Ce jeudi 4 décembre, la commission chargée d’étudier la possibilité d’ordonner des femmes diacres a publié son rapport. La réponse est "non", même si le cardinal Petrocchi précise qu’il ne s’agit pas d’un "jugement définitif". La création de nouveaux ministères est par contre envisagée pour favoriser la synergie entre hommes et femmes dans l’Eglise.
La question du diaconat féminin, on s’en souvient, n’avait pas été tranchée au terme du "synode sur la synodalité", fin octobre 2024. Estimant que la réflexion n’était pas encore suffisamment aboutie, la pape François a chargé la commission ad hoc de poursuivre ses travaux, sous la direction du cardinal Giuseppe Petrocchi. Créée en 2020, cette commission comprend dix membres, dont une moitié de femmes.
Le 18 septembre dernier, soit plus de cinq années plus tard, la commission a remis son rapport au pape Léon XIV. Celui-ci en a autorisé la publication ce jeudi 4 décembre. Selon ce document, l’état actuel des recherches aussi bien historiques que théologiques "exclut la possibilité d'avancer dans le sens de l'admission des femmes au diaconat compris comme un degré du sacrement de l'ordre". Une évaluation "forte" prise "à la lumière de l'Ecriture Sainte, de la Tradition et du Magistère ecclésiastique", même si "elle ne permet pas à ce jour de formuler un jugement définitif comme dans le cas de l'ordination sacerdotale".
La question du presbytérat féminin
Cette dernière allusion fait référence à la lettre apostolique Ordinatio sacerdotalis dans laquelle Jean-Paul II, en 1994, a "définitivement" écarté la possibilité d’ordonner des femmes à la prêtrise. Or, c’est cette impossibilité de l’ordination des femmes au presbytérat qui a fait pencher la balance vers une décision similaire au sujet du diaconat féminin. Car si des femmes pouvaient être ordonnées diacres, il deviendrait difficile de justifier pourquoi elles ne pourraient pas également accéder au sacerdoce ministériel et à l’épiscopat. Dans la théologie classique du sacrement de l’ordre, confirmée au concile Vatican II, les trois degrés de l’ordre – diaconat, presbytérat et épiscopat – sont en effet intrinsèquement liés.
Deux orientations théologiques différentes
Le cardinal Petrocchi souligne lui-même qu’il existe deux orientations théologiques différentes, voire opposées, au sein de la commission. La première affirme que l'ordination du diacre est destinée au ministère et non au sacerdoce. "Ce facteur ouvrirait la voie à l'ordination des diaconesses" puisque le diaconat existerait pour ainsi dire indépendamment du presbytérat et de l’épiscopat. La seconde tendance insiste en revanche "sur l'unité du sacrement de l'ordre sacré" et sur son lien avec le Christ Epoux et Tête de l’Eglise. Autrement dit, si le sacerdoce et l’épiscopat sont réservés aux hommes parce que le Christ est l’Epoux de l’Eglise, il doit en aller de même du diaconat.
Egalité hommes-femmes et masculinité de l’ordre
Le rapport, qui traduit le vote à la majorité des voix des membres de la commission, ne cache pas les débats qui se sont déroulés en son sein et résume les arguments pour et contre l’ordination de femmes diacres. Les partisans soutiennent que la tradition catholique et orthodoxe de réserver l'ordination diaconale, mais aussi presbytérale et épiscopale, aux seuls hommes semble contredire "l'égalité entre l'homme et la femme à l'image de Dieu" et "l'égale dignité des deux sexes, fondée sur ce principe biblique". Ce principe contredit aussi la déclaration de foi selon laquelle "il n'y a plus ni Juif ni Grec, ni esclave ni libre, ni homme ni femme, car vous êtes tous ‘un’ en Jésus-Christ" (Galates 3,28).
Pour les opposants, "la masculinité du Christ, et donc la masculinité de ceux qui reçoivent l'ordre, n'est pas accidentelle, mais fait partie intégrante de l'identité sacramentelle, préservant l'ordre divin du salut en Christ. Modifier cette réalité ne serait pas un simple ajustement du ministère, mais une rupture avec la signification nuptiale du salut".
La diaconie des femmes
Avec neuf voix pour et une voix contre, le rapport formule par ailleurs le souhait d'élargir "l'accès des femmes aux ministères institués pour le service de la communauté (...) assurant ainsi également une reconnaissance ecclésiale adéquate à la diaconie des baptisés, en particulier des femmes". En ce sens, l’institution de femmes diacres non ordonnées serait une possibilité, mais qui soulignerait alors la différence entre diaconat masculin et diaconat féminin.
Christophe HERINCKX (avec Vatican News)
