mais aussi celles concernant la persécution des chrétiens, la natalité et la suppression de la vie, la condition des prisonniers, la toxicomanie, les migrants, les jeunes et les personnes âgées, tout en évoquant les difficultés des familles.
«Nous vivons une époque de profonds mouvements migratoires; une période de profonde réorganisation des équilibres géopolitiques et des paradigmes culturels». Pour l’évêque de Rome, «nous ne sommes pas, selon l’expression bien connue du Pape François, dans une époque de changement, mais dans un changement d’époque».
Préoccupé par la faiblesse du multilatéralisme
Cette époque est en réalité minée par «la faiblesse du multilatéralisme particulièrement préoccupante au niveau international». Et la diplomatie «qui promeut le dialogue et recherche le consensus de tous, est remplacée par une diplomatie de la force, des individus ou de groupes d’alliés». La guerre est de «nouveau à la mode» et l'engouement elle se répand. «Le principe établi après la Seconde Guerre mondiale, qui interdisait aux pays d’utiliser la force pour violer les frontières d’autrui, a été enfreint», regrette le Pape Léon XIV dans ce dense discours d'une vingtaine de pages, prononcé en anglais et en italien.
Une paix hélas recherchée par les armes
Le terme de paix, cher au Successeur de Pierre, est prononcé à plusieurs reprises tout au long de son intervention, «n'est plus recherchée comme un don et un bien désirable en soi, ‘‘dans la poursuite d’un ordre voulu par Dieu, qui implique une justice plus parfaite entre les hommes». Au contraire, elle est «recherchée par les armes comme condition pour affirmer sa propre domination». Et «cela menace gravement l'État de droit, qui est le fondement de toute coexistence civile pacifique» a alerté Léon XIV, citant saint Augustin qui soulignait, qu’«il n’y a personne qui ne veuille la paix. Même ceux qui veulent la guerre ne veulent rien d’autre que gagner». Ils désirent par là «atteindre une paix glorieuse par la guerre».
C'est précisément cette attitude, a rappelé Léon XIV, «qui a conduit l'humanité au drame de la Seconde Guerre mondiale». De ces cendres est née l'Organisation des Nations Unies, dont le 80e anniversaire a été récemment célébré. Le Pape américain exhorte là à redécouvrir le multilatéralisme comme un lieu où les personnes peuvent se rencontrer et se parler «sur le modèle de l'ancien forum romain ou de la place médiévale».
Le modèle des deux cités, de saint Augustin
Léon XIV a ensuite évoqué le modèle des deux cités, céleste et terrestre, du docteur d'Hippone, rappelant que la cité de Dieu ne propose pas de programme politique, et mettant en garde contre la dérive «de fausses représentations de l'histoire, d'un nationalisme excessif et d'une distorsion de l'idéal de l'homme d'État».
“Grande est la folie de l'orgueil chez ceux qui pensent que le bien suprême se trouve dans cette vie et qu'ils peuvent devenir heureux par leurs propres moyens.”
La cité terrestre est centrée sur «l’amour orgueilleux de soi (amor sui), sur la soif de pouvoir et de gloire mondains qui mènent à la destruction». L'orgueil «obscurcit la réalité elle-même et l’empathie envers le prochain. Ce n’est pas un hasard si à l’origine de tout conflit se trouve toujours une racine d’orgueil». Par conséquent, comme l'avait rappelé le Pape dans son Message pour la Journée mondiale de la paix, «on perd alors tout réalisme, cédant à une représentation partielle et déformée du monde, sous le signe des ténèbres et de la peur», ouvrant ainsi la voie à la mentalité de confrontation, précurseur de toute guerre.
Préserver les droits humains au Venezuela
La situation au Venezuela qui captive l’attention des médias ces derniers jours a été soulignée par le Souverain pontife américano-péruvien qui a renouvelé son «appel au respect de la volonté du peuple vénézuélien et à la sauvegarde des droits humains et civils de tous», afin d'assurer un avenir stable et harmonieux. Le Pape a invité à s'inspirer de l'exemple de deux Vénézuéliens qu’il a canonisé en octobre dernier, José Gregorio Hernández et sœur Carmen Rendiles, souhaitant que leur témoignage inspire «la construction d'une société fondée sur la justice, la vérité, la liberté et la fraternité», et «permette ainsi à la nation de sortir de la grave crise» qui l'afflige depuis tant d'années.
Le Pape est également revenu sur quelques-uns des conflits actuels : Ukraine, Terre sainte, Birmanie, région des Grands Lacs en Afrique... Il a ensuite évoqué d'autres problématiques comme la course à l'armement, les violations du droit humanitaire, l'avortement et la persécution des chrétiens.
Le compte-rendu complet est à retrouver sur Vatican News.
Myriam Sandouno pour Vatican News (titre et chapô de la rédaction)
